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04/03/2018 08:00 EST | Actualisé 04/03/2018 08:00 EST

«Les adieux de Brodie» de Gordon ferris

Avec Gordon Ferris, nous sommes dans le polar de haute voltige, le genre qui mélange fiction et réalité avec un bonheur inégalable.

Dans ce quatrième et dernier volet des aventures périlleuses du journaliste-espion Douglas Brodie, nous repartons avec plaisir sur les traces d'un héros écossais comme il ne s'en fait plus.

Orgueil et fierté

Sir Fraser Gibson, directeur d'une importante institution financière de Glasgow est enlevé. C'est au journaliste Douglas Brodie que s'adresse son épouse afin de livrer la rançon. Mais tout va bien mal tourner lorsque Brodie est retrouvé assommé près du cadavre du banquier. La situation ne pourrait être plus catastrophique. La victime a été tuée avec l'arme de Brodie. La veuve nie avoir fait appel à lui.

Ses anciens collègues policiers semblent heureux de l'incarcérer et lui promettent la peine de mort. Avec l'aide de Samantha, son avocate et surtout son amoureuse, et des services secrets, il devra feindre un suicide pour parvenir à recouvrer sa liberté. Il ne cherchera plus alors qu'à laver son nom, démonter la machination dont il est la proie, trouver les véritables coupables et épargner à l'Écosse les impacts funestes que pourrait occasionner la perte des subsides du plan Marshall.

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La série Douglas Brodie se déroule l'après-guerre. Nous sommes en 1947. Chaque roman précédent illustrait une partie des conséquences de la seconde guerre mondiale sur les habitants : pénuries, faim, ruines, nazis en fuite, juifs à leur poursuite, procès pour crime de guerre, félonie. Avec Les adieux de Brodie, nous sommes dans la haute trahison, mais surtout dans la relance économique.

En effet, Washington vient tout juste d'instaurer le plan Marshall, un système de prêts à faible taux d'intérêt pour aider et soutenir les États alliés au lendemain de ce destructeur conflit mondial.

Mais le banquier avait des problèmes d'argent et pigeait allègrement dans les comptes de la banque, or si la Maison-Blanche venait à apprendre ces fraudes, le plan de relance pourrait se trouver amoindri, voire annulé. Le Royaume-Uni n'a pas l'intention de subir cette flétrissure, d'où l'intervention miraculeuse des services secrets.

Avec Gordon Ferris, nous sommes dans le polar de haute voltige, le genre qui mélange fiction et réalité avec un bonheur inégalable.

L'action avance à un rythme effréné, en naviguant habilement entre narration et dialogues savoureux.

Malgré l'univers choisi, celui de la banque, et du monde de la finance (barbant, dites-vous!), rien n'est didactique ni laborieux, tout coule de source, et on ne s'ennuie pas. Rien que ça constitue un tour de force.

Les adieux de Brodie offre aussi l'occasion unique d'assister à une visite clandestine d'une banque historique, de pénétrer un bouge écossais mal famé, mais surtout de voir Glasgow d'un autre angle, depuis le fleuve Clyde qui serpente à travers la ville, alors que Brodie revenu de son prétendu décès se cache sous les traits d'un vieux loup de mer, un « Gallowglass ».

Une autre réussite absolue de Gordon Ferris dont j'attends déjà le prochain mouvement, tout en regrettant la fin de cette magnifique série.

Sur les tablettes

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« On se couvrira les yeux d'abord, on fuira. On y reviendra de plein fouet et on voudra tout voir, avec la rage d'un coyote. On avalera les photos, les petits films de vacances mal cadrés, les anecdotes, les souvenirs. On voudra, comme le coyote déchiquette sa proie, appuyer de tout son poids, briser la colonne vertébrale. Comprendre comment une nuit on rentre chez soi, avec sa femme, ses deux enfants qui font une vie, comment on regarde la télévision ou comment on lit ou bricole, comment on va se coucher, et comment on ressort, au milieu de cette même nuit qui appartient à cette même femme et à ces mêmes enfants qui font une vie, comment on en ressort, porté par des bras inconnus, allongé dans l'air. »

Adrien Girault, Rabot (Éd. De l'Ogre).

Gordon Ferris, Les adieux de Brodie,Éditions Seuil collection Cadre Noir. Traduit de l'anglais par Hubert Tézenas (Gallowglass, 2014). Février 2018. 443 pages.