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29/10/2016 10:18 EDT | Actualisé 29/10/2016 10:18 EDT

Trois polars troublants

La mésange et l'ogresse de Harold Cobert est un roman basé sur une célèbre histoire ayant défrayé les manchettes en France et en Belgique : l'affaire Michel Fourniret, surnommée l'ogre des Ardennes.

Lorsqu'une adolescente kidnappée parvient à se libérer de ses liens, à sauter du véhicule et dénoncer son ravisseur, les policiers responsables de l'enquête ignorent tout à fait qu'ils vont affronter leur pire cauchemar: un impitoyable tueur d'enfants qui sévit depuis de nombreuses années, mais aussi sa femme trop idiote pour n'être pas intelligente. Ils vont rapidement soupçonner que cette mésange est une ogresse. Plus de cent interrogatoires seront nécessaires avant d'apprendre le fin mot de cette sinistre hécatombe et le nom des victimes.

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Le roman d'Harold Cobert se développe essentiellement autour du rôle joué par Monique Fourniret. L'affaire elle-même est connue et la fin n'est pas un mystère. L'homme est un monstre, certes, et ce qu'il a fait dépasse l'entendement. Le roman s'attarde donc sur le rôle joué par sa femme. Victime ou complice?

Une double narration nous guide: la voix du commissaire belge Debiesme, qui mène l'enquête et cherche à inculper l'agresseur, et la voix éminemment troublante de la femme Fourniret. Le lecteur est appelé à entrer dans ce cerveau malade pour assister aux circonvolutions de sa pensée, aux justifications, à tous ces «je ne sais pas» répété inlassablement tout au long de ces interrogatoires (120).

D'une séance à l'autre, le lecteur se retrouve précisément à l'endroit où il ne veut surtout pas être: dans la tête de cette épouse que l'on croit hautement stupide. Au début, elle joue la femme soumise, veule, craintive quoiqu'amoureuse d'un tueur en série. Bientôt, elle devient la complice silencieuse du monstre puis habilement, l'auteur fait doucement glisser l'épouse vers une sordide réalité, alors qu'elle se révèle être le cerveau machiavélique derrière toutes ces atrocités.

Si l'ogre des Ardennes se pose en homme-dieu dans toute sa laideur, la mésange devient sa servante dans sa niaise béatitude.

L'ensemble du polar repose sur le talent narratif d'Harold Cobert. Il a choisi (et on l'en remercie!) de très peu décrire les scènes morbides de viols et d'assassinats d'enfants, pour concentrer son talent sur les confrontations des interrogatoires, lents et répétitifs qui, pourtant, révèlent petit à petit une femme diabolique.

La mésange et l'ogresse est un polar hautement troublant, aussi fascinant que dégoutant!

Rêve de polar

Le protocole expérimental de Diane Vincent

Parce qu'il a voulu sauver des flammes un petit malfrat, l'inspecteur du SPVM, Vincent Bastianello, est hospitalisé. Il souffre de sévères brûlures aux deux genoux. L'éminent docteur Graham lui offre de suivre un protocole expérimental sur la greffe de peau. Bastianello accepte d'autant plus que de bonnes doses de morphine accompagnent les essais cliniques. Peu à peu, cependant, le policier immobilisé commence à douter de son médecin traitant.

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Le récit est narré par l'inspecteur lui-même. Puisque, de son propre aveu, il ne sait pas écrire autre chose que des rapports de police, il décide d'utiliser les mots et la pensée des autres pour exprimer ce qu'il ressent (de Paul Auster à Marguerite Duras), ce qui devient donc une enfilade de citations et d'emprunts.

Le personnage de Vincent Bastianello (que je ne connaissais pas, bien qu'il s'agisse du cinquième roman de la série) est imbu de lui-même au point de s'autoproclamer la résurrection de Sherlock Holmes, ce qui ne le rend pas très sympathique.

De plus, le roman se présente sous l'auspice bien fourre-tout du roman policier, ce qu'il n'est pas, ou si peu. Le personnage principal est bien un inspecteur, oisif et souffrant, qui décide de mener en dilettante une enquête sur son médecin. C'est cet apport qui qualifie le livre de polar, mais le reste - tout cet étalage de citations et ces digressions avec son fils adolescent et sa meilleure amie -n'amène rien de substantiel au récit comme à l'enquête.

Le Protocole expérimental est un court roman, presque une «novella», à court de retournements et de suspense, construit autour d'un personnage qui se voit bien plus grand qu'il ne l'est, ce qui rend sa lecture laborieuse.

Sur les tablettes

La Conspiration Kolarich de David Ellis (Éditions Cherche midi)

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Une jeune femme, Kathy Rubinkowski, est assassinée en pleine rue alors qu'elle rentre chez elle. Ses effets personnels et l'arme du crime sont rapidement retrouvés sur Tom Stoller, un sans domicile fixe à la santé mentale vacillante.

Ce vétéran de la guerre d'Irak, atteint du syndrome de stress post-traumatique sévère, avoue le crime dont il ne garde qu'un souvenir très confus. Sollicité par la tante de l'ancien militaire, Jason Kolarich accepte de le représenter devant un tribunal. À première vue, la ligne de défense est toute trouvée: plaider la folie. Mais, en étudiant le dossier, Jason découvre que Kathy Rubinkowski avait en sa possession certaines informations qu'elle n'aurait jamais dû avoir, susceptibles de mettre en jeu des milliers de vies.

Pour disculper son client, l'avocat ne dispose que peu de temps. Une course contre la montre s'engage pour assembler toutes les pièces d'un puzzle qui se révèle complexe et dangereux.

Harold Cobert, La mésange et l'ogresse, Éditions Plon. Octobre 2015. 425 pages.

Diane Vincent,Le protocole expérimental, Éditions Triptyque. Septembre 2016. 177 pages.

David Ellis, La Conspiration Kolarich, Éditions Cherche midi. Traduit de l'anglais par Diniz Galhos (The Wrong man, 2012). Juin 2016. 480 pages.

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