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20/12/2016 08:18 EST | Actualisé 20/12/2016 08:18 EST

La Trudeaucratie

Le gouvernement de notre premier ministre devient de plus en plus hypocrite. On ne gouverne pas le Canada en faisant semblant. Des sourires et des promesses brisées, voilà comment je qualifie le début de cette deuxième année de gouvernance de Justin Trudeau.

Le gouvernement de notre premier ministre devient de plus en plus hypocrite. On ne gouverne pas le Canada en faisant semblant. Des sourires et des promesses brisées, voilà comment je qualifie le début de cette deuxième année de gouvernance de Justin Trudeau.

Le Comité sur la réforme électorale a pourtant rendu son rapport en proposant un mode de scrutin proportionnel. Un système proportionnel pour régler le problème des votes qui ne comptent pas, la fin des « votes poubelles ». Qu'a fait Justin Trudeau avec ce rapport? Il l'a justement jeté à la poubelle en critiquant le travail de ses propres députés. Il est pourtant rare de voir tous les partis trouver un consensus pour le bien du Canada.

En réalité, Justin Trudeau ne veut pas partager le pouvoir. Il n'aspire pas à donner un système plus démocratique au Canada. Le nouvel artéfact des libéraux est un sondage nommé mademocratie.ca. Il s'agit d'un sondage mièvre et très clairement orienté.

Selon moi, la réalité est que certains députés libéraux d'arrière-ban se sont rendu compte qu'avec une représentation proportionnelle mixte basée sur le maintien du nombre actuel de députés (338), ils perdraient forcément leur poste. Le calcul est très simple, prenons le cas de l'ouest de l'île de Montréal qui compte neuf circonscriptions (dont huit libéraux). Si nous diminuons le nombre de circonscriptions à six (pour créer trois postes de députés régionaux), au moins deux députés libéraux perdront assurément leur poste. Il est clair que ces derniers l'ont compris et font pression sur la ministre Monsef.

Sa démocratie, pas la nôtre!

Cependant, je vous invite à remplir ce sondage pour montrer au gouvernement que les Canadiens veulent une meilleure démocratie. Nous devons forcer Justin Trudeau à honorer sa promesse électorale que l'élection de 2015 sera la dernière avec le vieux système uninominal à un tour. Une promesse qui devient un engagement du gouvernement lors du discours du trône du 4 décembre 2015.

J'invite également tous les citoyens à communiquer avec leur député fédéral afin de demander ouvertement une réforme du mode de scrutin.

La réaction de la ministre Monsef après le dévoilement du rapport du Comité sur la réforme électorale montre que les choses ne se déroulent pas comme le souhaiterait le gouvernement. En réalité, Trudeau prévoyait certainement de réformer le mode de scrutin en instaurant un système facile et rapide à mettre en place en plus d'avantager les libéraux. Je pense au système préférentiel (comme en Australie) ou au système uninominal à deux tours (comme en France). En choisissant un système proportionnel comme la population le demande, le Comité a le mérite d'avoir bien fait son travail en soutenant la volonté des Canadiens.

Des solutions, il y en a!

Malgré tout, des solutions existent afin de respecter l'échéancier serré avant les prochaines élections fédérales de 2019 :

  • La première serait de revenir à l'ancienne carte électorale (comptant 308 circonscriptions). Cela éviterait à Élections Canada de redessiner une nouvelle carte électorale, tout en nous permettant de gagner du temps, d'éviter les dépenses liées à la nouvelle carte et de dégager immédiatement 30 places pour des députés régionaux (pour un total de 338) pour assurer la proportionnalité. L'inconvénient avec cette solution? C'est qu'elle ne plaira pas non plus aux députés libéraux d'arrière-ban qui vont perdre leur précieux poste. Certes, ils seront moins nombreux à écoper, mais un blocage reste envisageable.
  • La seconde est la plus simple : ajouter tout bonnement une centaine des députés régionaux aux 338 circonscriptions électorales actuelles. Cette option ne nécessite aucune réforme de la carte électorale et aucun député libéral n'est menacé de perdre son comté. La répartition des députés régionaux assurera la proportionnalité. L'inconvénient? Le manque de place dans la Chambre des communes qui occupe déjà sa capacité maximale. Cependant, celle-ci va être en rénovation pendant 10 ans à partir de 2018 (et donc la possibilité de l'agrandir?). Pendant 10 ans, les députés utiliseront le Bloc Est du Parlement et siégeront dans une Chambre de remplacement, où nous pourrons ajouter des sièges.

Il existe des solutions et elles sont beaucoup moins complexes qu'on pourrait le croire (ou ce que le gouvernement tente de nous faire croire?). Encore faut-il avoir la volonté politique et le courage de les mettre en place. Toute l'opposition demande un système proportionnel. Tous les Canadiens attendent de leur premier ministre un peu plus de « leadership », et un peu moins de « selfies ».

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