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20/01/2018 08:00 EST | Actualisé 20/01/2018 08:00 EST

La souveraineté telle qu'on l'a connue n'existe plus

Pendant que la pensée magique passéiste de Jean-François Lisée fait son chemin, le sang neuf se casse.

krblokhin via Getty Images

Je n'ai jamais douté de la sincérité de Jean-François Lisée. Mais de sa capacité à voir la réalité en face par contre, j'ai de sérieux doutes. Par contre, cet homme d'analyse avait bien vu en comparant son parti au club de hockey du Canadien. Une troupe d'éclopés qui ne brille plus autrement que par l'aura de la légende qui la précède depuis des décennies. C'est à peu près ça.

Voici que le PQ nous sert la recette à nouveau avec Nathalie Leclerc, fille de Félix, patriarche du peuple québécois qui s'est affranchi du joug fédéraliste. Je n'ai rien contre Nathalie Leclerc. Elle a l'air très brillante et je n'ai aucun doute sur sa sincérité ni sa volonté de gagner.

Mais réalise-t-elle que si elle était la fille d'un Robert Leclerc, malgré son intelligence et sa compétence, elle passerait inaperçue sous le radar du PQ? Nathalie Leclerc a ce qu'on appelle du sang bleu et dans un parti où les spectres semblent avoir plus d'influence que les vivants, c'est évidemment plus que bienvenu.

Nathalie Leclerc a ce qu'on appelle du sang bleu et dans un parti où les spectres semblent avoir plus d'influence que les vivants, c'est évidemment plus que bienvenu.

Pendant que la pensée magique passéiste de Lisée fait son chemin, le sang neuf se casse. Alexandre Cloutier tire sa révérence. Le fédéraliste que je suis voyait en lui une véritable menace, aux côtés de Véronique Hivon et des jeunes loups de la formation politique. Cet aspirant chef du PQ avait, en plus du contenu et de l'intelligence, la gueule de l'emploi, où l'image, comme le prouve Justin Trudeau, fait foi de tout aujourd'hui.

Mais non, les boomers lui ont préféré Lisée, une référence, une éminence... qui maîtrise parfaitement le code morse dans un univers où Facetime est rendu le standard. Les boomers avaient sorti Boisclair aussi, quelques années plus tôt. Ses écarts de jeunesse avaient été la planche de salut de ses détracteurs... parce qu'évidemment, Lévesque et Parizeau n'ont jamais, eux, pris une brosse de leur vie...

L'immigration a changé la donne, le Québec inc. s'est vendu aux Canadiens anglais et aux Américains, des entrepreneurs préférant une retraite dorée à une véritable continuité.

La souveraineté telle qu'on l'a connue n'existe plus. L'immigration a changé la donne, le Québec inc. s'est vendu aux Canadiens anglais et aux Américains, des entrepreneurs préférant une retraite dorée à une véritable continuité. Mais non, j'erre. On me dit qu'on a vendu à cause de la mondialisation et du faible taux de rentabilité des entreprises sur ce nouvel échiquier. Il faut converger, s'associer... tiens donc, si je ne vois pas la Fédération canadienne saisir la balle au bond!

Je suis profondément nationaliste. J'aurais accepté un oui en 80 et je regrette de ne pas avoir voté oui en 95, moment où, croyant que le mouvement ne pouvait qu'augmenter, il avait en fait atteint son sommet. Avoir su... Chrétien a ensuite remis les Québécois à leur place, comme un macho qui dit à une soupirante que cette nuit, c'était cette nuit et qu'aujourd'hui, c'est aujourd'hui.

Mais tout ça, c'était il ya 40 ans et 20 ans. Tout a changé. Mais pas le PQ, pas sa base. Face à la montée de la CAQ, même les ténors, plus âgés et usés, quittent le navire. Mais "Bozo" Lisée n'en démord pas : tout va bien aller, les fantômes sont avec nous. À force d'agiter les vieux grigris de son parti gris et de lever le nez sur la relève et-disons-le-la réalité, Bozo finira seul, à pleurer sur son radeau.

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