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05/05/2014 11:25 EDT | Actualisé 05/07/2014 05:12 EDT

La route, c'est pas compliqué à partager

Le vélo n'est plus un transport de loisir, il est un mode de transport à part entière et il faut l'intégrer dans les nouvelles réglementations.

Il y a 20 ans, j'ai été renversée par un vélo venant en sens inverse du sens de la circulation. J'avais 40 ans, je me suis relevée, j'ai sermoné le cycliste et c'en est resté là. J'aurais eu 70 ans... je ne suis pas certaine de l'état dans lequel je me serais retrouvée. Je n'avais pas regardé dans les deux sens (sens unique, maintenant je regarde) mais, surtout, le cycliste n'a jamais signalé sa présence alors qu'il me voyait (j'étais au coin de De Maisonneuve) et je ne l'ai jamais entendu venir : un vélo est un objet lourd et rapide qui ne fait aucun bruit et, selon moi, c'est un problème largement sous-estimé dans la réflexion pour le partage de l'espace public entre les piétons et les cyclistes.

J'ai été marquée par cette expérience. Au fil de mes déplacements en vélo, j'ai formulé quelques principes qui pourraient guider la rédaction d'un nouveau Code de la sécurité routière.

1. Reconnaître le degré variable de vulnérabilité de chacun: le plus vulnérable est le piéton, vient ensuite le cycliste, puis finalement l'automobiliste

- Le piéton peut être blessé par les autres; l'automobiliste est le plus sécurisé par son véhicule.

- Dans toute zone partagée, la sécurité du plus vulnérable doit dicter la conduite de tous les autres.

- Le statut de piéton inclut toute la population, en incluant les plus vulnérables (enfants en bas âge, personnes à mobilité réduite et personnes âgées).

- Ne pas frôler lorsqu'on s'approche d'un piéton ou un cycliste, respecter la zone d'intégrité de chacun: un changement de trajet peut subvenir rapidement, de façon imprévisible.

2. Chacun doit reconnaître ses responsabilités dans un espace partagé

- L'automobile peut être un engin mortel.

- Tout le monde doit s'assurer d'être visible dès la tombée du jour. Les vêtements clairs (piétons, cyclistes) sont plus efficaces pour augmenter la visibilité.

- Les vélos partagent souvent l'espace des piétons : ne pas frôler et émettre un signal sonore quand un vélo double un piéton par l'arrière permet à ce dernier d'assurer sa propre sécurité.

- Le trottoir est le seul espace sécuritaire pour les piétons : sur le trottoir, adopter la vitesse du piéton.

- La vitesse est l'ennemi de la sécurité pour tous, particulièrement pour les piétons et cyclistes : ralentir dans une zone partagée.

3. La rue, espace public, est aussi un espace de communication

- La rue appartient à tout le monde.

- La vitesse réduit la possibilité de communiquer.

- L'automobile est une bulle : il en faut sortir pour signaler ses intentions. Le contact visuel est difficile à établir à travers le reflet d'un pare-brise.

- Toute manoeuvre signalée (virage...) profite à tout le monde, piéton, cycliste ou automobiliste.

- L'écoute de musique ou conversation virtuelle ne doit empêcher personne d'être présent à la circulation.

- La compréhension, la bienveillance et l'humour dans les échanges sont toujours pertinents : un sourire change la signification d'un événement.

4. Sortir du syndrome de l'oeil magique

- Si je le vois, il n'y a pas de danger pour l'autre. Faux : je ne contrôle pas sa trajectoire, ses intentions.

- Si on ne me voit pas, il n'y a aucun danger pour moi. Faux : être visible le soir (piétons et cyclistes) aide tout le monde à prévenir les accidents.

Je suis pour une reformulation du Code de la route. Mais j'estime que les cyclistes, particulièrement, doivent être responsabilisés dans le même temps où on adapte le code à la réalité d'un transport en vélo. Le vélo n'est plus un transport de loisir, il est un mode de transport à part entière et il faut l'intégrer dans les nouvelles réglementations. Il faut aussi que les conducteurs de véhicules à quatre roues descendent de leur piédestal : l'espace ne leur appartient pas et on ne doit pas tout sacrifier pour la sacro-sainte vitesse de leurs déplacements.

Pour finir, je vous envoie ma «pyramide de la vulnérabilité». À mon avis, elle résume bien l'esprit qui devrait guider la formulation d'un nouveau code routier.

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