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12/01/2017 06:06 EST | Actualisé 12/01/2017 06:06 EST

Aux Montréalais de voter avec leurs poumons!

Quand un chimiste-fonctionnaire ou un maire vous dit que l'air de la ville est bon puisqu'il respecte les «normes acceptables», dites-leur qu'une concentration «acceptable» aujourd'hui risque de devenir une concentration «poison» demain.

Il arrive que l'air du temps qui nous entoure ne soit pas gentil. Et je ne parle pas de l'élection de Donald Trump, mais bien cet air qui entre dans nos poumons entre 10 et 15 fois par minute.

Les poumons des Montréalais sont en mode défensif. Ces derniers jours, ils ont été pris en otage par des substances terroristes pour nos alvéoles pulmonaires : les gaz et les fines particules toxiques causés par l'épisode de smog qui couvre la ville depuis la fin de la semaine dernière. Les asthmatiques et les cardiaques le sentent. Leur souffle court les forces à ralentir leurs activités.

Ce smog - le mot est dérivé de l'anglais « smoke » et « fog » - est souvent décrit comme une réaction photochimique où les rayons du soleil poussent des très petites poussières polluantes produites par la combustion du diésel, du mazout et des feux de bois à réagir avec des gaz comme les oxydes d'azote et de soufre (rejets autos-camions-trains et de chauffage à l'huile et au gaz naturel) pour produire un autre polluant - l'ozone -, un oxydant fort et vilain pour les poumons.

Cette alerte au smog sur Montréal suit de près la diffusion d'une analyse de Radio-Canada des données sur la qualité de l'air de Montréal en 2016 qui annonçait que l'air de la métropole était de meilleure qualité en 2016 qu'en 2015.

Une analyse valable ?

Cette analyse s'est basée sur les données de polluants dans l'air échantillonné et analysé par une douzaine de postes d'analyse en continu du Réseau de surveillance de la qualité de l'air de Montréal (RSQA) opérés par la ville. Les cartes produites quotidiennement par les gens du RSQA indiquent, à l'aide d'un point rouge, les postes d'échantillonnages qui ont analysé de l'air toxique. En théorie, c'est en comptant les cartes journalières ayant plusieurs points rouges pour une année qu'on peut calculer le nombre de jours d'air pollué annuel pour Montréal.

Mais comment nos fonctionnaires-chimistes de Montréal décident-ils si un point donné sur la carte mérite la couleur verte, jaune (air de qualité bonne et acceptable) ou rouge (air pollué) ? C'est en comparant les concentrations de polluants mesurées dans l'air aux « normes acceptables » que la ville décrète si nos poumons sont contents ou non.

Et c'est là où le bât blesse, ou dit autrement, que la pollution nous tue ! Je peux même vous assurer que les normes ainsi que les savants calculs statistiques sur la qualité de l'air de Montréal utilisés par la ville sont devenus plutôt un exercice mathématique de pollution au lieu d'une action pour protéger notre santé.

D'année en année, nos vaillants techniciens et chimistes du RSQA collectionnent des dizaines de milliers de données sur les polluants qui attaquent nos poumons pour enfin les traduire en un Indice de la qualité de l'air (IQA). Cet indice permet d'intégrer sur une même base numérique différents polluants ayant des « concentrations ou normes acceptables » différentes.

Montréal n'est pas la seule ville qui utilise un « indice » pour décrire sa qualité de l'air. Cependant, de plus en plus de villes à travers le monde constatent que l'utilisation d'indice masque les effets réels de la pollution de l'air urbain sur la santé des gens. On peut ainsi calculer des indices de pollution « acceptables » tout en constatant que des gens tombent malades quand même.

En fait, les indices de pollution de l'air sont incapables de prédire les impacts négatifs sur la santé des gens exposés de manière chronique à un air pollué dans des zones précises. Il semble que, pour la ville de Montréal, c'est correct quand une pollution est « acceptable » même si cela cause des maladies et des morts... « acceptables ».

En principe les concentrations « acceptables » de polluants dans l'air ne doivent pas nous rendre malades ou nous tuer. Mais il y a une limite à notre véritable compréhension médicale des doses « acceptables » de polluants de l'air. Rappelons aussi qu'on n'effectue pas d'études d'exposition des polluants dans l'air sur des humains comme on le fait avec des rats de laboratoires et que, tout compte fait, un poumon de rat n'est pas un poumon humain.

Avec ces limites en tête, nous pouvons ajouter la difficulté d'établir des liens entre les impacts négatifs sur la santé et l'exposition à un mélange de plusieurs polluants dans l'air, se déplaçant au gré des vents, avec des concentrations changeantes dans le temps et l'espace. Finalement, disons aussi que les humains exposés sont tous différents ; les personnes âgées, les enfants et les malades (cardiaques, asthmatiques, immunodéficients) n'ont pas les mêmes facultés pulmonaires et sont plus sensibles aux polluants de l'air que les jeunes adultes en santé et autres biens portants. Compte tenu de tous ces problèmes, il faut conclure que la science sur les effets de la pollution de l'air sur notre santé est incomplète.

Soyons précis

En guise de preuve, regardons comment les autorités mondiales gèrent depuis dix ans un polluant de l'air très toxique - les particules fines ou PM2,5 (particules de 2,5 millionièmes de mètre de diamètre). Ces fines particules peuvent pénétrer profondément dans le poumon et causer une inflammation ainsi qu'une diminution de la fonction pulmonaire entraînant une cascade d'effets négatifs (asthme, crise cardiaque, AVC). Au fur et à mesure que sont publiées les études sur la mortalité des gens lors d'épisodes de pollution par les PM2,5, les autorités environnementales des pays mesurent et réglementent les PM2,5. En 1998, Montréal n'avait même pas de normes d'air ambiant pour les PM2,5 et les États-Unis se basaient sur une norme de 65 microgrammes par mètre cube d'air (ug/m3). Aujourd'hui, Montréal et les États-Unis utilisent une norme pour le PM2,5 de 35 ug/m3 et, récemment, l'Union européenne a adopté une norme entre 20 et 30 ug/m3. Dans moins de dix ans, la norme dite « acceptable » pour le polluant PM2,5 a donc été réduite de moitié. Je prédis que la norme pour le PM2,5 sera encore réduite dans quelques années pour cause de mortalité croissante dans la population.

Alors, quand un chimiste-fonctionnaire ou un maire vous dit que l'air de la ville est bon puisqu'il respecte les « normes acceptables », dites-leur qu'une concentration « acceptable » aujourd'hui risque de devenir une concentration « poison » demain.

Et, en cette année électorale, il faudrait aussi rappeler aux élus de la Ville de Montréal que ce sont nos poumons et non les chimistes de la Ville qui devraient décider si l'air qui nous entoure est mauvais pour notre santé.

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