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17/12/2017 07:00 EST | Actualisé 17/12/2017 07:00 EST

L'or abruti

«Suis-je la seule personne au monde à avoir vu le côté sombre du pot?»

Getty Images

J'ai fumé et j'ai inhalé. Plusieurs fois dans ma vie. Je devenais calme, souriant, naïf et très abruti. Je trouvais ça drôle car ça me donnait l'effet de plusieurs bières sans cette sensation de ballonnement et surtout, ça me procurait un bon feeling rapidement. L'artiste en moi y voyait une tonne de possibilités. J'ai pris ma guitare et... incapable d'aligner un accord sur le sens, incapable d'écrire deux mots qui ont de l'allure sur une feuille de papier et incapable de soutenir une conversation... Un véritable abruti je vous dis.

Je me suis donc résigné : pas de pot en faisant de la musique. C'est finalement devenu pas de pot tout court puisque je faisais toujours de la musique. Je ne la remercierai jamais assez. Ça s'est réglé vite de même en 1986, à 17 ans. J'ai repris ma vieille Black Label qui n'avait même pas eu le temps de s'apercevoir de mon infidélité plus que passagère.

Au fil des années, j'ai bien essayé de redonner une chance à cette herbe qui rendait le monde si cool. Le pot avait changé. De la camomille sur les stéroïdes de ma jeunesse, on passait maintenant à je ne sais quel qualificatif tant ses effets affectaient les gens de mon entourage : paranoïas, pertes de conscience, délires, abrutissement généralisé... En fait, pu de fun pantoute.

Y'a mon ami musicien qui avait besoin de ça à chaque jour. Ce qu'il en pense aujourd'hui? Je ne sais pas, allez lui demander au cimetière Belmont. Il est là et il a tout son temps. Des délires paranoïaques l'ont jeté en bas du pont Jacques-Cartier en 2004.

Sans parler de quelques uns de mes chums qui ne sont plus l'ombre d'eux-mêmes. Faire une phrase est compliqué. Avoir une discussion est devenu impossible. Et là, eux, ça fait des années qu'ils ne fument plus. C'est en eux, ça a scrapé de quoi et c'est à vie...

Alors quand Justin décide de légaliser le pot, donc de démocratiser ça, je n'ai rien compris.

Les décideurs portent un masque fait d'une pile de billets verts opaques et épais.

Suis-je la seule personne au monde à avoir vu le côté sombre du pot? Suis-je la seule personne au monde à craindre une crise en santé publique éventuellement?

Bon, je vous vois venir. Vous allez me dire que l'alcool n'est pas différent. Si, ça l'est. L'instantanéité du pot est désarmante. 10 minutes et on part en voyage. L'éventail des réactions est aussi étonnant. Habituellement avec l'alcool, tu passes de cave à très cave selon ce que tu consommes. Avec le pot, j'ai des amis qui devenaient violents, paranos et j'ai même eu un ami qui se prenait pour un biscuit Ritz. Il était convaincu qu'il en était un. C'était beau à voir. Et tout ça après un joint à trois...

Les décideurs portent un masque fait d'une pile de billets verts opaques et épais, leur offrant la seule vision qu'ils semblent apprécier : le court terme. Ce sera payant, très payant le pot. Leur conscience prend le relais avec des phrases déculpabilisantes telles : « Y'aura pas plus de consommateurs », « En bas de 18 ans, oublie-ça! », « Le gouvernement va superviser la qualité du produit ».

Ils portaient ce même masque avec la cigarette. Mais quand celui-ci s'est aminci avec les années, face aux coûts faramineux en santé, on s'est mis à voir clair. Tout à coup, la cigarette devenait une ennemie. De nouvelles études ont vu le jour? Non. C'était juste plus payant du tout. Il y a 40 ans, ma mère, infirmière, me disait de ne JAMAIS fumer, tant son lot quotidien de mourants du cancer du poumon et de maladies respiratoires était important. Le gouvernement lui, taxait, tant que le profit demeurait dans l'équation.

La même attitude pour les loteries vidéo. L'autre soir, je vais souper dans un pub montréalais. J'y suis resté deux heures. Les machines étaient toutes occupées par des zombies, loin de ressembler aux gens des pubs de Loto-Québec qui « s'amusent ». Encore une fois, les coûts sociaux sont oubliés devant les profits. Le masque de piastres est encore assez épais.

Et là, non satisfaits d'entériner une décision irresponsable et lourde de conséquences, les différents paliers de gouvernement s'obstinent à savoir qui aura le plus de profits sur la mari, comme des mafiosos qui se séparent un territoire. Ça fait peur quand ce qu'on reprochait à des criminels y'a pas si longtemps devient tout à fait légal.

Mais le calcul est intéressant. La jeunesse, seule couche de la population pouvant se soulever ou se révolter, sera gelée, les intellectuels aussi, les gens blasés de leur job aussi, les insomniaques, les paumés, les anxieux, les sociopathes... tous dans le congélateur! Plus besoin de chercher des équations mathématiques pour découvrir des univers parallèles : le fréon social que sera le pot sera une destination de choix et instantanée.

On va vivre dans une perpétuelle fuite virtuelle au lieu d'améliorer notre sort dans la réalité. Trouvez-moi curé, vieux jeu, rétrograde...

Mais c'est comme ça. On apprend jamais. Vous verrez, dans quelques années, l'or abruti n'aura pas tenu ses promesses et il devra ressortir des coffres pour réparer les pots cassés... Le dégel sera difficile, croyez-moi!