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01/11/2015 09:33 EST | Actualisé 01/11/2016 05:12 EDT

«La Bataille de Pavie» d'André Jacques: tueuse en péril

Alors que le personnage vieillit sans descendance, il se découvre une fille. Mais quelle fille!

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

La rentrée littéraire 2015 s'annonce féconde pour le polar québécois et on attendait avec impatience la sortie de La Bataille de Pavie d'André Jacques. Près de trois ans après l'enlevant De Pierres et de sang, le voici enfin arrivé!

L'antiquaire et ex-soldat Alexandre Jobin vit une crise identitaire. Autour de lui, les morts s'accumulent et ces disparitions lui pèsent. Lorsqu'un restaurateur italien lui propose de partir en Italie afin de faire évaluer de vieilles esquisses, il hésite. Sa santé le mine et il est persuadé qu'un cancer le ronge. Puis une ancienne maîtresse lui annonce qu'il a engendré une fille. C'est la surprise! Cette jeune femme est cachée quelque part en Italie et, surtout, elle est en danger. Jobin n'hésite plus. Il ignore qu'il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui pourrait bien s'avérer pire qu'une maladie.

La cinquième aventure de Jobin l'antiquaire est un polar inventif qui nous entraîne dans une mission de sauvetage. Alors que le personnage vieillit sans descendance, il se découvre une fille. Mais quelle fille! Une meurtrière adepte du couteau et de la grimace sicilienne. La jeune femme qui se cache sous le nom de Pavie a détourné l'argent et toutes les informations du Cercle, une coalition de motards, de la pègre russe et chinoise et de la mafia montréalaise. Poursuivie par tout ce beau monde, elle tue tout ce qui l'approche.

L'auteur sherbrookois s'amuse à affaiblir son personnage vedette avec des problèmes de santé et un sérieux penchant pour l'alcool. Jobin donne l'impression de flotter au-dessus de son enquête. Le lecteur sait qu'il est manipulé et que les commanditaires de son expédition italienne tirent les ficelles à partir de Montréal. Au moment où on s'y attend le moins, Alexandre Jobin, opiniâtre et railleur, reprend le contrôle, coupe les fils et fait un vicieux pied de nez à ceux qui le prenaient pour un guignol.

L'écriture de La Bataille de Pavie est limpide et sans fioritures. Il n'y a pas d'effet littéraire inutile, juste des faits et de l'action. Ce cinquième roman mettant en vedette Alexandre Jobin m'apparait comme un moment charnière du héros de l'auteur québécois. Il y a dans ce roman un subtil travail sur le personnage central, qui me semble plus abouti que jamais, comme s'il avait atteint la maturité, prêt à devenir un protagoniste encore plus intéressant.

Avec ce personnage haut en couleur, André Jacques renoue avec l'archétype québécois du coureur des bois. Alexandre Jobin est un aventurier moderne qui ne tient pas en place, et, sinon, s'étiole. Dès qu'une mission s'offre à lui, sans regret, il quitte tout pour l'accomplir. La boutique d'antiquaire de Jobin, rue Saint-Laurent, le rattache à l'Histoire, aux traces laissées à travers le temps par l'Homme, mais il est prompt à parcourir le monde à la recherche, dans La Bataille de Pavie, de sa propre trace dans l'histoire, une descendance aux mains pleines de sang!

La Bataille de Pavie d'André Jacques est un poids lourd sur les rayons et son héros, l'un des plus beaux personnages de toute la littérature québécoise, polar ou pas.

André Jacques, La Bataille de Pavie, Éditions Druide. Septembre 2015. 434 pages.

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