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10/05/2018 11:20 EDT | Actualisé 10/05/2018 11:20 EDT

La presse écrite et les autres

Si le gouvernement avait interdit aux détenteurs de licences du CRTC de faire du média écrit sur le web, on n'en serait pas là.

artisteer via Getty Images

Demain matin, vous voulez lancer une station de radio ou de télé. À part sur le web, vous n'irez pas bien loin. Vous devrez obtenir une des très rares licences disponibles et ensuite, tout faire pour rentabiliser un produit qui nécessitera des investissements considérables. Le combat sera difficile, mais vous louerez le ciel de ne pas avoir 15 concurrents, votre gouvernement ayant voté des lois protectionnistes afin que la plupart des joueurs puissent subsister.

Demain matin, vous voulez lancer un journal. Allez-y, point. Ah oui... bonne chance.

J'ai eu le privilège, dans ma carrière, d'avoir mes bureaux à la fois dans une radio et dans un journal. J'ai pu constater la passion qui animait leurs artisans et surtout la qualité de leur travail. Tout allait bien jusqu'en 2008, environ. Les radios et les télévisions sont devenues des entreprises de presse écrite sur le web. Les canaux spécialisés sont devenus des magazines en ligne. Dès lors, le papier, dans les grands marchés, était condamné à mourir.

Les journaux ont beau vouloir se transformer en OSBL, ça ne changera rien à la réalité de la presse écrite.

Les journaux ont beau vouloir se transformer en OSBL, ça ne changera rien à la réalité de la presse écrite. Il y en a trop, tout simplement. Si le gouvernement avait interdit aux détenteurs de licences du CRTC de faire du média écrit sur le web, on n'en serait pas là. L'écrit aurait juste migré sur la toile, tout comme le contenu télé et radio et tout continuerait comme avant ou presque. Il y aurait bien sûr de la concurrence de médias uniquement en ligne, mais les médias traditionnels auraient pu faire des alliances stratégiques entre eux comme La Presse et Radio-Canada ou Québecor avec... Québecor!

Malgré les entourloupettes fiscales proposées par La Presse et Ottawa, tant qu'il y aura des médias comme Radio-Canada, subventionnés par l'État, qui font de l'écrit, comme de la radio et de la télé à la même enseigne, il sera impossible pour un journal en ligne de survivre et de générer des profits. Les gens des médias papier ont beau avoir tenté da faire de la vidéo pour concurrencer les télés, le bon vouloir ne remplacera jamais l'expertise... Tandis qu'une radio ou une télé met en ligne souvent ce qui a déjà été écrit pour être en ondes. Dans ce cas-ci, c'est un copié-collé sur le web très payant ou, disons, à tout le moins, qui ne coûte pas vraiment plus cher.

J'ai toujours dit que l'économie allait mal depuis que les pharmacies Jean-Coutu vendent du ketchup. Une concurrence s'est installée, basée sur l'optimisation du passage d'un client. Viens acheter tes pilules et on va te vendre des chips et du chocolat en même temps... au moins, on est sûrs que tu vas revenir pour les pilules!

Les médias électroniques, pourtant protégés par le CRTC, se sont approprié le terrain de la presse écrite sans se soucier de quoi que ce soit. Ils seraient pourtant montés aux barricades si La Presse et Le Devoir avaient obtenu des licences radio et télé.

Donc, avant de pointer la mondialisation, le Huff, Trump ou YouTube pour l'ensemble des déboires de la presse écrite, et surtout, avant de continuer d'engloutir des fonds publics dans cette dernière, faisons donc le constat que ce sont les médias électroniques d'ici qui ont vidé l'encrier des journaux en faisant comme eux, profitant de l'achalandage sur leurs sites web respectifs pour offrir un article, en plus d'un reportage radio ou télé.

Les habitudes de consommation ont certes changé, mais quand les poissonneries ou les boucheries deviennent des supermarchés, qui sommes-nous pour prévoir ou empêcher ce qui va arriver?