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15/02/2018 13:00 EST | Actualisé 15/02/2018 14:30 EST

Sans génie

Dans la foulée du mouvement #MeToo, j'osais croire que la société valoriserait davantage les accomplissements que les attributs, le contenant que le contenu.

Tirée d'Instagram/Sports Illustrated

Il faut être sur une autre planète pour ne pas être au courant des deux événements qui attirent l'attention planétaire en ce moment dans le monde du sport : les Olympiques d'hiver et les bikinis d'Eugenie.

J'ai posté à la blague sur Facebook que la tenniswoman avait fait le shooting photo du Sports Illustrated entre deux victoires, c'est-à-dire qu'elle avait eu tout son temps. Il n'en fallait pas plus pour que les commentaires fusent de toute part : jaloux, « mange canayien », frustré, Eugenie a bien le droit de faire ce qu'elle veut, ce n'est pas de nos affaires, etc.

J'étais seulement fasciné par le phénomène social qu'est devenue cette personne qui semble se rapprocher davantage des Kardashian que de Chris Evert. Par contre, sans son statut d'athlète, elle ne serait pas invitée à se dénuder ainsi, tout comme si on enlevait la filiation de Justin à Pierre-Elliott, il n'aurait jamais eu son ticket pour devenir premier ministre.

Je suis fasciné parce que je regarde des athlètes féminines gagner des médailles en Corée, des femmes déterminées, pratiquement absentes du radar glamour, car elles n'ont pas le minois de Genie.

Je suis fasciné parce que je regarde des athlètes féminines gagner des médailles en Corée, des femmes déterminées, pratiquement absentes du radar glamour, car elles n'ont pas le minois de Genie. Donc, pas de commanditaires, pas de Sports Illustrated, pas de « blind dates » couvertes par tous les médias. Seulement une médaille et quatre années devant elles de solitude et de pauvreté pour espérer faire autant ou mieux aux prochains jeux. Être juste sur un podium olympique. Come on. Ça prend plus que ça en 2018.

Vaudrait-il mieux être classée 116e et prendre le risque d'avoir un « extreme makeover » chez un chirurgien plastique pour ressembler à Eugenie? Peut-être. Car deuxième au monde, ça ne semble pas impressionner longtemps. Un corps et un minois de déesse, oui.

Eugenie est d'une rare beauté et je suis très content pour elle. Je lui souhaite tout le succès du monde, peu importe le chemin qu'elle prendra. Ce qui me dérange, c'est de voir qu'on légitimise un voyeurisme de mononcle en se disant qu'on ne regarde pas une pinup, on regarde une athlète. Moi, quand je vois Eugenie, je file beaucoup plus mononcle que féru des courts de Wimbledon.

Pour moi, il manque des victoires ou un classement décent dans son équation pour que je crois à ça. La preuve, Françoise Abanda est 123e et on s'en balance. Parlez-moi de la mannequin Eugenie ou de la, qui sait, future actrice. Je n'ai aucun problème avec ça et ça ferait beaucoup plus de sens pour moi.

Oui, car pour admirer une personne, j'ai besoin de ça, du sens. Les Kardashian, ils sont quoi au juste? Une famille royale qui a pris un raccourci vers la gloire en se mettant tout nu? Je cherche et je ne trouve pas. Avec Eugénie, je suis rendu là. Désolé.

Dans la foulée du mouvement #MeToo, j'osais croire que la société valoriserait davantage les accomplissements que les attributs, le contenant que le contenu.

Ben non.

Aujourd'hui, des belles, des culs, des boules, un « duck face », un « selfie » pis c'est réglé... sans même y penser ni penser tout court.

Et toi l'athlète dans l'ombre, de ton petit cinq pieds un, celle qui a bégayé à la télé, un peu dépassée par les événements et la presque commotion cérébrale que tu t'es tapée avant ton exploit, t'es vraiment pour moi la plus belle et tu as toute mon admiration pis... .tu peux rester habillée, c'est l'hiver et surtout, c'est normal.

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