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31/12/2015 03:37 EST | Actualisé 30/12/2016 05:12 EST

Santé: s'allier, plutôt que s'aliéner

Le mépris du Dr Barrette envers les médecins de famille ne cesse pas de m'étonner... le coup de grâce à 48h de la nouvelle année: on sort les médecins de famille des hôpitaux.

Le mépris du Dr Barrette envers les médecins de famille ne cesse pas de m'étonner. D'abord avec le projet de loi 20, les négociations interminables, les informations cachées, les détails importants passés sous silence, et puis le coup de grâce à 48h de la nouvelle année: on sort les médecins de famille des hôpitaux.

Depuis plusieurs années, on s'efforce à redorer l'image de la médecine familiale. On parle de diversité, de liberté de pratique, de variété, d'opportunités. On rajoute de nouveaux programmes de formation pour répondre aux besoins de la population: en urgence, en gériatrie, en périnatalité, en soins palliatifs. On rajeunit le visage de la médecine de famille au Québec. Et les résultats parlent d'eux-mêmes: on atteint enfin l'équité rêvée du 50% des diplômés choisissant la médecine de famille comme pratique.

Mais depuis quelques mois, on frappe fort. On revoit la rémunération, on remet en doute leur intégrité et leur dévouement, et voilà qu'aujourd'hui, on s'attaque à l'autonomie et à la liberté des jeunes diplômés. Ceux qui sont encore pleins d'énergie et d'espoir. Ceux qui veulent réinventer les soins, donner leur plus meilleur à leurs patients, être à l'écoute des besoins de la population.

Ils sont conscients des enjeux: ils ont grandi dans une atmosphère où les critiques envers le système de santé québécois pleuvent sans arrêt. Ils ont vu la montée du privé. Ils savent que le système de santé au Québec est sous-optimal. Ils sont prêts à l'innovation, aux changements, à la nouveauté. Mais certainement pas de cette façon.

Enlever les médecins de famille des hôpitaux, c'est l'inverse du bon sens. Choisir pour eux leur lieu de pratique et donc, leur vie, en milieu éloigné, ça leur enlève du pétillant dans le corps.

Leur rajouter des quotas, des cibles, des pénalités, c'est leur mettre des barrières avant même qu'ils se définissent eux-mêmes comme professionnels de la santé.

Les médecins de famille dans les hôpitaux jouent un rôle crucial. Ils sont sur tous les étages, s'assurent d'un suivi global, font le pont avec les autres professionnels de la santé, intègrent dans leur prise en charge les multiples problèmes de santé qui touchent leur patient. Les spécialistes sont déjà surchargés, ils sont pertinents pour des problèmes spécifiques, hyper complexes, les cas des «journal clubs». Leur liste d'attente déborde déjà, et voilà qu'on va leur rajouter un poids supplémentaire.

Les premières victimes de ces décisions précipitées seront certainement les Québécois. Et puis, les jeunes médecins, les résidents, et les étudiants en médecine qui s'orientent vers la médecine de famille. On les décourage avant même de les mettre dans les milieux de soins.

En tant qu'étudiante en médecine, c'est réellement une tristesse de voir une population qui ne fait plus confiance en la profession médicale. Je veux débattre, je veux trouver des solutions pour améliorer l'efficacité du système de santé, je veux parler de notre rôle dans la société, je veux remettre en question l'administration et la gestion, je veux revoir la rémunération. Mais pas comme ça. Pas en nous mettant à l'écart des décisions. Pas en lançant de fausses accusations. Pas en nous obligeant un mode de vie. Pas en forçant une opposition entre les médecins, la population et le gouvernement.

On n'oublie parfois que le système de santé au Québec n'est pas géré par des médecins. Nous en sommes des exécutants. La santé dans la province ne relève pas que de nous: c'est notre responsabilité collective. C'est à nous tous d'y faire honneur, et de s'allier plutôt que de s'aliéner.

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