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26/11/2013 12:42 EST | Actualisé 25/01/2014 05:12 EST

Réflexions sur Varsovie: le climat et la santé sont inséparables

Après 19 rencontres et toujours un manque senti d'engagements formels, il faut repenser les conférences mondiales sur le climat (COP). Le format ne fonctionne plus. Peut-être n'a-t-il jamais réellement été optimal.

Les nouvelles se sont enchaînées ces derniers jours, toujours plus négatives les unes que les autres. On pense aux organisations non gouvernementales, qui malgré une passion pour une équité climatique, décident de tourner le dos aux négociations, dégoutées par la lenteur des débats. On pense aux pays qui souffrent le plus des conséquences des changements climatiques et qui tentent de le décrier le plus fort possible, mais on en entend que quelques murmures soufflés. On pense à l'organisation parallèle du sommet sur l'industrie du charbon à Varsovie. Les contradictions, les voici, les voilà.

On pense aussi au Canada, qui traîne de la patte dans ses efforts de réduction des gaz à effets de serre. On pense à l'Australie qui décide simplement de ne pas se pointer aux négociations. On pense au Canada qui félicite l'Australie pour son geste et qui appelle à d'autres de faire de même. Des fois, mon pays me fait un peu honte. Surtout quand ses actions et sa volonté de ne pas agir pour contrer les changements climatiques auront des impacts non négligeables sur le futur de notre planète.

Mais bon, je suis qui pour décrier les décisions politiques des gouvernements en ce qui a trait aux changements climatiques. Je ne suis pas familière avec les discussions qui se déroulent en arrière-scène. Je n'ai pas été formée pour comprendre de façon reposée la surimportance que l'on accorde à l'économie et aux industries qui exploitent nos ressources naturelles de façon démesurée.

J'agis beaucoup par instinct, par intérêt, par passion pour le changement. Je lis avidement, je me sens concernée. Ah, et je suis aussi étudiante en médecine. Cela change définitivement ma perspective. Les changements climatiques ont un impact majeur sur la santé, autant au Québec qu'ailleurs dans le monde. Et cela est impossible à nier. Tentez de le faire, vous n'y arriverez pas. Même que les étudiants en médecine du Québec s'entendent sur le sujet.

L'augmentation de la fréquence et de la sévérité des événements météorologiques extrêmes (comme les vagues de chaleur, les ouragans, les cyclones, les inondations massives) affectent la prestation des soins de santé et affaiblissent les systèmes de santé. Les famines et les sécheresses menacent la sécurité alimentaire de millions de personnes, augmentent l'incidence de la malnutrition, de la mortalité et d'un sous-développement chez les enfants. Les migrations de masses - les dernières estimations indiquant plus de 200 millions de réfugiés climatiques d'ici 2050 - posent une menace à la sécurité sociale et la précarité des conditions influencent le développement de nombreuses maladies. Aussi, les maladies infectieuses, surtout celles transmises par les moustiques et autres vecteurs (par exemple la malaria, la fièvre jaune, le virus du Nil occidental), vont s'étendre dans de nouveaux territoires, où les populations n'ont pas nécessairement les anticorps pour se défendre contre l'agression de ces agents. Plus encore, la pollution atmosphérique constante augmente le nombre de cancers pulmonaires, d'asthme et de maladies pulmonaires obstructives chroniques, et la quantité de monoxyde carbone dans l'air pourrait même être liée au développement de la maladie d'Alzheimer.

Ouf. Pour en rajouter un peu plus, on dit même que les changements climatiques sont la plus grande menace à la santé du 21e siècle. Double ouf. Ça me fait peur, et avec raison. Il n'y a pas de visage plus humain des changements climatiques que la santé et le bien-être des individus. Nous n'avons qu'à penser à la récente tragédie qui a frappé les Philippines. Et si je veux, comme tout bon médecin, voir mes patients en santé, je me sens une obligation morale d'agir.

Il est totalement inacceptable que nous soyons arrivés à un point où, en tant que société, nous ne pourrions même pas nous préoccuper moins de la réalité et des conséquences non négligeables des changements climatiques. L'horloge climatique va bientôt sonner les 12 coups de minuit, mais j'ai espoir qu'il n'est pas trop tard d'agir. Nous devons faire en sorte que nos politiciens mettre en place des stratégies durables qui vont au-delà d'un mandat politique de quatre ans. Nous devons repenser nos priorités communes. Alors que dans les bureaux de l'ONU se dessinent les prochains objectifs de développement mondiaux, nous devons implanter, ici au Québec, des mesures de développement économique et social durable, où la santé y est respectée et où l'équité intergénérationnelle y est valorisée.

Nous sommes plus de 7 milliards sur la Terre, nous avons besoin de retrouver notre équilibre, de penser intelligemment aux mesures de développement durable et surtout, de se redonner confiance en ce qu'on est capable de faire tous ensemble en tant que collectivité.

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