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30/05/2018 11:18 EDT | Actualisé 30/05/2018 11:18 EDT

Il faut sauver le soldat Simons

Il y a des gens d'affaires plus crédibles que d'autres et tant qu'à dépenser des millions de fonds publics dans une « business », j'ai un préjugé favorable à l'égard de Simons

Getty Images

Il y a de ça quelques années. Je roule sur le boulevard Laurier, à Québec. Un énorme chantier se met en branle. Le magasin Simons, véritable institution de la Vieille Capitale, s'agrandit... et pas à peu près! Je ne comprends pas ce geste. Je me rappelle dire à la personne assise à côté de moi : « Dans 5 ans, ces entreprises vont vivre un calvaire. On va tout acheter en ligne, ce n'est pas le moment d'investir autant en immobilier ».

Il y a plusieurs mois, je vois M. Simons passer à la télé. Il fait un vibrant hommage à l'équité, à une société plus juste. Je me dis : « Mon Dieu, a-t-il décidé d'augmenter le salaire des gens qui confectionnent ses vêtements outre-mer? Quand j'enfile un chandail, peu importe la marque, j'ai toujours un sentiment de culpabilité quand je pense à eux...

Le plaidoyer vise finalement beaucoup plus les Amazon et Netflix de ce monde qui ne collectent pas les taxes, écueil majeur à toute entreprise québécoise désirant les concurrencer. Les inégalités fiscales. C'est vrai que c'est injuste. Quelques jours plus tard, on apprend que la chaîne est à la recherche de partenaires financiers pour faire face au véritable Far West qu'est devenu le commerce en ligne. Effectivement, c'est le Far West.

M. Simons n'est pas allé aux Dragons pour présenter son modèle d'affaires. Il a préféré aux «cracheurs de fonds» les gens d'Investissement Québec. 81 millions de dollars. Wow, me dis-je, apercevant au hasard le statut Facebook d'un ami qui se révolte que son père ne reçoive qu'un bain par semaine au CHSLD. « Mais c'est quand même équitable et juste, car tous n'ont qu'un bain par semaine », me dis-je.

Oui, mais Simons, c'est quand même 3000 emplois. C'est un joueur majeur au pays. Je pense à tout ça et ça brasse dans ma tête. Il faut dire que je roule sur la 20 et que c'est tellement cahoteux que je suis bien content d'avoir un Jeep. On a plus d'argent pour les routes, c'est vrai.

Je me demande encore : « Quand ce centre de distribution sera construit, quand Simons deviendra un leader du commerce en ligne, qu'adviendra-t-il des mégalo-magasins et de leurs nombreux employés? » Tout cela va rester ouvert et aucun emploi ne sera perdu? Comment tout cela sera-t-il rentable? Car c'est pour sauver 3000 emplois qu'on fait tout ça, non? Où est-ce d'abord pour sauver une entreprise? Ou les deux?

Par contre, il y a des gens d'affaires plus crédibles que d'autres et tant qu'à dépenser des millions de fonds publics dans une « business », j'ai un préjugé favorable à l'égard de Simons, l'entreprise ayant toujours mené à bien ses projets, et ce, depuis des décennies. Souhaitons seulement que ça aille bien pour eux, car ce sera aussi – partenariat d'affaires oblige - pour nous.

Et pour ceux et celles qui se sentent froissés... il y aura toujours les friperies!