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05/03/2018 09:35 EST | Actualisé 05/03/2018 10:17 EST

La merde à boire

Athena Gervais a été une autre victime d'une connerie collective, où tous portent un degré de responsabilité dans ce qui est arrivé.

Tirée de YouTube

Comme parent d'adolescents, j'ai été bouleversé par ce qui est arrivé à la jeune Athena Gervais, âgée de seulement 14 ans. S'il s'agit de si peu dans la vie pour que celle-ci bascule, en 2018, ça nous en prend encore moins. L'heure du midi, deux consommations, une chute et c'est terminé. Certains affirment que c'est une petite connerie de jeunesse qui a mal tourné. Je m'inscris en faux contre ce constat. Athena a été une autre victime d'une connerie collective, où tous portent un degré de responsabilité dans ce qui est arrivé.

Premièrement, c'est quoi l'idée de produire ce type de boisson? Ce n'est pas parce qu'on a l'internet à haute vitesse, les fast foods, les Tesla, les micro-ondes et bientôt le cannabis qu'on doit offrir la brosse TGV. Les boissons suralcoolisées et surstimulantes se métabolisent mal, le corps n'arrivant plus à prendre le dessus. On boit ça et quelques instants plus tard, on perd la carte.

À 18 ans, deux de mes amis et moi avons décidé qu'on en prenait une pas pire. On s'est procuré un 40 onces de Tequila et avons décidé, lors d'un party, de boire une once toutes les 5 minutes. 13 onces et un tiers plus tard, je riais, trouvant que ce breuvage n'avait aucune emprise sur moi. Je me lève et vais discuter avec des potes et là... BANG! Tout est en pièces détachées dans ma tête et cela, pendant des heures. Je me rappelle d'avoir été très malade et de souffrir d'une migraine atroce à mon lever, où on m'a appris la quantité de conneries dites et faites en plus d'avoir confortablement entamé ma nuit en chemise, dans un gros banc de neige. J'aurais pu me tuer 1000 fois, surtout si j'avais décidé de prendre la voiture juste avant que le truc fasse effet, croyant que je portais bien l'alcool.

J'aurais pu me tuer 1000 fois, surtout si j'avais décidé de prendre la voiture juste avant que le truc fasse effet, croyant que je portais bien l'alcool.

J'aimais prendre une brosse, car je voulais être plus hot que mes parents qui eux, prenaient une 50 ou de la piquette, une fois de temps en temps. J'ai vu mon père chaud une fois. C'était à Québec 84 et il s'était endormi sur une chaise longue. Y prenait peut-être sa petite ponce de gin, mais moi, j'avais pris 13 onces de Tequila! Tiens-le vieux! Dans les dents!

J'ai donc toujours eu la crainte que mes enfants veuillent aussi s'affranchir de leur paternel, en faisant mieux que lui côté boisson. Et je me disais : si j'ai fait entre cinq fois et dix fois plus que mon père, ils vont faire quoi eux? Je me rassurais en me disant qu'ils pouvaient bien piger dans le frigo ou le bar, on ne peut pas boire plus vite qu'on est capable d'avaler. Ben non. Mon bar n'est pas intéressant. Y'a du jus de fruits au dépanneur et le père, ta charrue à 5% d'alcool n'a rien à voir avec ma F1 à 12%.

C'est ce qu'on appelle l'évolution. Mise en marché par qui? Par des gens de ma génération. Légalisée par qui? Des gens de ma génération et plus vieux même. Pourquoi? Pour les mêmes raisons qu'on a légalisé le tabac, les alcools forts, les insecticides, les machines à poker, les guns et bientôt le pot. Pour l'argent, rien que l'argent.

Là on réagit. On décide d'arrêter de produire cette boisson et d'arrêter de la vendre au dépanneur. Pourquoi? Pour notre bien-être collectif ou par peur de recours légaux? Car la jeune fille est loin d'être un cas isolé. Elle en est décédée, mais combien ont frôlé la faucheuse à la suite de ce type de cuite nouveau genre? Probablement beaucoup. Si c'est pour notre bien-être, comment se fait-il qu'on n'ait pas vu ça venir? Il me semble plus qu'évident que ce produit ne peut faire autre chose que des ravages, non?

Si c'est pour notre bien-être, comment se fait-il qu'on n'ait pas vu ça venir?

Et, à court d'arguments, quand le portefeuille l'emporte sur les principes, là, vous allez commencer à me parler de liberté. On a le droit de consommer ce qu'on veut. C'est un pays libre ici.

Demandez donc à la jeune fille: qu'est-ce que ça goûte la liberté?

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