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08/04/2018 08:00 EDT | Actualisé 08/04/2018 08:00 EDT

«La Disparition de Kat Vandale» de Christian Giguère

L'histoire est bien menée, sans invraisemblances. Pour un premier roman, c'est en soi un exploit.

La Disparition de Kat Vandale est une enquête éperdue pour retrouver sa trace. Entre un gang de rue, et quelques politiciens mafieux, du quartier Rivière-des-Prairies à la Rive-Sud de Montréal, tout en croisant un vilain boxeur sur le retour, la cloche qui annonce le début de cette quête sonne comme le glas.

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Kat Vandale, on s'en doute, a disparu. S'est-elle enfuie? La retient-on prisonnière? Ses fréquentations louches font craindre le pire. Escorte et vedette porno, la jeune fille marchande son corps depuis qu'elle est tombée amoureuse d'un caïd de gang de rue.

Quand elle ne travaille pas, elle côtoie son prof de cégep à l'esprit pervers; elle a aussi des clients politiciens qui en mènent large dans le quartier Rivière-des-Prairies. Ses amis qui gèrent l'agence d'escortes, inquiets de son silence, tentent par tous les moyens de la retrouver, quitte à questionner des gens peu fréquentables. Mais le récit avance, et pourtant, Kat reste introuvable. À ce jeu de chaise musicale inversé où tout un chacun serre les rangs, il n'y aura bientôt plus assez de monde pour occuper les sièges.

L'esprit de ces jeunes personnages semble façonné par la réforme du système d'éducation selon laquelle, règle universelle impondérable, l'échec n'existe plus; tout n'est que réussite reportée.

À ma connaissance, c'est une première apparition dans un polar pour ceux que l'on catégorise comme les milléniaux. L'esprit de ces jeunes personnages semble façonné par la réforme du système d'éducation selon laquelle, règle universelle impondérable, l'échec n'existe plus; tout n'est que réussite reportée. Cette sentence est prise au pied de la lettre, sans subtilité, par les protagonistes du roman. Au point où la mort même y perd ses droits. Ne devenant qu'une vie de perdue, parmi d'autres...

Ainsi, Kat Vandale, petite bourgeoise de banlieue, en quête de sensation forte, va, là où d'autres fréquenteront La Ronde, s'encanailler dans les bras d'un gang de rue, lesquels sont le bras armé de la mafia italienne qui contrôle des politiciens véreux! Une grande roue infernale!

Il y a chez les personnages une très grande naïveté. Ces adultes pour qui l'adolescence ressemble à un état de béatitude, sont peu méfiants et, donc faciles à manipuler par quiconque ayant un esprit le moindrement pervers. Par ailleurs ils sont doués les uns envers les autres d'un indéfectible et enviable sentiment de loyauté.

L'auteur a soigné ses dialogues, utilisant le langage propre à cette génération (mélange de français et d'anglais, mots en raccourci, structure de phrases parfois incohérentes, et quelques néologismes) qui sonnent juste sans toutefois sombrer dans l'incompréhensible. Juste ce qu'il faut pour représenter adéquatement ces milléniaux. L'histoire est bien menée, sans invraisemblances. Pour un premier roman, c'est en soi un exploit.

Mon seul petit bémol concerne la trop grande quantité de personnages pour un si court roman.

Mon seul petit bémol concerne la trop grande quantité de personnages pour un si court roman. Ils manquent de place pour s'exprimer et donnent donc parfois dans le caméo, ce qui complique un peu la compréhension de l'intrigue.

Comme c'est fréquemment le cas, un drame aussi grand qu'une disparition tend à causer chez les survivants une prise de conscience et une perte d'innocence.

Une première apparition très critique pour la génération millenium!

Héliotrope parvient une fois de plus à gagner son pari en présentant dans cette collection de nouveaux auteurs, des nouvelles voix et un nouveau regard sur notre univers.

Sur les tablettes

Marie Saur, Les Tricoteuses (Éd. Héliotrope NOIR).

Il n'est pas toujours avisé de se mêler des affaires des gens puissants.

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Pour avoir galamment raccompagné Patricia Fortin Rousseau dans son manoir de Cap-Rouge après une beuverie, l'ex-prisonnier Daniel Hurteloup se voit offrir un boulot de gardien de nuit chez TV6, qu'elle dirige. Comme réhabilitation, il ne pouvait rêver mieux. Mais peu après ce coup de chance, le malheur frappe : Patricia est retrouvée pendue dans le studio B. Pour la police comme pour la famille de la victime, de riches industriels à la tête de Fortin Médiacom, Daniel fait un suspect tout désigné.

Déterminée à disculper son frère, Sophie Hurteloup mène l'enquête, qui semble vouloir se transformer en leçon d'histoire : le meurtre de Patricia serait-il le contre-coup d'un conflit de travail ayant secoué l'empire Fortin quarante ans auparavant? « Prolétaires de tous les pays, qui tricote vos chaussettes? » La question lancée autrefois par les grévistes de l'usine de bas Forty attend toujours sa réponse.

Christian Giguère, La Disparition de Kat Vandale,Éditions Héliotrope NOIR. Mars 2018. 205 pages.

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