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25/02/2015 10:33 EST | Actualisé 27/04/2015 05:12 EDT

Forum musulman canadien: un loup qui crie au loup?

S'il y a un reproche à faire aux médias, ce n'est donc pas celui que leur adresse le FMC; c'est plutôt leur incapacité d'avoir à l'esprit toutes les pièces du puzzle lors d'une entrevue.

Le 20 février dernier, le Forum musulman canadien (FMC) tenait une conférence de presse pour dénoncer l'importance accordée par les médias à l'islamisme et à ses dérives. Le FMC donnait comme exemples le cas de la mosquée refusée à l'imam Hamza Chaoui dans l'Est de Montréal, un cas semblable à Shawinigan et l'annulation d'une conférence que des imams intégristes et radicaux devaient tenir à Outremont.

Selon le FMC, la couverture médiatique de ces cas stigmatiserait l'ensemble des musulmans. On ne trouve pas de communiqué de presse concernant cette conférence sur le site du FMC. Mais les extraits qu'en ont rapportés les médias nous montrent que le propos ne contenait que des attaques envers les médias et les politiciens qui instrumentaliseraient les actes de violence perpétrés au nom de l'islam.

«Les médias propagent un message de peur», déclarait à Radio-Canada la porte-parole du FMC, Samah Jebbari. Mais qu'est-ce qui cause cette peur? La faute incombe aux médias et non à ceux qui terrorisent les populations partout sur la planète. Dans cette autre entrevue accordée à TVA, elle laisse entendre (à 1:12) que les maires concernés par les cas mentionnés n'ont pas respecté la loi parce que la sécurité n'était pas menacée.

La vice-présidente du FMC, Kathy Malas, affirme pour sa part que «tolérer l'intolérable dans une société qui prône la liberté d'expression fait partie de nos valeurs; la limite est dès que ça encourage la violence ou la haine», a-t-elle dit (à 1:20 de cet extrait).

Du vrai et de la poudre aux yeux

Ces représentantes du FMC ont raison sur un point, même si l'idée est maladroitement exprimée : sans aller jusqu'à «tolérer l'intolérable» comme le dit Kathy Malas, les propos des intégristes religieux n'ont pas à être censurés ou interdits dans une société qui prône la liberté d'opinion, tant qu'ils n'incitent pas à la haine.

L'État n'a pas à patauger dans les plates-bandes intégristes ou fondamentalistes pour s'enliser dans une sémantique paralysante servant de faux-fuyants, comme le font Philippe Couillard et Kathleen Veil. L'État doit voir à ce que la loi soit respectée et la sécurité assurée.

Mais il ne faut pas être naïf non plus. Si les propos intégristes se limitaient à dire que les femmes doivent être accompagnées par un homme en public ou que les homosexuels sont des pécheurs, il n'y aurait pas un tel tollé. Le problème est que, dans le cas de l'islam radical, ces propos sont légitimés par une source idéologique qui, lorsqu'elle est prise à la lettre, pousse à la violence.

Dire que l'intégrisme se retrouve dans toutes les religions, comme l'affirme Samah Jebbari est exact mais, dans les circonstances, vise à jeter de la poudre aux yeux; tous les croyants intégristes ne lapident pas les femmes et ne décapitent pas les incroyants. Nous sommes donc sur un terrain glissant et les autorités ont raison d'être prudentes.

Examinons ces trois cas

Si on prend le cas de l'imam Chaoui, ce n'est d'ailleurs pas pour les propos rapportés par les médias que le permis de mosquée lui a été refusé. Dans deux entrevues qu'il accordait sur le sujet à Radio-Canada, le maire de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, affirme de façon très claire que ces propos se situent dans les limites du droit à la liberté d'expression.

« Ce qu'a dit [Chaoui] est protégé par les chartes », déclarait Ménard. Mais, ajoutait-il, «on a des informations qui nous permettent de comprendre que l'imam est dans un réseau qui l'englobe et le dépasse. Pour ces raisons, il fallait agir.» Même si ces raisons ne sont pas divulguées pour l'instant, on doit conclure que le FMC est mal informé ou qu'il fait de la désinformation.

