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15/03/2018 10:22 EDT | Actualisé 16/03/2018 09:19 EDT

Libérez-nous des milléniaux

Ça veut le beurre, l'argent du beurre, le lait, la vache, la ferme et j'en passe.

Pekic via Getty Images

Samedi matin. Un équipement de studio que j'ai depuis seulement cinq mois me laisse tomber. Déjà échangé une première fois chez le détaillant, l'automne dernier, j'avais dû aller chercher son remplaçant à Trois-Rivières, problème d'inventaire oblige. Deux citrons d'affilée, faut le faire! Non, j'te prendrai pas un 6/49. Habitant Québec, je loue le ciel de cet intéressant concept de franchisés qui, en théorie, me permet d'aller dans n'importe quelle succursale pour obtenir du service. Je me pointe au magasin de la Capitale, car je connais quelqu'un qui y travaille. Il me recommande au gérant. Ça se gâte.

« Tu l'as acheté où? », me dit le jeune homme, l'air blasé et peu collaborateur.

–« Euh... à Sainte-Foy et ensuite, Trois-Rivières », lui dis-je, souriant, sans me soucier de quoi que ce soit. « En passant, je n'ai pas la facture, mais vous avez l'étiquette avec le code à barres sur la boîte... »

–« Tu viens me voir, t'as même pas de facture pis en plus, t'as même pas acheté ça ici? Je peux rien faire pour toi. J'ai assez de mes problèmes ici, je ne commencerai pas à prendre les problèmes des autres magasins. Va à Sainte-Foy », dit-il d'un ton on ne peut moins sympathique.

–« Oui, mais n'êtes-vous pas une chaîne nationale? Êtes-vous en train de me dire que je risque d'aller à Trois-Rivières pour ça? »

–« C'est pas mon problème et je peux rien faire pour toi qui en plus, t'arrêtes pas de m'engueuler depuis tantôt »

–« Je vous quoi? », lui dis-je, totalement abasourdi, nous qui ne parlons que depuis environ 40 secondes. « Je vous exprime poliment mon inquiétude par rapport à un produit payé plus de 400$ dans ce que l'on appelle une chaîne de magasins reconnue. Je m'attends à recevoir à tout le moins un minimum de support! »

Le type lit le code à barres sur ma boîte en soupirant grossièrement. Finalement, le dossier de facturation était demeuré à Ste-Foy. 150 km de sauvés! Il me remet une copie de la facture papier comme s'il venait de me donner 10 000$ de sa poche. Il faut dire que de faire trois pas vers l'imprimante pour un dossier qui n'a pas profité à son établissement, c'est une tâche considérable. Le type conserve son air bête et débordé, son magasin étant pourtant presque vide. Je pars en lui disant que j'ai toujours été poli et que je l'ai vouvoyé tout au long de notre échange et que je vais me rappeler de cette mauvaise expérience. Il me répond que lui aussi, l'air défiant. Après vérification avec la direction, il était obligé d'honorer la garantie. Mais monsieur a décidé qu'il pouvait même réécrire les règlements de la maison. Ça ne va pas bien...

Des situations comme celle-là, j'en vis depuis des années avec plusieurs de mes amis les milléniaux.

Des situations comme celle-là, j'en vis depuis des années avec plusieurs de mes amis les milléniaux. Ça dit ce que ça pense sans filtre, mais si tu oses te défendre, tu te braques, tu es fermé. Ne t'avise pas, par contre, de formuler une critique, car ils monteront aux barricades et sortiront de l'échange en se disant profondément traumatisés.

J'avais des employés qui commettaient des erreurs qui coûtaient à ma firme de publicité des milliers de dollars. Tu les ramenais à l'ordre, tu étais un écoeurant, un incompréhensif, un pas à l'écoute... un matérialiste à l'argent.

Tu travailles avec des gens qui ont plus de 20 ans de moins que toi et si tu les appelles « les amis », tu es condescendant et infantilisant. Tu « deal » avec eux en adulte et là, tu manques de tact et de délicatesse. Ça ne tolère pas l'opposition, mais ça vit très bien avec la sienne.

Ça veut le beurre, l'argent du beurre, le lait, la vache, la ferme et j'en passe.

Tu demandes ce que tu n'es même pas disposé à donner.

Est-ce ça que tu veux, le millénial? Tout? Tu t'attends à quoi? Que ma vie tourne autour de la tienne?Honnêtement, je sais plus quoi penser. Tu demandes ce que tu n'es même pas disposé à donner. Tu mets le feu à ma maison et pour ne pas te contrarier, y faudrait que je l'éteigne avec des allumettes? Ça ne marche pas.

J'en ai longtemps voulu à mon père d'avoir été si dur avec moi, tout au long de ma jeunesse. Mais de quoi aurais-je l'air si j'avais été un enfant-roi? Plus je vieillis, plus je me demande quelle est la meilleure option, puisque les justes milieux semblent impossibles dans une société qui se meut à coup de retours du balancier.

Comment allez-vous réagir la journée où on va vous engueuler pour vrai?

Mais je regarde ces jeunes et je leur demande : qu'allez-vous faire quand ça va vraiment aller mal? Comment allez-vous réagir la journée où on va vous engueuler pour vrai? Que ferez-vous lorsque quelqu'un de plus ou moins brillant prendra au mot votre manque de respect en vous cassant la gueule?

Qu'arrivera-t-il la journée où vous ne serez plus qu'entre vous, les vétustes de ma race devenue éventuellement hors circuit? Qui aura la part du lion? Qui fera des concessions? Qui prendra ses responsabilités?

À ce moment-là, s'il vous plaît, faites un show de télé-réalité. Vieillissant dans mon hospice, je me délecterai à vous regarder... ça sera ma compensation.

PS, je vous aime pareil, là!

Bonne semaine.

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