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05/04/2018 15:03 EDT | Actualisé 05/04/2018 15:37 EDT

Qu'est-ce qui est «étrange»?

Il importe de rappeler qu'appartenir à une société c'est aussi avoir la liberté d'en critiquer les organisations, et idéalement sans se retrouver avec une cohue disciplinaire aux trousses par la suite.

Anton Eine / EyeEm via Getty Images
Après ma fameuse intervention de 75 secondes au congrès de QS, j'ai reçu pendant quatre semaines non-stop des insultes et des menaces de tout genre.

Dans une chronique publiée samedi dernier, Joseph Facal s'exprime à propos de la candidature de Vincent Marissal avec Québec solidaire. Il y affirme notamment qu'il sera «étrange» que l'ancien journaliste apparaisse aux côtés «d'un Haroun Bouazzi et d'une Dalida Awada». Il se dit par ailleurs «abasourdi» de voir que le Parti québécois et nombre de «souverainistes intelligents» ont pu penser «qu'une alliance avec ces gens était possible.»

En d'autres mots, pour M. Facal, je suis de ces infréquentables. Ce qu'il me reproche est d'avoir évoqué la part de néolibéralisme et de racisme qu'on retrouve dans la formation politique à laquelle il adhère.

Or, à mon avis, l'étrangeté n'est pas d'être vu à mes côtés, mais plutôt de demeurer dans le déni face aux évidences que j'ai énoncée.

À mon avis, l'étrangeté n'est pas d'être vu à mes côtés, mais plutôt de demeurer dans le déni face aux évidences que j'ai énoncée.

La Charte des valeurs a été un raté monumental du Parti québécois et ses effets ont été dévastateurs. Peut-être aurait-il fallu passer rapidement l'éponge? Mais c'est impossible quand en plus le chef du parti n'hésite pas à adopter une approche identitaire lorsqu'elle lui permet de marquer des points. C'est même ce type de stratégie qui a contribué à lui faire gagner la chefferie.

Bien des choses se corrigent et se pardonnent. Tous les partis comme tous les individus sont faillibles. Mais le rapport trouble qu'entretient le PQ avec les questions identitaires est désormais un ethos bien plus qu'une simple erreur de parcours.

Quant au néolibéralisme, il est ironique de constater que presque personne ne m'a tenu rigueur d'en avoir parlé...

Alors au lieu de me reprocher cette phrase, M. Facal devrait réactualiser sa vision du Québec et comprendre une fois pour toutes comment ses positions idéologiques sont pour l'essentiel sclérosées.

Ça ne s'invente pas : j'ai dit qu'il y avait du racisme dans un parti politique et on m'a ensevelie sous des remarques toutes plus haineuses les unes que les autres pour me signifier...qu'il n'y a pas de racisme au Québec, et surtout pas au Parti québécois.

Autre ironie, après ma fameuse intervention de 75 secondes au congrès de QS, j'ai reçu pendant quatre semaines non-stop des insultes et des menaces de tout genre. Ça ne s'invente pas : j'ai dit qu'il y avait du racisme dans un parti politique et on m'a ensevelie sous des remarques toutes plus haineuses les unes que les autres pour me signifier... qu'il n'y a pas de racisme au Québec, et surtout pas au Parti québécois.

Permettez-moi donc d'être nullement gênée d'avoir utilisé ce mot. Les partis politiques aimeraient certainement échapper à cette critique, mais le fait est qu'aucun parti n'est immunisé contre ce phénomène.

Pour finir, il importe de rappeler qu'appartenir à une société c'est aussi avoir la liberté d'en critiquer les organisations, et idéalement sans se retrouver avec une cohue disciplinaire aux trousses par la suite. Je ne suis pas une invitée au Québec, je revendique mon appartenance à cette société et donc ma participation aux débats sociaux et politiques n'a pas à se limiter à de la complaisance. Le droit d'exprimer des critiques, et des critiques sévères, n'est pas un droit exclusif à certains.

De toute façon, de constants hochements de tête approbateurs sont à mon avis une manière bien fade et superficielle d'aimer le Québec.

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