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24/01/2018 09:00 EST | Actualisé 24/01/2018 09:52 EST

C'est la fin du monde

On ne regarde plus que ce petit écran, qu'on caresse 100 fois plus que notre femme et qu'on écoute pas mal plus que nos proches.

Getty Images

Je regarde les nouvelles. Donald Trump a encore récidivé. Haïti et plusieurs pays africains sont des « shitholes ». Le tout, dit avec une sincérité désarmante en plus. C'est quand même ce que beaucoup de gens pensent tout bas. Évidemment, personne n'oserait dire ça. Allez-vous dire à la femme qui marche devant vous à quel point vous la trouvez grosse et laide? En principe, non. En fait, avant, non. Maintenant, tout est possible en cette fin du monde.

Nous sommes à l'ère du conflit. Qu'on soit provocateur ou indigné, – ou parfois les deux – l'insulte est devenue notre moyen de communiquer. L'univers virtuel nous permet de verser notre fiel, presque impunément dans le confort de notre foyer, sur quelqu'un d'autre vivant à des lieues de chez nous et qui ne fera pas des kilomètres pour venir nous foutre une paire de baffes. Comme l'oiseau qui, dans sa cage dorée, fera un doigt d'honneur au chat, impuissant malgré sa force.

Comme l'oiseau qui, dans sa cage dorée, fera un doigt d'honneur au chat, impuissant malgré sa force.

Et sur le parquet du conflit, se transigent insultes, bassesses, jugements de valeur et mensonges qui pullulent et qui polluent les réseaux sociaux. Cette lapidation virtuelle est ahurissante, car on serait porté à croire qu'en l'absence de poings, les mots de l'esprit sont plus doux... mais il n'en est rien. On porte une violence en nous et maintenant, même les faibles de corps s'en donnent eux aussi à cœur joie.

À la radio, on donne des shows. On dénonce les problèmes, tout en s'assurant qu'ils ne se règlent jamais, car sans eux, ces émissions n'existent pas, comme les pharmas et les maladies. On va soigneusement polariser le débat pour avoir des « pour » et des « contre », ostracisant les « peut-être », la nuance n'ayant plus du tout sa place en cette fin du monde.

On prendra des selfies à la tonne pour dire et montrer à quel point on est heureux. On nourrira ce bonheur à coup du « j'aime » des autres et si on y arrive pas, on postera encore plus de bonheur, sinon, un bon apitoiement – genre une crevaison ou une cheville cassée – devrait faire le travail.

On ne regarde plus que ce petit écran, qu'on caresse 100 fois plus que notre femme et qu'on écoute pas mal plus que nos proches. Si on veut se parler, c'est par la petite boîte.

Si on veut se parler, c'est par la petite boîte.

Je m'ennuie de toi, ma blonde, ma fille, mon fils. Vous voir, vous parler pour vrai était des acquis qui se sont volatilisés. Maintenant, on fait mutuellement la file devant l'écran, en se croyant... branchés... on n'a peut-être pas tort, car sur le respirateur, notre réalité l'est.

On se rend compte qu'on a un corps que si on a des douleurs ou pour dire sur Facebook qu'on a couru aujourd'hui. Pour se mesurer, pour devenir quelqu'un, pour se plaindre ou pour se satisfaire... toujours devant l'écran.

Et dire que j'ai déjà ri des gens qui donnaient des câlins à des arbres, qui espionnaient le vent ou qui embrassaient la mer. Avaient-ils peut-être compris avant tout le monde?

Notre ego a pris le contrôle de la machine et l'ego est la seule chose qui n'apprend jamais.

Impossible donc de tirer de leçon à moins de se faire mal pour vrai. Et on s'étonne d'avoir élu Trump?

La descente est amorcée et aura des airs de longue agonie. Assez de temps pour l'éviter, si on le souhaite, la fin du monde.

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