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28/11/2013 12:14 EST | Actualisé 27/01/2014 05:17 EST

Investir vert sans tomber dans le pot de peinture

Notre aspiration à lier notre argent à la bonne conscience a vite été refroidie par des révélations récurrentes sur le réel contenu de ces fonds. En effet, bon nombre de sociétés grises peuvent y être intégrées grâce au moindre petit volet vert initié à l'interne et habilement mis en avant médiatiquement.

Dernièrement, un ami me demandait comment placer son argent dans un REÉR tout en générant un rendement socialement responsable. Pour le rendement, vous avez probablement remarqué, ces dernières années, que rien n'est garanti. Quant à l'implication de valeurs éco-responsables et environnementales, vous n'avez probablement rien remarqué du tout.

Bien sûr, le premier réflexe légitime est de se tourner vers les fonds éthiques : adieu marées noires, cancers liés au tabagisme et enfants exploités par les multinationales dans les pays en voie de développement! Mais notre aspiration à lier notre argent à la bonne conscience a vite été refroidie par des révélations récurrentes sur le réel contenu de ces fonds. En effet, bon nombre de sociétés grises peuvent y être intégrées grâce au moindre petit volet vert initié à l'interne et habilement mis en avant médiatiquement.

Un des meilleurs exemples de coups de pinceau verdisseurs provient, bien évidemment, de l'industrie des sables bitumineux dont les campagnes de séduction lobbyisées valent le détour. Dans le doute, que vous penchiez pour les bienfaits ou les très nombreux méfaits du pétrole visqueux traité à base de produits hautement chimiques et toxiques, le mieux serait de s'abstenir d'y injecter le moindre pétrodollar. Même si la compagnie affiche une éolienne sur la page d'accueil de son site.

En fait, le meilleur outil mis à la disposition du grand public afin de développer son sens critique à l'égard d'un fonds de placement boursier est l'aperçu du fonds. Visuellement accessible pour l'investisseur lambda, cette fiche technique vous permet de voir dans quelles sociétés le fonds est investi. Sauf qu'en matière d'investissements socialement responsables, c'est largement insuffisant. Peut-être est-ce dû au fait que si l'on ne devait retenir que les sociétés répondant à des critères éthiques ultras rigoureux, la peau de chagrin serait quasiment en pleine détresse.

Pourtant le filon potentiel est là quand on y regarde bien, en commençant par notre propre tasse à café équitable. Mais sommes-nous réellement prêts, aujourd'hui, à sacrifier une part de notre rendement au profit d'investissements moins rentables que d'autres? La réponse est que nous n'avons pas le choix si l'on veut tenir nos bonnes résolutions jusqu'au bout, parce que la boulimie de croissance du moment n'est pas viable. En ce sens, je réfère très souvent aux prédictions du Club de Rome.

Le fameux rapport émis en 1972 par ce club a d'ailleurs trouvé un écho dans la troublante comparaison qui a été faite avec la réalité 40 ans plus tard : l'année 2012 n'a pas engendré la fin du monde délirée collectivement, elle a juste tranquillement confirmé que notre modèle économique prenait la route toute tracée vers un mur attendu aux environs de 2030.

Si aucune institution financière n'est capable de répondre de façon cristalline à vos attentes socio-environnementales en vous expliquant en toute transparence en quoi telle société mérite votre appui, alors peut-être devriez-vous vous tourner vers un rendement nul. Par exemple en prêtant à des organismes qui facilitent le microcrédit dans les pays en voie de développement.

En réalité, avant de conclure toute transaction, une institution financière certaine du bien-fondé de ses fonds éthiques, devrait systématiquement rediriger tout investisseur vers un organisme indépendant qui jugerait de la pertinence de la composition du fonds. Une fois éclairé sur le contenu intrinsèque du fonds, l'investisseur pourrait alors retourner vers l'institution retenue pour effectuer son achat.

La crise des subprimes, amorcée en 2007, a prouvé qu'un investisseur pouvait y perdre beaucoup de plumes, surtout lorsqu'elle intervient juste avant la retraite. Après tout, récupérer sa mise sans faire de bénéfice, en prêtant à ceux qui en ont vitalement besoin, peut constituer une certaine forme de rendement versus un investissement risqué fondant au moindre soubresaut boursier.

On ne s'en tire pas aussi riche qu'espéré, mais on se sent certainement plus utile. Les pots de peinture n'ont qu'à bien se tenir.

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