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25/09/2018 11:39 EDT | Actualisé 25/09/2018 11:40 EDT

Élections au Québec et ALÉNA, une même échéance

Ces deux évènements n'ont en apparence rien à voir. Ils représentent cependant deux aspects de notre système politique, l'un rayonnant et spectaculaire, l'autre nettement plus occulte.

L'ALÉNA s'est imposé dans la campagne électorale principalement en raison du débat sur la gestion de l'offre.
La Presse canadienne/Patrick Doyle
L'ALÉNA s'est imposé dans la campagne électorale principalement en raison du débat sur la gestion de l'offre.

Le 1er octobre sera une date marquante, à cause bien sûr des élections aux Québec. Mais c'est aussi la date butoir imposée par les Américains pour que se concluent les négociations de l'ALÉNA avec le Canada. Ces deux évènements n'ont en apparence rien à voir. Ils représentent cependant deux aspects de notre système politique, l'un rayonnant et spectaculaire, l'autre nettement plus occulte.

Une campagne électorale se déroule en effet sous les feux des projecteurs et permet de traquer les politiciens à toute heure du jour, sans répit. Ces derniers participent à une joute où l'on marque les bons et les mauvais points, et notons que l'effet qu'une déclaration peut avoir sur les électeurs dépasse souvent celui de son contenu. Par contre, les accords de libre-échange se négocient les portes fermées, entre experts et sous l'influence de lobbyistes. Les conséquences en sont considérables: ces accords sont conçus, entre autres, pour rester inchangés malgré la tenue d'élections et des changements de gouvernement.

L'ALÉNA s'est imposé dans la campagne électorale principalement en raison du débat sur la gestion de l'offre. Avec une rare unanimité, les chefs se sont opposés à sa disparition, car les conséquences seraient terribles non seulement pour nos fermes familiales, qui résisteraient difficilement à la concurrence des grandes exploitations étatsuniennes, mais aussi pour la vie dans les régions, qui pourraient être victimes d'un exode dévastateur.

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Cependant, d'autres aspects du «nouvel» ALÉNA en cours de négociations ont peu fait l'objet de débats. Par exemple, le prolongement des droits de propriété intellectuelle pour les médicaments de marque qui pourrait faire hausser les coûts de la santé. Ou la hausse du seuil à partir duquel s'appliquent les droits de douane, ce qui permettrait d'acheter davantage de biens sans payer de taxes aux États-Unis, aux dépens de nos propres commerces. Ou l'élimination de l'exception culturelle, par la soumission des plateformes numériques aux lois du marché, ce qui empêcherait nos gouvernements de règlementer dans ce secteur afin de protéger notre culture.

Il ne fait pas de doute qu'un nouvel ALÉNA aurait des conséquences bien réelles sur la vie des Québécois. Pourquoi dans ce cas en parle-t-on si peu dans la campagne électorale?

C'est que bien sûr, les candidats aux élections carburent à la saveur du jour. Si un enjeu n'est pas perçu comme étant électoralement rentable, s'il n'est pas porté par une bonne rumeur médiatique, il demeurera dans l'ombre. Ce qui plait d'ailleurs aux négociateurs des ententes commerciales, qui n'aiment surtout pas qu'on se mêle de leurs oignons.

De plus, la question de la gestion de l'offre a bien montré à quel point ces deux facettes de notre système politique que sont les élections et les accords commerciaux peuvent être antagonistes. L'unanimité des chefs à ce sujet et la forte solidarité des agriculteurs qui y tiennent mordicus pourraient ne rien changer. C'est le gouvernement du Canada qui tire les ficelles. Et celui-ci est déchiré entre de nombreux intérêts. Devant les menaces de Trump de mettre fin à l'ALÉNA, il pourrait prendre de bien mauvaises décisions.

Il leur faut questionner le pouvoir du gouvernement du Canada d'intervenir dans l'économie québécoise sans nécessairement tenir compte de leur avis.

Vouloir vraiment protéger la gestion de l'offre, pour les politiciens québécois, a de lourdes conséquences. Il leur faut questionner le pouvoir du gouvernement du Canada d'intervenir dans l'économie québécoise sans nécessairement tenir compte de leur avis. Donc, remettre en cause le fédéralisme canadien, ce à quoi renoncent de prime abord le PLQ et la CAQ.

Il faut aussi critiquer de façon globale la logique même du libre-échange dont l'aboutissement est nécessairement une plus grande ouverture des marchés. Ce qui encourage fortement à éliminer des mesures comme la gestion de l'offre, ou d'autres qui permettent, par exemple, de protéger la culture. Trois des grands partis sur quatre offrent un net appui au libre-échange (QS est l'exception). Ils semblent toujours croire que les accords commerciaux peuvent répondre à d'autres intérêts qu'à ceux des entreprises transnationales, d'abord et avant tout.

Il est bien sûr difficile de prédire ce qui se produira le 1er octobre. Ni de savoir ce qui changera davantage notre paysage économique: un nouveau gouvernement ou un ALÉNA renouvelé et soumis aux vœux des hommes de Donald Trump? Dans les deux cas, il faut rester vigilant pour que ce soit l'intérêt collectif qui l'emporte, et non pas celui d'une minorité déjà outrageusement favorisée.

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