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28/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 28/03/2018 09:00 EDT

Bienvenue chez Desjarien

Au moins, avec son nouveau logo, Desjardins a la décence de nous présenter ce qu'elle est devenue : une armée dépourvue de soldats au front.

Facebook/Desjardins

1988, dans mon cours de communication à l'université, un conférencier nous fait l'honneur de sa présence. Il travaille chez Desjardins et porte une cravate. Nous sommes impressionnés. Il prend la parole.

« Desjardins! Plus de 3 millions de membres! »

L'homme est interrompu aussitôt.

« Euh... oui? »

–« Excusez-moi monsieur, est-ce 3 millions de membres ou plutôt 3 millions de folios et comptes de banque? », lui dit l'étudiant effronté de 18 ans que je suis.

–« Euh... Hé bien... Euh... 3 millions de comptes... oui... c'est ça », me répond l'homme aussi gêné que furieux après moi.

Dans ma tête, c'était simple : tu dis ce que tu es et tu ne dis pas ce que tu n'es pas.

2018, le « mouvement coopératif » dévoilait récemment sa nouvelle image. Le logo qui représentait avant une alvéole contenant une abeille n'a maintenant plus de locataire. Un hexagone vidé de son contenu accompagne une typographie simplifiée.

Étant graphiste depuis près de 30 ans, cette évolution m'a interpellé. Étant également client de la Caisse depuis mon adolescence, je suis à même de constater les différents changements qui ont eu cours chez ce fleuron de l'économie québécoise. Je n'essaie même pas de comprendre. C'est clair comme de l'eau de roche. Desjardins, comme beaucoup de ses semblables, fait le saut dans le... vide.

C'est clair comme de l'eau de roche. Desjardins, comme beaucoup de ses semblables, fait le saut dans le... vide.

Les caisses ferment en région, les guichets automatiques sont une espèce en voie d'extinction, tout comme les espèces qui sortent de ces derniers. Les établissements, comme les églises, ferment ou fusionnent. Mes conseillers ne sont même plus au coin de ma rue, malgré des rénovations coûteuses à leur établissement, il y a moins de 10 ans. Je dois aller les voir beaucoup plus loin. On nous a coupé de beaucoup les ristournes en 2009, Desjardins ayant subi les contrecoups du plus gros party de la finance du 21e siècle.

On nous vend des produits en ligne. On appelle à notre caisse à Québec et c'est quelqu'un de Montréal qui nous répond. Oui, l'abeille est partie!

Les salaires des dirigeants augmentent, tout comme mes frais d'utilisation. Malgré des profits record, la Banque du Canada trouve que ça va pas encore assez bien et monte les taux d'intérêt.

Je me sens orphelin. Fini le temps où on avait l'impression d'aller chez le voisin quand on allait à la caisse. On ne fait plus partie de la famille. Le profit a trop à offrir.

Les autres banques sont-elles différentes? Bien sûr que non. Mais elles s'appellent des banques, pas des coopératives. Mais au moins, avec son nouveau logo, Desjardins a la décence de nous présenter ce qu'elle est devenue : une armée dépourvue de soldats au front.

L'impersonnalité a ses limites, tout comme la naïveté des gens.

Tôt ou tard cependant, le retour du balancier arrivera. L'impersonnalité a ses limites, tout comme la naïveté des gens. Leur solidarité fera place à leur intérêt personnel, se surprenant à donner une chance aux méchantes banques, réalisant que depuis un moment, c'est en fait le shérif de Nottingham qui se déguise en Robin des Bois, ce dernier ayant été absorbé par un trou noir appelé rendement.

Et comme la nature a horreur du vide...

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