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24/10/2018 15:51 EDT | Actualisé 25/10/2018 09:27 EDT

Quand la santé passe après la satisfaction de l’industrie alimentaire

Le lobby de la grande industrie de la malbouffe aurait-il plus de poids que la protection de la santé?

Ekaterina Smirnova via Getty Images
Les maladies associées à l'alimentation coûtent environ 26 milliards de dollars par an aux Canadiens et engendrent la perte de nombreuses années de vie en bonne santé pour les citoyens.

Le 24 octobre marquait le deuxième anniversaire de l'annonce de la Stratégie pour une saine alimentation, chapeautée par la ministre fédérale de la Santé. Ce jour-là, en 2016, nous étions nombreux à être enthousiastes, car l'alimentation des Canadiens avait reçu trop peu d'attention depuis plusieurs années.

Si l'inaction et le statu quo peuvent parfois paraître confortables, ils ont néanmoins un coût. Les maladies associées à l'alimentation coûtent plus de 26 milliards de dollars par an aux Canadiens et engendrent la perte de nombreuses années de vie en bonne santé pour les citoyens. Il était donc temps que le gouvernement fédéral s'investisse pour favoriser la saine alimentation de la population.

Depuis 2016, certaines mesures ont été adoptées, mais plusieurs sont toujours inachevées. Aux portes de 2019 et devant le coût de l'attente, nous avons le droit de nous questionner en voyant les mois et les années passées avant l'aboutissement de la Stratégie. Avec plus de 17 millions de Canadiens en surpoids et l'augmentation faramineuse du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques comme les maladies cardiovasculaires, les cancers et le diabète, le temps presse! Qu'est-ce qui empêche le gouvernement d'accomplir ses engagements plus rapidement?

Le lobby de la grande industrie de la malbouffe aurait-il plus de poids que la protection de la santé?

L'initiative du gouvernement de mettre en ligne les différentes correspondances reçues concernant la Stratégie pour une saine alimentation met en lumière un important lobby visant à contrer les mesures proposées par Santé Canada. L'étiquetage sur le devant de l'emballage, qui consiste pourtant simplement à rendre plus visible pour le consommateur les produits à consommer moins souvent, se heurte à une opposition massive de l'industrie.

Puisque cela affecterait les ventes, cette dernière ne souhaite pas que les consommateurs changent leurs habitudes. Or, le temps qui passe semble témoigner que leurs revendications ont du poids dans la balance. Les élus tombent-ils dans le stratagème de l'industrie, oubliant les coûts du statu quo? N'est-ce pas la santé des Canadiens qui devrait primer?

Le cas du retrait des huiles partiellement hydrogénées

S'il est un succès de la Stratégie à souligner, c'est celui de l'interdiction de vendre des produits alimentaires contenant des huiles partiellement hydrogénées. Ce sont des substances particulièrement nocives pour la santé cardiovasculaire et il s'agit de la principale source de gras trans industriels.

Au moment de l'entrée en vigueur du règlement adopté l'an dernier, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) annonçait un nouveau sursis pour les industriels qui utilisaient encore ce mauvais gras, malgré la demande du gouvernement de les éliminer il y a déjà une douzaine d'années...

Plaire à l'industrie au détriment des Canadiens ne doit pas devenir une habitude.

Le 17 septembre 2018 ne fut donc pas le moment historique de réjouissance face à la disparition des gras trans de nos aliments. Les artères des consommateurs moins avertis devront plutôt attendre l'automne 2020 pour en être débarrassées. Plaire à l'industrie au détriment des Canadiens ne doit pas devenir une habitude.

Une pétition est présentement en ligne à la Chambre des communes, pour réclamer à l'ACIA, en charge de l'application des règlements alimentaires de Santé Canada, qu'elle revienne sur sa décision et mette les intérêts des Canadiens au sommet des considérations en rappelant les produits fautifs dès maintenant.

J'espère que les citoyens seront nombreux à dire qu'ils sont fatigués d'attendre. Comme le dit l'adage, le temps, c'est de l'argent. Mais, c'est aussi des milliers de maladies qui pourraient être évitées et de belles années en santé.

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