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14/02/2018 09:00 EST | Actualisé 14/02/2018 09:05 EST

Montréal, j'ai changé

Est-ce l'inexpérience ou la certitude que l'ennuyante Québec dort trop au gaz, mais personne n'a semblé envisager une réponse de la part de la vieille capitale.

georgeclerk via Getty Images

La métropole a donné un grand coup publicitaire avec sa campagne « Québec, j'ai changé », soulignant les différentes transformations dont elle a été l'objet, dans la foulée des fêtes de son 375e. Empreinte d'humilité et de simplicité, j'ai trouvé ça fort habile et moi – un gars de Québec - qui n'est pas un grand fan de Montréal, ça m'a attendri... sincèrement. Évoluant comme créateur qui est plus connu à Londres et à Mexico qu'à l'autre bout de la 20, j'ai toujours perçu Montréal comme un vase clos, exclusif, où seules les choses qui s'y créent ont une réelle valeur, tout ce qui sort du 514 étant considéré avec mépris, dédain et pire, indifférence. J'ai souvent eu l'impression que Montréal voulait garder Québec comme une petite ville-dortoir, où son seul mouvement en était un calqué sur celui de ses fonctionnaires. Un bus-boulot et surtout dodo qui laisse toute la place à la Ville-Marie pour le reste.

L'erreur dans cette pub réside dans le fait qu'elle prend la forme d'un message téléphonique laissé sur une boîte vocale. Est-ce l'inexpérience ou la certitude que l'ennuyante Québec dort trop au gaz, mais personne n'a semblé envisager une réponse de la part de la vieille capitale. Elle ne s'est pas fait attendre. Quelques semaines plus tard, Québec répondit à Montréal, la remerciant pour son invitation, mais étant tellement occupée, elle lui offre plutôt de se rencontrer au Madrid 2.0, à Drummondville. Et vlan!

J'ai trouvé ça baveux, arrogant et presque impoli de la part de Québec. Ça « scrap » littéralement la campagne de Montréal qui n'a plus du tout le même effet ici, tombant à plat devant la rapidité d'esprit de Québec à lui rendre la monnaie de sa pièce, même si la missive métropolitaine n'avait – pour une fois – absolument rien de condescendant ni d'arrogant. Montréal a baissé sa garde, a à peine eu le temps de lever le regard et – BANG!- un « jab » en plein visage.

Montréal a baissé sa garde, a à peine eu le temps de lever le regard et – BANG!- un « jab » en plein visage.

À 20 ans, j'étais plus qu'aviné dans un bar de la Grande-Allée et je n'aperçois-tu pas la belle C. qui prend une bière. Elle semblait seule. C. tripait ben raide sur moi en secondaire 5. Je m'approche d'elle, sûr de moi, sûr que ses genoux trembleront de désir à ma vue. Je la regarde et lui souris.

« Hey! Salut C. Comment ça va? » lui dis-je d'un air empestant la suffisance.

Elle se retourne et me jette un regard, celui que nous jetterait, si elle avait des yeux, la canne de bouillon de poulet qu'on a oublié depuis 4 ans au fond de la dépense.

–« Qu'est-ce tu veux? », me répond-elle.

–« Ouin, qu'est-ce tu veux? », ajoute le gars de six pieds deux, à côté d'elle.

–« Ben, je voulais juste te dire bonjour », dis-je d'un air détaché qui tente par tous les moyens de sauver la face.

–« Ben c'est fait, bonjour », me dit-elle en se retournant complètement.

La terre avait tourné depuis notre dernière rencontre, quatre ans plus tôt et de toute évidence, j'étais tout sauf le soleil. Je me sentais comme la bagnole d'Elon Musk qui vogue « flasheusement » dans l'espace, mais qui ne va... nulle part en fait.

Face à une absence de partenariat, de complémentarité ou de synergie, elle s'est lassée et est devenue autonome.

Québec a changé, c'est tout. Face à une absence de partenariat, de complémentarité ou de synergie, elle s'est lassée et est devenue autonome. Ça a commencé par McCartney sur les Plaines et depuis, Québec est comme l'univers de Stephen Hawking : en continuelle expansion. À force de ne pas se sentir dans le coup, on s'en crée un tout simplement. C'est ce qui se passe ici. On a Lepage, le FEQ, le Carnaval, les Pee-Wee, le Comédi-Ha, notre festival du film, nos musées, notre Vieux-Québec, notre bout de fleuve, nos Plaines, nos centres de ski, et si on se déniaise, un club professionnel de hockey hors de la LNH. Québec a fait comme Cendrillon et a pris la peine de se regarder dans le miroir avant de croire celles qui la traitaient de vilaine. Aujourd'hui, elle a le carrosse, la robe, le prince charmant et le mieux dans tout ça : à minuit, rien ne disparaît, ça devient au contraire plus le fun!

Je vais quand même aller te voir Montréal, comme toujours, changée ou pas, parce que tu en vaux la peine. Tu es belle et remplie de possibilités. Si seulement tu pouvais en penser autant de chez moi, on aurait le TGV depuis plus de 25 ans...

Bonne semaine.

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