Les médias ont par ailleurs escamoté le cas du projet de mosquée à Shawinigan: ils ont réduit le problème à une question de zonage et passé sous silence le fait que l'un de ses administrateurs, Abdoulaye Souley, est le chargé des affaires religieuses de la mosquée de Trois-Rivières. Selon le bureau d'enquête de TVA, cette mosquée appartiendrait à l'Islamic Society of North America (ISNA). Cette association s'est vue retirer son statut d'exemption fiscale parce qu'elle contribuait au financement du parti islamiste Jamaat-e-Islami considéré terroriste par le gouvernement du Canada et l'Union européenne (autre reportage de TVA). L'ISNA est une filiale des Frères musulmans, confrérie considérée elle aussi terroriste par plusieurs pays arabes.

La question du zonage paraît dès lors bien secondaire. Pour l'ex-conseiller au ministère des Affaires étrangères du Canada Daniel Laprès, ces rapprochements sont suffisants pour qu'il y ait lieu d'ouvrir une enquête afin de nous assurer qu'il n'y a pas de lien entre le projet de Shawinigan et l'ISNA. Voilà entre autres à quoi pourrait servir l'observatoire que Philippe Couillard ne veut pas créer.

Si les propos de l'imam Chaoui ont soulevé l'indignation générale, c'est qu'il y a actuellement une sensibilité extrême envers de telles positions antidémocratiques et rétrogrades. Mais cela n'a pas toujours été le cas. Participant à l'émission spéciale de Radio-Canada sur la menace terroriste le 17 février dernier, Fatima Houda-Pépin affirmait qu'il y a «des dizaines et des dizaines de Chaoui» dans les mosquées, les écoles et les associations universitaires au Québec (à 36:35 de l'émission). Raison de plus d'être d'une extrême vigilance et de placer le réseau des mosquées sous surveillance.

Finalement, le cas d'Outremont. L'un des conférenciers invités par l'Académie de la charia nord-américaine, l'imam Salah Assawy, est le secrétaire général de l'Assemblée des musulmans juristes d'Amérique, une association qui en appelle au djihad contre l'Occident, selon ce reportage de J.E. Kathy Malas conviendra qu'on dépasse ici le droit à la liberté d'expression.

Le mensonge du Forum musulman canadien

Le FMC, qui crie au loup, n'est lui-même pas au-dessus de tout soupçon. Son président, Samer Majzoub, a été associé aux Frères musulmans par le site Poste de veille, une accusation que ne parvient pas à réfuter ce communiqué du FMC qui ne porte nullement sur les allégeances de son président.

De plus, la porte-parole Samah Jebbari semble avoir délibérément menti au journaliste Patrick Roy de Radio Canada. À la toute fin de cette entrevue (à 6:19), Roy lui demande ce qu'il en est des liens allégués entre le FMC et les Frères musulmans. Remarquez l'air plutôt gêné de Mme Jebbari lorsque, fermant les yeux, elle lui répond que «le Forum musulman est loin d'être lié au MAC [Muslim Association of Canada] et aux Frères musulmans».

Si le FMC est «loin d'y être relié», serait-ce qu'il y est relié... de près? Samah Jebbari est en effet elle-même présidente de l'école privée musulmane Le Savoir qui loge dans un édifice appartenant au MAC, lui-même lié aux Frères musulmans. Cette école a été fondée par le président du FMC, Samer Majzoub, qui a reçu pour cela un financement de 70 600 $ US du... Koweït, un pays qui n'a rien à envier à l'Arabie saoudite pour l'application de la charia. L'école est néanmoins reconnue par le ministère de l'Éducation du Québec.

Dans cette autre entrevue accordée à TVA (à 2:28), Samah Jebbari reconnaît d'ailleurs que l'école Le Savoir est liée aux Frères musulmans et elle se sert de ce fait pour légitimer l'action et la présence de cette confrérie au Canada.

Rappelons que les Frères musulmans recourent à une stratégie d'action qui a fait ses preuves et qui consiste à utiliser les rouages légaux du pays d'accueil, à séduire les politiciens (maires, députés, chef de partis, ministres) par un discours multiculturaliste respectueux des lois, à qualifier d'islamophobie toute critique à leur endroit pour finir par réclamer rien de moins que des lois islamiques.

S'il y a un reproche à faire aux médias, ce n'est donc pas celui que leur adresse le FMC; c'est plutôt leur incapacité d'avoir à l'esprit toutes les pièces du puzzle lors d'une entrevue. C'est le travail des blogueurs.

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