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07/05/2016 11:08 EDT | Actualisé 05/05/2017 05:12 EDT

«Une sale affaire» de Marco Vichi: polar à l'italienne

Le printemps nous apporte une nouvelle enquête du commissaire Bordelli. La saison de la sève et des éternuements vient de prendre une tournure excitante. Petite virée à Florence, en Toscane. Parmi les oliviers en fleurs, entre deux repas arrosés de grappa, des fillettes sont assassinées, un nazi se terre et une organisation secrète juive est à l'œuvre. Tout est en place pour cette Sale affaire!

Au printemps 1964, à Florence, le commissaire Bordelli apprend de son ami, le nain Casimiro, que des événements louches se déroulent dans l'oliveraie d'une villa déserte. Lorsqu'une fillette est trouvée étranglée et mordue au ventre, l'affaire se corse, d'autant plus que Casimiro a disparu. Personne n'a rien vu, ne sait rien, n'a rien entendu.

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J'ai découvert les aventures du commissaire Bordelli dans le premier roman éponyme traduit le printemps dernier. Il m'avait laissé une telle impression qu'il avait bien failli se retrouver dans mon top 5 annuel. Une année est passée et le revoici à la même période, ramenant les mêmes effluves de Toscane, une manière de vivre presque d'un autre temps, où la lenteur semble un art de vivre.

Pourtant ce n'est pas l'action qui manque. Trois cadavres de fillettes, étranglées et mordues. Un nazi vieillissant qui se terre, pourchassé par une organisation juive qui n'a aucune intention de le capturer vivant. Et la police, Bordelli en tête, qui poursuit l'enquête, cherche une piste, un indice, n'importe quoi pour attraper le tueur en série et rassurer la population.

L'absence de témoins n'aide pas le commissaire Bordelli, dont le caractère assombri tourne au taciturne. Mais toute cette vie professionnelle gravite entre deux repas bien arrosés. Ça mange, ça boit et ça baise. Que l'enquête piétine, soit, mais l'existence continue. Je crois bien que c'est cette leçon de vie que je retiens le plus.

Marco Vichi présente une Italie qui panse toujours ses plaies causées par la Seconde Guerre mondiale, pays presque en ruine, au taux de chômage affolant. C'est dans ce contexte un peu particulier que le commissaire Bordelli devient grand. Il représente à lui seul l'entraide du prochain, une grande bonté qui fait contraste avec son caractère bourru. Il refuse de participer à des rafles qui ne feraient qu'appauvrir davantage les plus démunis. Il embauche un cambrioleur maladroit pour faire ses repas, donne des sous à gauche et à droite sans attendre de retour. Il fait preuve d'une solidarité sociale aujourd'hui moribonde.

Et bien sûr, le sac de nœuds que constitue cette enquête impossible va se dénouer à la fin, mais le merveilleux commissaire n'en sortira que plus frustré.

Si chaque printemps m'apporte dorénavant mon Bordelli, jamais je ne me fanerai!

Marco Vichi, Une sale affaire, Éditions Philippe Rey │noir. Traduit de l'italien par Nathalie Bauer (Una brutta faccenda, 2002). Avril 2016. 280 pages.

Sur les tablettes

Le crime de Julian Wells de Thomas H. Cook (Éditions Seuil policiers).

Philip Anders, critique littéraire, s'interroge : pourquoi son ami l'écrivain Julian Wells s'est-il tranché les veines dans une barque, au milieu de l'étang de sa propriété des Hamptons? Le suicide est irréfutable, ses raisons impénétrables. En enquêtant sur leur passé commun - un voyage en Argentine du temps de la dictature militaire, au cours duquel leur jolie guide Marisol disparut - mais aussi sur l'œuvre de Julian. Hanté par des tueurs aussi abominables qu'Erzsébet Báthory, la comtesse sanglante, ou Tchikatilo, l'éventreur rouge de Rostov, Anders est confronté à la part d'ombre de celui qu'il admirait tant.

Et si ce suicide n'était pas le seul crime de Julian Wells?

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