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09/03/2018 09:00 EST | Actualisé 09/03/2018 11:32 EST

Le Festival d'été de Québec et le genre musical

Il y a plus de gars dans la musique, point. Tout comme il y a plus d'infirmières que d'infirmiers.

Olaf Herschbach / EyeEm via Getty Images

Les Soeurs Boulay s'offusquent du manque de parité et de la sous-représentation des femmes dans la programmation du Festival d'été de Québec 2018. Discrimination? Offre et demande? Sexisme pur et dur? Certains aimeraient bien y voir un nouveau cheval de bataille pour le mouvement féministe, une autre belle occasion de faire du « male bashing ». Mais c'est plus compliqué que ça.

En plus de ma carrière d'auteur et de publicitaire, j'ai été musicien professionnel. J'ai eu un cheminement honnête : assez pour me produire 24 fois en Angleterre, faire 6 albums et recevoir encore des droits d'auteur pour mes chansons qui jouent à la radio depuis 2001. Je n'ai jamais percé cependant. Je suis ce qu'on appelle un éternel émergent. Le point positif, c'est que ça garde jeune de toujours faire partie de la relève.

Alors pourquoi est-ce que je n'ai jamais « pogné »? Il y a plein de raisons. Les contacts, le marketing, les opportunités, mon âge, mon lieu de résidence (Québec) ou des fois, juste parce qu'un journaliste ou un recherchiste ne t'aime pas la face. Je ne me suis jamais fait traiter de pas bon. C'était juste « pas moi » pis c'est tout! J'étais révolté, frustré, me sentant discriminé par la diaspora montréalaise. Finalement, on est tous l'ostracisé de quelqu'un dans une économie de marché.

Historiquement, la musique pop-rock, c'était un peu comme le hockey. D'abord, un sport traditionnellement de gars. J'ai commencé à faire de la musique uniquement pour épater les filles. On trouvait ça bizarre un groupe avec une fille dedans, autre que la chanteuse. On voulait être les Beatles. Créer un rapport de séduction où nous, les Roméos, jouions du haut de notre balcon devant des milliers de Juliettes en pâmoison.

Dans ma tête, les chanteuses étaient vocalement beaucoup plus talentueuses que les gars.

Dans ma tête, les chanteuses étaient vocalement beaucoup plus talentueuses que les gars. C'était du « serious stuff ». Céline, Ginette, Barbra, Madonna, Edith, Pink, Kathy Perry, Kate Bush, Petula Clark, la Bolduc... même Michelle Richard! La femme semblait porter l'entièreté du fardeau, du spotlight. Les gars, c'est plus des groupes, des meutes de loups affamés de groupies. Il y a des chanteurs, mais ils ont moins d'impact selon moi.

Il y a la voix aussi. J'ai toujours trouvé que les voix des chanteuses étaient plus similaires entre elles, contrairement à l'éventail masculin, qui passe de Tiny Tim à Brian Johnson, en passant par Prince et Robert Plant. Est-ce que ça limite les options? J'écoutais l'autre jour l'album d'un groupe montréalais où la chanteuse a EXACTEMENT la voix d'Andrée Watters. Est-ce que ça aide ou ça nuit? Garou ne s'est-il pas fait critiquer par la presse anglophone qui le qualifiait de pauvre copie de Joe Cocker, au début des années 2000, lorsqu'on a voulu présenter la version anglaise de Notre Dame de Paris?

De plus en plus de musiciennes font leur place depuis une trentaine d'années. Sont-elles discriminées? Je ne crois pas. Ça fait six ans que la guitariste de mon groupe, Mosquito-B, est une femme. Ce n'est pas une question de genre, mais bien parce qu'elle est la personne la plus talentueuse à avoir occupé le poste en 17 ans. Mais avez-vous déjà essayé de chercher une guitariste? Ça ne court pas les rues, comparé à leur pendant masculin. Et s'il y en avait tant que ça, comment se fait-il qu'une fille qui performe sur une batterie ait INSTANTANÉMENT de l'attention sur YouTube quand 200 gars ont exactement le même talent dans l'anonymat le plus complet?

On ne peut pas faire une place à quelqu'un uniquement parce qu'elle est une femme tout comme il serait inacceptable de ne pas engager quelqu'un pour les mêmes raisons.

On ne peut pas faire une place à quelqu'un uniquement parce qu'elle est une femme tout comme il serait inacceptable de ne pas engager quelqu'un pour les mêmes raisons. On ne peut pas imposer une parité comme ça en arts. S'il y a 50 artistes masculins qui ressortent d'un groupe de 1200 « wannabe's », on ne peut pas en éliminer 25 pour faire une place aux 25 meilleures femmes sur un groupe de 200.

Quand c'est bon, on sort du lot, peu importe qui on est. Ariane Moffatt n'a rien à envier à Daniel Bélanger. Klô Pelgag chausse aisément les souliers de Pierre Lapointe. Madonna et Beyoncé bottent totalement le cul de Justin Timberlake.

Le directeur de la programmation du FEQ n'est-il pas le gérant de la talentueuse Gabrielle Shonk, récemment signée par Universal? Pour un « sexiste », je le trouve dur à suivre...

Est-ce qu'on doit nécessairement réclamer plus de femmes garagistes, plombiers, déménageurs, pompiers, vidangeurs, uniquement par souci de parité?

Il y a plus de gars dans la musique, point. Tout comme il y a plus d'infirmières que d'infirmiers. Est-ce qu'on doit nécessairement réclamer plus de femmes garagistes, plombiers, déménageurs, pompiers, vidangeurs, uniquement par souci de parité? Tant mieux si cette dernière se produit, mais de l'imposer serait une erreur et surtout une injustice pour ceux et celles qui méritent leur place, sans égard au genre.

Moi, c'est drôle, je n'ai jamais vu ça comme une dualité. Mon album préféré est « Rumours » de Fleetwood Mac. Il est le résultat d'une créativité autant masculine que féminine, d'une symbiose plutôt que d'une rivalité. C'est dans cette direction qu'on devrait toutes et tous regarder selon moi...

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