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29/03/2015 08:17 EDT | Actualisé 29/05/2015 05:12 EDT

<em>La Chasse au trésor</em> d'Andrea Camilleri: farce tragique

Le soleil sicilien du maestro Andrea Camilleri perce la grisaille de notre hiver glacial. Embarquez dans La Chasse au trésor, un polar qui réchauffe.

À Vigata, Sicile, la vie s'écoule tout doucement. Le commissaire Montalbano s'ennuie. Pas d'action, pas de crimes à résoudre, rien qu'une tonne de paperasse générée par la direction. Les criminels sont en vacances, lorsque soudain un appel d'urgence secoue le commissariat de sa torpeur. Les Palmisano, un frère et une sœur, sont devenus fous et tirent sur les passants depuis leur domicile. N'écoutant que son courage, le commissaire va gravir une échelle et arrêter promptement les deux vieillards. Il découvre un appartement tapissé de crucifix, des milliers de croix partout, accrochées au plafond, sur les murs, et dans le lit de Gregorio Palmisano, une vétuste poupée gonflable rafistolée. L'image serait rigolote si le lendemain, Salvo Montalbano ne trouvait pas une autre poupée, pareillement réparée. Et si au bout de La Chasse au trésor, il y avait un vrai cadavre avec un criminel sans pudeur?

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Écrivain bien retors, Andrea Camilleri commence avec une anecdote drolatique, l'objet sexuel, et pousse son intrigue jusqu'à la tragédie. Une jeune fille est enlevée et son ravisseur joue aux devinettes avec les policiers. L'auteur italien s'amuse avec les genres, va de l'un à l'autre, construisant un suspense à partir de ce qui avait les apparences d'une scène burlesque et embarque ainsi le lecteur sans méfiance!

Avec le commissaire Montalbano vient inévitablement une certaine lenteur. Les personnages prennent du temps pour vivre : manger, se promener, humer l'air. Ils sont ainsi un peu touristes à leur façon. Montalbano est d'un genre particulier. Un grand naïf bien orgueilleux qui passe son temps à se mettre les pieds dans les plats pour ensuite tenter de camoufler ses bêtises. Ce qui donne plusieurs scènes cocasses. Convié par lettre à résoudre une énigme, son instinct le pousse à embarquer dans une forme de chasse au trésor. Si la poupée gonflable du vieux Palmisano était une farce, les énigmes reçues et décodées commencent à effrayer le commissaire qui pressent que la comédie tournera à la tragédie.

Au-delà de l'intrigue, ce qui frappe toujours chez ce romancier hors du commun est cette explosion de saveurs et cette variété de couleurs, d'une Sicile qui exulte entre les lignes. Avec Montalbano, Camilleri s'adresse à nos sens et il a cet art bien à lui de faire respirer ce coin de pays imaginaire.

La chasse au trésorsent le poisson frais et l'aubergine grillée. On entend presque le cri des oiseaux et la mer qui s'agite.

Ça laisse l'envie persistante d'aller faire un tour quelque part à Porto Empedocle (réel nom de Vigata) et d'y demeurer!

Montalbano, je suis!

Andrea Camilleri, La Chasse au trésor, Éditions Fleuve noir. Traduction de l'italien par Serge Quadruppani (La Caccia al Tesoro, 2010). Février 2015. 295 pages.

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