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04/02/2017 08:51 EST | Actualisé 04/02/2017 08:51 EST

Aux États-Unis, l'emploi va au désastre

Même si aucun chiffre officiel sur l'exode de résidents américains vers le nord de la frontière canadienne n'est encore sorti, on peut douter qu'il suffise à pallier l'abîme aux emplois que Trump est en train d'excaver s'il continue de la sorte.

J'ai beau parcourir les Centuries de Nostradamus, je n'y retrouve aucune allusion à une orange échevelée narcissique et colérique envoyée par Dieu pour créer de l'ouvrage comme jamais. Par contre, les gesticulations de Donald Trump mettent sérieusement en péril le rouage clé de l'économie nord-américaine.

Un chômage structurel déjà au plus bas

Après un premier succès d'estime du vainqueur de la présidentielle en faisant annuler au forceps la construction d'une usine Ford au Mexique, les prochains trophées du même genre vont certainement se faire plus rares. Tout d'abord parce qu'il a gagné dans des États clés sur les cendres de l'industrie automobile, une industrie acculée à la survie coûte que coûte dans ce pays où l'automobile est une deuxième maison.

Cependant, il existe trois types de chômage : conjoncturel, frictionnel et structurel. Le premier est inversement proportionnel à l'économie. Quand elle est forte, le chômage est faible. Sans parler de croissance mirobolante, le président Obama a quand même quitté son siège bien loin de la crise des subprimes. Le second type de chômage est frictionnel : c'est l'écart naturel entre les départs à la retraite, les licenciements de groupes et les arrivées des nouveaux diplômés. Enfin, il y a le chômage structurel, celui qui nous intéresse le plus, qui est lié aux qualifications, aux nouvelles attentes des employeurs et au temps de formation des futurs salariés.

Mais pour faire baisser artificiellement le taux de chômage autant que possible, les gouvernements ont usé d'imagination pour exclure des statistiques tout chercheur d'emploi ne percevant plus de prestations sociales, parfois même découragé au point de ne plus s'identifier comme prospecteur. Dans ces conditions, il est difficile d'exclure encore plus de monde, d'autant plus qu'un pays sans chômage, ça n'existe tout simplement pas. Chômage structurel...

L'intimidation présidentielle ne peut pas rassurer les employeurs

Passé le choc électoral, les branches des arbres de Wall Street ont touché le ciel à la perspective de juteuses baisses d'impôts pour les entreprises tel que promis par le candidat Trump. Au diable la peur de l'incertitude, les caisses vont déborder en fuyant celles de l'État. Mais les premiers jours du président fraîchement investi ont déjà confirmé ce que l'on redoutait : un as de la prise de décision sous l'emprise des coups de sang.

L'omniprésence de Donald Trump sur Twitter, plus fort que le Facebook d'Obama, lui permet de jeter en pâture toute personne lui témoignant la moindre opposition. À ce petit jeu, dans un premier temps les compagnies ne se sont pas vraiment risquées en préférant une visite à la tour dorée, en plein Manhattan. Par contre, le décret anti-immigration de janvier 2017, qui restera dans les annales pour la mutinerie sans précédent des étoiles de la Silicon Valley qui lorgneraient Vancouver, à l'encontre du président agité.

À ces niveaux actuels le chômage peut difficilement aller plus bas, car tout repose sur l'indice de confiance des investisseurs. Et pour investir massivement, il faut avoir confiance en l'avenir.

Dans cette atmosphère de zizanie, l'incertitude a vite douché les espoirs de conversion à la «présidentiabilité». Comme disaient les autres : «Il n'est pas qualifié pour occuper ce poste». Et qui aurait envie de travailler pour un mauvais patron ? Bref, à ces niveaux actuels le chômage peut difficilement aller plus bas, car tout repose sur l'indice de confiance des investisseurs. Et pour investir massivement, il faut avoir confiance en l'avenir. Mais au-delà des compagnies, la crise de confiance éclabousse aussi les partenaires d'affaires des États-Unis, soit les autres pays de la planète... sans oublier leurs ressortissants. Sans oublier le risque d'effet domino : éternuement économique aux États-Unis, toux chez ses principaux liens commerciaux, grippe mondiale.

Vers une destruction du "brain drain"

Jusqu'à présent, les États-Unis exercent un pouvoir d'attraction inégalé en matière de perspectives professionnelles. C'est d'ailleurs un des socles de la puissance du pays : son aptitude à s'attirer et drainer les meilleurs cerveaux du monde, ou du moins les plus diplômés. Un véritable aimant à prix Nobel. La fuite des cerveaux chez les uns générant notamment les plus grandes avancées scientifiques et technologiques chez l'Autre, l'Amérique, ce pays suffisamment glouton pour s'approprier le nom de deux continents à lui seul.

Or l'attitude de Trump risque d'avoir l'effet d'un véritable ressac. Outre ceux renonçant pour au moins quatre ans à toute excursion professionnelle étatsunienne, il y a maintenant ceux qui étaient encore prêts à faire le saut malgré tout, mais qui ne le peuvent plus à cause des dommages collatéraux du décret discriminant les ressortissants des pays visés. Que ces ressortissants aient la fameuse «green card» ou non, chose encore totalement impensable, il n'y a que quelques jours. Enfin, il y a ceux qui n'y pensent même pas encore, mais qui, si l'occasion se présentait, y réfléchiront par trois fois. Pourquoi risquer de réaliser un rêve qui pourrait se briser en chemin au gré de l'humeur d'un commandant en chef dirigeant spontanément ses foudres vers n'importe quel pays ?

Cette perte de confiance, tant en interne qu'à l'externe, ne peut être propice à un climat des affaires florissant, à quelques exceptions près : compagnies pétrolières et fabricants d'armes par exemple. Tous ceux dont les accointances avec le pouvoir en place ne sont qu'un secret de Polichinelle. Et même si aucun chiffre officiel sur l'exode de résidents américains vers le nord de la frontière canadienne n'est encore sorti, on peut douter qu'il suffise à pallier l'abîme aux emplois que Trump est en train d'excaver s'il continue de la sorte.

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