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25/08/2015 10:13 EDT | Actualisé 25/08/2016 05:12 EDT

Quelle lumière au bout du tunnel du docteur Barrette?

J'ai été impressionnée par le peu de dialogue et d'ouverture du docteur Barrette face aux commentaires et questions des étudiants, qui se sont fait répondre qu'ils étaient «brainwashés».

«La lumière qui sera au bout de votre tunnel sera radieuse.»

- Dr Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, 24 août 2015.

 

Il faut croire que le docteur Gaétan Barrette avait l'âme poète et un brin humoristique lors de son passage à l'Université de Montréal le 24 août 2015 en matinée. Sans surprise, il faut dire que le reste de sa présentation conservait un rythme teinté d'humour, noircie par une politique populaire et un regard assez sombre sur les étudiants et la médecine familiale.

Je suis étudiante en médecine en Montréal, relativement intéressée par les enjeux politiques, surtout en ce qui a trait à la santé et aux questions sociales. Je reviens d'une année à l'étranger, où j'ai fréquenté les plus grandes instances mondiales de gouvernance en santé. J'ai suivi d'un regard outre-Atlantique le développement des derniers mois sur le projet de loi 20, sans sauter les deux pieds dans le débat, comme je l'avais fait au printemps 2012.

La présence du docteur Barrette à l'UdeM a fait assez jaser, mais il reste néanmoins que ce n'est pas à tous les jours qu'on a un ministre de la Santé dans un auditorium rempli d'étudiants pour trois heures consécutives. Et il faut savoir apprécier son franc-parler, son sens de l'humour (non désiré) et sa volonté d'appliquer le fameux plan libéral de redressement de l'économie québécoise.

Le titre annoncé de la conférence était Le rôle du médecin et l'avenir de la médecine au Québec. J'ai été la première étonnée d'en voir un complètement différent sur la première diapositive. D'entrée de jeu, et sans artifices, Dr Barrette annonce clairement son intention: présenter son projet de loi 20 en abordant quatre aspects qu'il s'est plu à répéter continuellement: qualité, assiduité, permanence, pertinence des soins prodigués par les médecins de famille au Québec. On sait d'avance qu'on oublie le rôle plus général du médecin dans la société - à moins que son rôle ne soit que prodiguer des actes de soins tels qu'établis dans le projet de loi?

Pendant le premier tiers de la présentation, j'ai presque cru m'être trompée de salle, tellement on ne parlait que d'économie, de budget, de distribution de fonds, de croissance. Le projet s'est ancré comme une réponse à un besoin économique du Québec. En toute honnêteté, je préfère voir l'économique comme indissociable du social, mais Dr Barrette ne semble pas être du même avis.

On applique un vocabulaire de rendement, d'efficacité, de production, de quotas, à une profession de vocation, bien souvent alimentée par un désir de voir une population grandir et vieillir en bonne santé. Par ailleurs, il n'y a eu aucune mention des mesures de santé publique (notamment en prévention) qui pourraient être appliquées, et dont les retombées pour l'économie et la réduction des inégalités sociales et sanitaires seraient beaucoup plus importantes.

Si on veut que nos Québécois vivent plus longtemps et coûtent «moins cher» au système, il faut addresser de plein front le problème du développement des maladies chroniques et des multiples comorbidités, en hausse foudroyante dans les dernières années. Mais cela semblait être pour une autre journée...

Selon les dires de Dr Barrette, le projet de loi 20 va être adopté. Il est catégorique en ce sens, qu'on le veuille ou pas, que les médecins soient contents ou pas. Il aurait fallu ne parler aucune langue pour ne pas comprendre ce message clair, lancé à plusieurs reprises.

J'écris ces lignes, et si Dr Barrette les lit, il va sûrement dire que je lui fais une mauvaise presse, encore une fois. Comme semblent le faire «volontairement» la majorité des journalistes, qu'il a accusé au moins une dizaine de fois dans sa présentation d'introduire volontairement un biais négatif sur son projet de loi 20.

D'ailleurs, j'ai été impressionnée par le peu de dialogue et d'ouverture du Dr Barrette à recevoir les commentaires et questions des étudiants. Certains étudiants qui ont eu le courage de l'affronter au micro se sont fait répondre qu'ils s'étaient faits «brainwashés» par leurs patrons à l'hôpital. Même Dr Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé, reconnaît davantage la valeur des contributions des étudiants aux plus grandes questions de santé mondiale que notre cher ministre.

De toute façon, à quoi sert un dialogue, quand on se fait répéter que, peu importe ce que l'on dit, pense, écrit ou dénonce, le projet de loi va être adopté?

Dr Barrette a beaucoup parlé durant son passage de trois heures à l'Université. Il est vrai qu'il a partagé beaucoup d'informations - spécifiques et utiles pour un futur médecin - sur son projet de loi 20. Mais je reste franchement déçue qu'on ne semble adresser qu'une fraction du problème qu'est l'accès aux soins dans la province.

Si l'on veut vraiment un système à la hauteur de ce que mérite et dont est capable le Québec, il faut inclure tous les acteurs, incluant les médecins spécialistes et les patients - et là, peut-être, enfin, je verrai une lumière radieuse pour un Québec en santé au bout du long tunnel que sont les études en médecine.

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