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20/10/2015 12:34 EDT | Actualisé 19/10/2016 05:12 EDT

Mission accomplie: Harper est battu

Les Québécois, confortablement réfugiés dans l'opposition depuis 20 ans, se sont finalement entendus sur une définition commune du fameux vote stratégique.

Les Canadiens ont stoppé, de brutale et convaincante façon, la lente et froide transformation de leur pays, en se débarrassant des conservateurs de Stephan Harper. Beaucoup plus que les observateurs l'avaient senti depuis peu et que les derniers sondages le confirmaient hier, les électeurs se sont donné un gouvernement majoritaire libéral. Une marée rouge prend le relai de la vague orange de 2011. Au moment d'écrire ces lignes (22h45 lundi soir), la force réelle de ce gouvernement demeurait inconnue, les résultats tardant à être communiqués. On sait cependant qu'avec plus de 180 élus, il comprendra près de sept fois plus d'élus québécois et six fois plus d'élus ontariens, avec à la clé trois fois plus d'élus dans les Maritimes et de grosses victoires dans les provinces de l'Ouest.

Justin Trudeau a balayé le Canada, à la manière de son père dans ses belles années. On peut conclure dès maintenant que le prochain gouvernement canadien sera représentatif des différentes régions qui le composent.

La victoire de Trudeau

Partant de loin et ne suscitant en août que très peu d'enthousiasme et pas beaucoup d'attentes, Justin Trudeau a gagné son pari à la suite d'une campagne disciplinée, ponctuée de moments audacieux. La Trudeaumanie 2.0 a fait le reste, surtout à compter de sa victoire au débat sur les affaires internationales et l'enthousiasme délirant de quelques 7 000 partisans réunis à Brampton le lendemain.

Le nouveau premier ministre, jouant de prudence et de finesse, a su habilement éviter le piège du niqab dans lequel Thomas Mulcair est si lourdement tombé. Percevant bien que la population en avait assez des rigueurs budgétaires, il a audacieusement proposé trois années de déficit budgétaire. Tom Mulcair, poursuivant sa lancée vers la droite dans l'espoir de se rallier les conservateurs déçus ou fatigués, a fait exactement le contraire.

Trudeau a réussi à convaincre suffisamment d'électeurs de la classe moyenne, notamment en Ontario, pour ravir à Stephen Harper le titre de champion de leurs intérêts, privant celui-ci de son argument électoral le plus fort. Opposant l'empathie, le dynamisme, la fierté contagieuse de son pays, la connivence avec la foule et la jeunesse à la froide lourdeur de Harper et au ton trop souvent paternaliste et cassant de Mulcair, il a réussi à incarner le changement souhaité par près des deux tiers de la population. Comme Harper, mais avec beaucoup plus de panache, il a mené la campagne que son entourage avait imaginée. Mulcair, monté trop haut trop tôt, n'a pas réussi à tenir une ligne directrice, réagissant, le plus souvent de façon agressive, aux différents pièges qu'on lui tendait ou aux événements imprévus.

Avec Duceppe au Québec, Justin Trudeau a, et de loin, mené la meilleure campagne; Mulcair la moins bonne; et Harper la plus pâle, souvent la plus sale. Trudeau n'a pas craint de partager sa campagne avec son équipe. Mulcair l'a cachée, une erreur grave face aux commentaires entendus depuis des années sur l'absence de profondeur des élus de 2011. Harper n'était tout simplement pas intéressé à se faire voir avec la sienne. Solitaire depuis 2006 et particulièrement depuis 2011, il l'est demeuré au cours des 78 derniers jours. Ce soir, il est isolé.

Le Québec participe au pouvoir

Les Québécois, confortablement réfugiés dans l'opposition depuis 20 ans, d'abord avec le Bloc et ensuite avec le NPD, se sont finalement entendus sur une définition commune du fameux vote stratégique, si bien qu'ils participent pleinement ce soir au pouvoir. Justin Trudeau, le mal-aimé des Québécois, aura réussi l'exploit de rallier à sa cause une majorité de francophones dans sa province d'origine. Cela mérite d'être souligné, même si on peut prétendre - et beaucoup ne s'en sont pas privés - qu'ils ont voulu battre Harper plutôt qu'adopter la plateforme libérale.

Le Bloc renaît de ses cendres, grâce à l'appui des comtés traditionnellement acquis à son grand frère, le PQ. Il s'agit d'un retour remarquable dans les circonstances, que l'on doit principalement à Gilles Duceppe, éprouvé une seconde fois d'affilée par un échec cruel. Ces choses arrivent en politique.

La bonne performance conservatrice devrait, quant à elle, permettre à sa dizaine d'élus québécois de se faire mieux entendre dans leur parti et d'influencer une course au leadership qui ne manquera pas d'être déclenchée bientôt.

Le NPD devra réapprendre à jouer le rôle marginal qui était le sien avant le miracle de 2011. On doit souhaiter que, laissant les compromis politiques auxquels il a tout sacrifié durant la campagne, il redevienne un véritable parti social-démocrate. Le pays a besoin d'une gauche pensante.

Enfin, la vague libérale de ce soir mettra très certainement fin à la carrière des deux grands vaincus. Ni monsieur Harper, ni monsieur Mulcair n'ont livré la marchandise. Steven Harper devait produire au strict minimum (et encore) un gouvernement conservateur. On attendait de monsieur Mulcair qu'il gagne cette élection, rien de moins. Le prix à payer pour une défaite est toujours élevé.

Le nouveau premier ministre a fait élire, un peu partout, les membres importants de son équipe. Au nombre des victoires, il faut souligner, au Québec, celles de Stéphane Dion, Mélanie Joly, Pablo Rodríguez, David Lametti, Marc Miller et Anthony Housefather.

Justin Trudeau n'aura guère le temps de festoyer. Il devra, dès demain matin, s'atteler à la tâche de former son gouvernement. Encore là, beaucoup d'élus mais peu d'appelés. J'y vois notamment les Québécois suivants: Stéphane Dion, David Lametti, Pablo Rodríguez et, bien sûr, Mélanie Joly.

On en reparlera.

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