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29/10/2016 10:18 EDT | Actualisé 31/10/2016 10:49 EDT

Le corps aime le mystère, les médecins moins

Un code bleu. Celui qui est crié dans les intercoms de l'hôpital, celui qui amène un branle-bas de combat sur les étages, celui qui fait faire un sprint aux équipes médicales... Un code bleu. Mon premier. Et je dois dire que c'est franchement impressionnant.

Je m'étais déjà dit que j'essaierais d'éviter les textes sur les clichés médicaux, et sur mes premiers pas à l'hôpital en tant que médecin en formation. Ça serait trop facile, du déjà-vu pour plusieurs, une honte à toute originalité.

Vendredi, j'ai changé d'avis. Un peu. Pas parce que j'ai été témoin d'une situation exceptionnellement touchante, pas parce que j'ai résolu un cas particulièrement rare, pas parce que j'ai fait une différence significative dans la vie de quelqu'un. Non, rien de tout ça. Mais un premier vrai code.

Un code bleu.

Celui qui est crié dans les intercoms de l'hôpital, celui qui amène un branle-bas de combat sur les étages, celui qui fait faire un sprint aux équipes médicales. Le style de code qu'on déclenche parce que le coeur de quelqu'un manque soudainement à l'appel, décide de prendre une pause ou choisit de nous jouer des petits tours.

Un code bleu. Mon premier. Et je dois dire que c'est franchement impressionnant.

Surtout quand il s'agit de «ton» patient.

Surtout quand il «code» dans ta face.

Alors que tu es en train de lui parler.

Alors que ton stéthoscope vient de quitter sa peau.

Et qu'il tombe tout doucement par terre, devant toi.

Inerte sur le plancher de l'hôpital.

Avec une jaquette verte qui habille bizarrement.

Ça te donne toute une secousse, ça te remet les pendules bien à l'heure. Et ça termine drôlement une semaine. Ça te rappelle aussi à quel point on a des professionnels de la santé très bien formés, qui performent dans les rôles qui leur sont attribués.

Une équipe de 10-15 personnes est apparue dans la chambre en l'espace de quelques secondes. Prête à sauver une vie. Dans un calme étonnant. C'est d'une efficacité impressionnante. On leur en doit beaucoup.

Mon rôle en tant qu'externe en médecine dans l'équipe traitante est encore très minime, mais on développe une relation privilégiée avec les patients. On leur parle pendant plus longtemps, on leur pose toutes sortes de questions, on réfléchit avec eux et on apprend d'eux. Ces patients deviennent les «tiens».

Et quand ils «codent» comme ça, on se met à se demander si on n'a pas manqué quelque chose, si on n'aurait pas pu intervenir plus tôt, de façon différente. Parfois oui, parfois non, on ne finit jamais vraiment par savoir. Le corps aime le mystère. Les médecins moins, par contre.

Pour «mon» patient, on a opté pour un transfert immédiat aux soins intensifs. Il y passera le weekend. Et je le reverrai lundi.

Cet automne, Stories for humanity tient la première grande discussion publique sur les enjeux du système de santé au Québec, participative, ouverte à tous les acteurs du milieu et au grand public. Suivez #SanteQcHealth et partagez votre histoire aujourd'hui !

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