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04/06/2018 11:43 EDT | Actualisé 04/06/2018 11:44 EDT

Concerto pour variations apparentes

L'essence au Québec, c'est une vache à lait pour le gouvernement.

Getty Images

Les politiciens ont ressorti leurs violons. On nous fredonne un refrain légèrement différent cette fois. On observerait des variations « apparemment concertées » du prix de l'essence.

Ça veut dire quoi au juste?

Dans une société où les assistés sociaux sont à peu près tous soupçonnés - si ce n'est pas accusés - de fraude potentielle, on ferme les yeux, par contre, sur le comportement synchronisé au quart de tour des détaillants de l'or noir et des multinationales qui raffinent ce dernier. On observe passivement les prix fluctuer au moindre soubresaut comme on observe les oies blanches partir et arriver : avec un étonnement insignifiant et résigné.

L'essence au Québec, c'est une vache à lait pour le gouvernement. Plus le prix est élevé, plus c'est payant. Les taxes s'additionnent au prix de vente. Avez-vous déjà vu des gens exiger une diminution de leurs revenus? Moi, non. Alors l'État laisse faire, un peu comme mon chien qui a fait un dégât dans la maison. Il fait mine de rien tant qu'on ne s'en rend pas compte. Cette omission, cette façon rétroactive d'agir, c'est payant en maudit.

Là, on est en précampagne électorale et le premier ministre parle du prix de l'essence avec un soupçon d'inquiétude. Pourtant, rien n'est différent depuis les 20 dernières années. De Québec à Montmagny, c'est exactement le même prix. Wow! Et personne ne se téléphone ni ne s'écrit là. Un pur hasard. Tout le monde affiche le même prix en même temps.

J'vais te prendre un 6/49!

Allez faire un tour aux États-Unis. Un coin de rue, quatre stations-service, quatre prix différents. Chez nous, je ne me rappelle pas la dernière fois où j'ai vu ça.

Est-ce qu'on doit blâmer les pétrolières? J'en suis de moins en moins sûr. Ces compagnies évoluent dans un système d'offre et de demande où l'absence de réglementation sur les produits de première nécessité ouvre la porte à créer des pénuries virtuelles ou potentielles, causées par la météo, l'instabilité géopolitique autour des pays producteurs ou simplement le désir de produire moins. Ça leur permet ainsi de hausser le prix du pétrole en un clin d'oeil. C'est un système spéculatif où crier au loup peut s'avérer plus que payant. Nous avons choisi le capitalisme pour le meilleur et pour le pire, et cette situation, c'est un peu le pire. Il faut vivre avec.

Nous avons choisi le capitalisme pour le meilleur et pour le pire, et cette situation, c'est un peu le pire. Il faut vivre avec.

Là où ça se gâte, c'est quand des gouvernements, depuis des générations, décident de s'accaparer ce bien essentiel, de prendre la population en otage avec une taxe ascenseur. Comme un dépensier compulsif qui « load » ses cartes de crédit une à une, l'État, malgré des ponctions faramineuses dans les poches des contribuables, arrive à peine à effectuer le paiement minimum sur ces fameuses cartes. On ne peut plus reculer, car on a établi un standard. Autant le gouvernement que les détaillants savent que nous sommes conditionnés. Si l'État baisse la taxe, le détaillant comblera le montant sans hésitation ni scrupules. Autrement dit, on est fait à l'os!

On se révolte momentanément. On nous sort le violon et on nous joue la symphonie de l'ouragan, la sonate du Moyen-Orient ou bien l'hymne à la marge de raffinage. Et on joue juste assez longtemps pour nous mêler... jusqu'à ce que La Voix ou la finale de la Coupe Stanley commencent... jusqu'à ce que notre indignation tombe finalement... en panne sèche.