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15/01/2017 09:13 EST | Actualisé 15/01/2017 09:13 EST

Deux polars québécois inspirants

Ces deux polars inspirants nous font voyager dans un passé récent, le Red Light montréalais des années 20, passionnant sous la plume de Marie-Eve Bourassa, et la génération hippie de Saint-Chause, un roman vaudevillesque de Sylvain Meunier.

Red Light tome 2 de Marie-Eve Bourassa

Après le succès du premier tome, Adieu, mignonne, prix Saint-Pacôme du meilleur premier roman, Frères d'infortune remet en piste Eugène Duchamp, ex-flic de Montréal du début du siècle dernier, paria parmi sa fratrie, soldat durant la Grande Guerre dont il est revenu blessé et toxicomane.

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Le corps perclus, de souvenirs de guerre et de passages à tabac, Eugène Duchamp accepte de retrouver la nièce d'un notable. Mais son enquête va être rapidement perturbée par la sortie de prison de son ennemi mortel. Lorsqu'il se retrouve en porte à faux entre les deux clans de malfrats qui mènent la ville, sa vie sombre dans la désolation!

La jeune auteure prodige récidive avec le second volume d'une série de trois. Un roman plus noir que le précédent, plus dur, avec ses querelles de rues entre gangs adverses qui se transforment en guerre de tranchées. Le vol d'un blindé tourne mal et la mort rôde un peu partout dans ces quartiers mal famés, mal éclairés. Un réseau de traite de blanches emporte le lecteur dans d'immondes cloaques. Ce Montréal d'antan, que l'on va bientôt célébrer, n'a rien de touristique. Drogue, prostitution, jeux clandestins, bibine... Le Red Light est un coupe-gorge!

L'écriture de Marie-Eve Bourassa est si précise, déliée et toute en finesse qu'elle permet de transcender toute la misère qui gangrène la vieille ville. Les personnages sont attachants malgré leurs carences, principalement Eugène Duchamp, un antihéros qui possède le don de se faire des ennemis mortels des deux côtés de la justice à la fois.

Frères d'infortune vient assurément marquer le 21e siècle au Québec et consolider l'importance de cette auteure et sa trilogie dans les annales de la littérature québécoise.

Saint-Chause de Sylvain Meunier

Au début de ma lecture, je me suis interrogé sur la pertinence d'écrire un polar sur un jeune libertin sentant le patchouli sur fond de moquerie catholique. Et puis la curiosité m'a fait poursuive la lecture. Où allait nous mener l'auteur avec son Saint-Chause à la sauce « mysticomique »?

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En 1969, Jean-Benoît Bastarache, un jeune hippie notoirement paresseux, est forcé par sa mère à prendre le poste de bedeau intérimaire à l'église de Saint-Chause. Il découvre les charmes et opportunités de cette vie de piété alors qu'entre les quatre murs de l'église, il s'initie aux plaisirs de la chair, au commerce des stupéfiants et au monde de la criminalité. À la suite de quelques gestes « maladroits », il devra prendre la fuite, poursuivi par un groupe de motards moustachus et par la police.

Si Saint-Chause n'est pas tout à fait un polar, c'est assurément un roman qui se distingue par une narration admirablement développée qui mélange allègrement humour et finesse descriptive.

En adoptant un angle passéiste (la pratique du catholicisme, l'an 69, un hippie), Meunier jette un pont avec les pratiques contemporaines. Le pauvre prêtre, qui voit un grand nombre de jeunes gens, drôlement vêtus, revenir à la messe, se convainc que la foi fait un retour en force grâce à ses sermons, alors que ces fidèles en herbe n'attendent que l'amen final du prêche pour récupérer leur marchandise, confondant Marie et marie-jeanne. La perversion totale de l'institution joue un peu le rôle d'un troll dans une discussion virtuelle, introduisant peu à peu les éléments qui vont perturber l'ensemble du processus, de la fornication à la came.

Il y a une petite centaine d'années, Saint-Chause serait à l'index et vilipendé en chaire. On recule d'un autre cinquante ans et le même roman mène son auteur à l'excommunication et à l'exil! Les temps changent; aujourd'hui, cette aventure décadente passe pratiquement inaperçue...

Sans être nostalgique des censures passées, il m'est permis de constater que le manque d'intérêt culturel vient peut-être de l'éducation. Voici quelque chose que je n'aurais jamais cru seulement penser : est-ce que l'enseignement confessionnel avait quelque chose de bon pour l'ensemble de la culture (réduite en simple divertissement... Suffit, allez! Retournons à nos Recettes pompettes)!?!

Marie-Eve Bourassa, Red Light Frères d'infortune, Éditions VLB. Novembre 2016. 374 pages.

Sylvain Meunier, Saint-Chause, Éditions À l'étage. Octobre 2016. 261 pages.

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