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20/08/2018 06:00 EDT | Actualisé 20/08/2018 06:00 EDT

Les femmes et la philanthropie: un milieu toxique?

Je ne pouvais pas croire qu’une profession qui contribue au mieux-être de notre monde puisse offrir un environnement de travail aussi toxique pour les femmes.

Aucun don, aussi majeur soit-il, ne devrait permettre de mettre une femme dans cette situation. Aucun.
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Aucun don, aussi majeur soit-il, ne devrait permettre de mettre une femme dans cette situation. Aucun.

Les derniers mois ont été particulièrement durs pour la philanthropie. Ici, rien à voir avec les dons ou la confiance envers les organismes. C'est plutôt à l'interne que les constats sont troublants et inquiétants.

Lors d'une récente conférence de l'Association des professionnels en philanthropie (AFP) à la Nouvelle-Orléans (Louisiane), les chiffres dérangeaient dès la séance d'ouverture. Pas moins d'une femme sur quatre a déjà été victime d'harcèlement sexuel dans le cadre de son travail. Dans 65% des cas, les victimes ont rapporté que l'offense était faite par... un donateur!

En entendant ces chiffres, j'étais assommé.

Personne n'est tombé en bas de sa chaise

Je ne pouvais pas croire qu'une profession qui contribue au mieux-être de notre monde puisse offrir un environnement de travail aussi toxique pour les femmes qui y contribuent. Mais j'étais aussi assommé par un autre élément: les gens autour de moi ne tombaient pas en bas de leur chaise.

Cette situation était, finalement, bien connue.

On le savait bien qu'en envoyant une charmante conseillère aux dons, que la contribution serait plus généreuse. On acceptait que celle-ci ait à subir des commentaires déplacés, des mains trop baladeuses et qu'elle ait à conserver le sourire pour garantir une entrée de fonds. Tout cela était admis de facto.

Peut-être étais-je choqué parce que ce milieu est encore nouveau pour moi? Parce que je suis idéaliste sur notre métier? Je me suis longtemps posé ces questions, à savoir si j'étais trop naïf. Mais au final, non, n'importe qui aurait dû être aussi indigné que moi, sinon plus. Aucun don, aussi majeur soit-il, ne devrait permettre de mettre une femme dans cette situation. Aucun.

Et il ne faut pas jeter l'entièreté du blâme sur ces donateurs aux mœurs douteuses. Il faut regarder notre organisation du travail, la pression sur les entrées de fonds, les attentes que l'on véhicule et comment nous avons tous contribué d'une certaine façon à ce climat toxique et récurent. Oui, je parle au «nous», car en tant qu'homme, j'ai eu honte et j'ai conjointement pris ce blâme, bien que je sois à mille lieues de ces agissements.

En tant qu'homme, j'ai eu honte et j'ai conjointement pris ce blâme, bien que je sois à mille lieues de ces agissements.

Chaque jour, nous contribuons à changer le monde. Mais d'abord et avant tout, attardons-nous à changer notre profession. Et surtout, posons des gestes concrets en adoptant une politique de tolérance zéro en milieu de travail, en mettant en place des mécanismes rigoureux et confidentiels pour la prise en charge des dénonciations et en offrant de la formation et de la sensibilisation à tous.

D'autres moyens existent et peuvent (doivent) être mis en place pour protéger, donner confiance et assurer un environnement de travail exempt de toute inconduite sexuelle. La Women's Initiative Impact a d'ailleurs été mise en place par l'AFP pour créer un lieu où toutes et tous peuvent contribuer à trouver des solutions.

Le mouvement #MeToo ne doit pas s'éteindre, il doit rester omniprésent pour que nous n'oubliions jamais d'avoir un œil vigilant sur les actions systémiques qui encouragent les agresseurs. Ensemble, assurons-nous de contribuer à faire de notre métier, le plus honorable et le plus beau du monde.

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