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14/03/2016 10:40 EDT | Actualisé 15/03/2017 05:12 EDT

Quel avenir pour le Parti vert du Canada?

Disons-le franchement, à part la réélection d'Elizabeth May, la récente élection fédérale a été une véritable claque pour le Parti vert.

Du 15 mars au 15 avril 2016, les membres en règle du Parti vert du Canada (PVC) sont appelés à se prononcer à propos de leur cheffe, Elizabeth May, lors d'un vote sur la révision de la direction. Ils devront dire s'ils lui renouvellent ou non leur confiance à la tête du parti.

Ce qui peut, dans un premier temps, sembler une évidence ne l'est pourtant pas si forcément.

Elizabeth May : un atout fort et des points faibles

Disons-le franchement, à part la réélection haut la main d'Elizabeth May, l'élection fédérale du 19 octobre 2015 a été une véritable claque pour le Parti vert du Canada. Comme en 2011, le PVC a récolté moitié moins de vote qu'en 2008. Pire qu'en 2011, les Canadiens en 2015 se sont déplacés en bien plus grand nombre pour exercer leur droit de vote sans aucun bénéfice pour le parti, au contraire même, puisque le pourcentage de vote récolté était en baisse. Et même deux élus ont été perdus, anciens transfuges du NPD durant leur mandat, certes : Bruce Hyer et José Núñez-Melo.

La stratégie des «candidats vedettes» voulue par Elizabeth May n'a donc pas été payante. Loin d'être une stratégie nouvelle, le fait d'avoir copié-collé cette pratique des autres partis n'a pas convaincu. Pourtant, Mme May est réputée pour être reconnue par ses collègues du Parlement comme une députée assidue, tenace, et ayant une très grande maîtrise des dossiers. À elle seule, elle porte à bout de bras tout ce qui fait aujourd'hui le meilleur de la réputation du parti. Et là est le problème, justement.

On entend souvent à la blague que le Parti vert du Canada pourrait être renommé le «Parti d'Elizabeth May au Canada». Après 10 années de chefferie sous son égide, force est de constater que tout est concentré sur sa personne, faute de diversification des visages du parti.

Une organisation coincée entre idéologie et réalisme

Les partisans des partis verts sont souvent assimilés à des rêveurs qui ne s'inquiètent que d'une seule thématique, en l'occurence l'environnement. Les verts canadiens n'échappent pas à cette règle. Cette impression est d'autant plus renforcée quand on s'attarde sur les profils de certains cadres du parti : majoritairement issus des milieux environnementaux, ils sont estimés pour leur expertise dans le domaine et ne font que prêcher auprès de convaincus. La nomination de Daniel Green par Elizabeth May, sans consultation de la base, au poste de chef adjoint pour le Québec en est un des exemples criants.

Reste à savoir si le parti entend vraiment prendre part au processus gouvernemental. Suite au 19 octobre 2015, certains membres se sont dit satisfaits que d'autres partis, et notamment les libéraux au pouvoir, se soient avec le temps approprié des thèmes défendus de longue date par le PVC. On peut ironiser sur ce temps qu'il aura fallu aux autres formations pour rejoindre les inquiétudes vertes ; on peut aussi se désoler que la vision verte à long terme ne soit finalement prise au sérieux que lorsque le rouge ou l'orange s'en empare.

En 2015, Elizabeth May espérait entre 10 et 12 élus, et la balance du pouvoir avec un gouvernement minoritaire. Elle est aujourd'hui seule face à un mastodonte majoritaire.

Une diversification indispensable

Même si je considère la COP21 comme une véritable farce, la façon dont l'habile Justin Trudeau revêt l'habit vert peut durablement porter atteinte à la raison d'être du Parti vert du Canada. À force de déshabiller le PVC de ses prérogatives exclusives, il risque de se retrouver nu d'arguments qui, avant, lui conféraient ses caractéristiques bien particulières. S'il entend vraiment gouverner, et autrement, le PVC ne pourra le faire qu'en s'affichant autrement que le parti d'une seule cause, ce qui aujourd'hui ne résonne par encore comme tel dans la société.

Un autre problème majeur au sein du parti est le bilinguisme. Durant la campagne officielle, voir Elizabeth May coincée en français, au Québec, entre Duceppe, Mulcair et Trudeau, et même Harper (c'est pour dire !), mettait mal à l'aise. Les candidats, membres et sympathisants francophones du parti, avec JiCi lauzon en chef de file, ont également été outrés par la pauvreté et la médiocrité des traductions de l'anglais vers le français, quand elles existaient. C'est dire le peu de considération que la direction du parti a porté à la cause.

Pour toutes ces raisons, on pourrait préférer qu'Elizabeth May renonce à ce chapeau aujourd'hui trop grand, et que cette charge trop lourde soit répartie entre elle, qui excelle au Parlement, et un nouveau chef parfaitement bilingue. Il en va aussi de la survie d'un parti qui manque de diversification de visages et qui n'est essentiellement consulté dans les médias que sur les questions environnementales.

Cyrille Giraud, ancien candidat dans Laurier-Saint-Marie, porte-parole du Québec au sein du cabinet fantôme du Parti vert du Canada.

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