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01/10/2016 10:26 EDT | Actualisé 12/11/2016 09:27 EST

Polars: l'homme en déroute

Avec leurs nouveaux romans, R. J. Ellory et David McCallum s'enfoncent dans l'âme perturbée de l'homme.

Splendeur et décadence du polar! R. J. Ellory revient avec un inspecteur sombre, retors, menteur, un criminel si coupable que seule une rédemption pourrait lui rendre un zeste d'humanité, alors que David McCallum nous arrive avec un comédien de seconde zone, bien intentionné et aussi naïf que débrouillard. Ces deux romans s'enfoncent dans l'âme perturbée de l'homme: ses décisions, ses hésitations, et, surtout, toutes ces pathétiques justifications arbitraires qui viennent consolider des résolutions résolument erronées!

Comme si les deux auteurs s'étaient consultés avant de partir chacun de leur côté avec le commandement suprême du pessimiste, la loi de Murphy, ce principe qui dit que tout ce qui peut aller mal ira mal. De l'un à l'autre, on navigue d'une tragicomédie au drame pur sans mélo.

La Loi de Murphy de David McCallum

Pour Harry Murphy, les ennuis commencent lorsqu'au sortir d'une audition, il entre dans une ruelle pour vider sa vessie. Il surprend alors la conversation de la famille Bruschetti. Les mafieux sont à planifier des meurtres. Le comédien de seconde zone prend la décision d'alerter les victimes potentielles. À partir de ce moment de grande mansuétude pour la vie d'autrui, sa paisible existence va brutalement devenir mouvementée!

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La trame de l'histoire est originale. Une famille new-yorkaise vieillissante décide d'abandonner ses affaires louches - drogue, racket de protection, proxénétisme, contrebande - pour vivre paisiblement de tout cet argent durement conquis. Il y aura beaucoup de traces à effacer et bien des témoins gênants à éradiquer. C'était sans compter l'intervention malicieuse et ingénue d'Harry Murphy, le nigaud de service. Pour lui, comme pour eux, la loi de Murphy, c'est la loi.

On dirait un scénario écrit, pensé, imaginé au petit bonheur sur la trame du hasard. La narration est sommaire et les protagonistes esquissés à gros trait, comme si nous étions dans un opéra-bouffe, une farce improvisée. Parce que le hasard prédomine, à chaque décision de Murphy correspond une réponse imprévisible. Bien que certaines scènes violentes sont décrites sans pudeur, le traitement du polar agit comme un écran et leur donne une apparence factice ce qui vient accentuer l'effet tragicomique.

Un polar surprenant et original, laissez-vous tenter!

Un cœur sombre de R.J. Ellory

En voici un qui n'a pas besoin de présentation au Québec où il est une petite coqueluche (bien que je n'aie succombé à aucun de ses polars jusqu'ici).

La vie et la carrière de l'inspecteur du NYPD Vincent Madigan sont depuis longtemps parties en vrille. Il ne reste plus rien des bonnes intentions qui l'ont poussé à devenir policier. Corrompu par le puissant chef de gang Sandià, il doit de l'argent à tout le monde. Il est menteur, manipulateur, buveur invétéré, pluritoxicomane. Lorsqu'il trouve enfin la dignité et la volonté de se reprendre en main, sa mythomanie délirante va se heurter à une réalité féroce.

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C'est bien la première fois qu'un polar d'Ellory me séduit à ce point. Disparus, ces personnages clichés d'inspecteurs alcooliques et ces histoires qui utilisaient la violence pour cacher la vacuité. En lieu et place, on se trouve devant ce que je qualifierai du meilleur roman noir de ces dernières années. Le personnage de Vincent Madigan est solide comme le roc dans ses déboires qui n'en finissent plus. Il a l'impression de tomber dans un puits sans fond et tente par tous les moyens de s'accrocher à quelque chose, mais les années passent et les solutions se font de plus en plus rares, et lorsqu'il décide enfin d'agir pour freiner sa descente en enfer, ce ne sera que pour empirer une situation déjà cauchemardesque.

Une brillante prestation psychologique au cœur du mal, alors que Madigan, prisonnier d'un tourbillon qu'il a lui-même créé, qu'il croit pouvoir contrôler, sombre toujours de plus en plus. Les exploits de l'inspecteur coulent comme le Styx vers un abîme sans fin et le lecteur empathique devient un témoin privilégié de cette chute implacable.

Le polar d'Ellory est impitoyable et présente un personnage nauséeux et détestable qu'il parvient à nous faire aimer, un tour de force monumental!

David McCallum, La Loi de Murphy, Éditions City. Traduit de l'anglais par Christophe Cuq (Once a Crooked Man, 2015). 2016. 399 pages.

R. J. Ellory, Un cœur sombre, Éditions Sonatine. Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau (A Dark and Broken Heart, 2012). Septembre 2016. 489 pages.

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