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22/02/2013 01:15 EST | Actualisé 30/07/2014 11:40 EDT

Commission Charbonneau: bilinguisme, «patate» et complaisance!

PC

Et patati...et patata...

« Allo mon chum », « ouais mon chum », « ...mon chum ».

Et puis :

« Sorry Madame la Présidente, I didn't understand the question », en d'autres termes « Madame la Présidente, you are not my chum ».

Il suffit au témoin récalcitrant d'exprimer clairement qu'il ne comprend pas la langue, ou les nuances de la langue de son interrogateur, pour soulever un doute raisonnable qui lui permettrait éventuellement d'être acquitté d'une accusation de parjure et d'outrage au tribunal. Ajoutons à cela le fait qu'on ait retardé cette enquête, ce qui a pour effet direct de justifier pleinement les trous de mémoire chez une personne âgée au surplus, et le tour est joué devant des millions de téléspectateurs.

Devant des millions de spectateurs, ces « nouveaux arrivants » qui sont au Québec depuis des décennies, nous rappellent que leur langue de prédilection n'est pas le français ni l'anglais peut-être, mais que si l'interrogatoire avait été mené au long dans la langue de Shakespeare, ils n'auraient jamais soulevé leur ignorance de la langue de Molière pour éviter de répondre directement aux questions des procureurs, noblesse oblige! On peut facilement ignorer l'une, celle des vaincus, mais pas celle des vainqueurs : aucun retranchement possible! Au Canada, les droits linguistiques étant coulés dans notre Constitution, on peut donc faire du saute-mouton de l'anglais au français, et vice versa, pour défendre d'autres droits, nommément ceux d'un accusé potentiel.

Pendant ce temps, ces mêmes témoins-clés veulent nous faire croire que Montréal était sous le contrôle du parrain Surprenant. Doit-on comprendre que le crime organisé, après nous avoir abondamment spoliés pendant des décennies, se permet maintenant de nous tourner en dérision pendant que le service de renseignement du SPVM s'entre-déchire encore une fois sur la place publique? La turpitude policière et une interprétation large et libérale des droits garantis par les Chartes viendraient-ils à bout de la loi et l'ordre, d'où cette impression qu'au Québec « le méchant gagne tout le temps »?

En somme « mon chum », des témoins-clés visés par la Commission, en relation avec le crime organisé, jouent la carte de la dualité linguistique pour éviter de répondre aux questions claires qui leur sont posées par les procureurs, feignant de ne pas comprendre, ce qui pourrait leur faire bénéficier éventuellement, nous le répétons et nous insistons, d'un doute raisonnable en cas d'accusation de parjure et d'outrage au tribunal alors que dans les faits, à l'occasion de conversations antérieures avec des Québécois « pures laines », ces mêmes individus semblaient parfaitement maîtriser la langue de Molière allant même jusqu'à utiliser à satiété des expressions familières confirmant un réel confort, voire une aise linguistique. Les commissaires seront-ils dupes de cette manipulation?

Idéalement, il aurait fallu des procureurs et des commissaires parfaitement bilingues et que la totalité des interrogatoires des témoins-clés, entendons ceux d'origine sicilienne, soit menée dans la langue de Shakespeare, d'autant plus qu'il est de notoriété commune, voire de connaissance d'office, que la communauté sicilienne a majoritairement choisi la langue anglaise comme moyen d'expression. À cet égard, rien de neuf! On aurait ainsi évité que la dualité linguistique soit évoquée, sur fondement de crise constitutionnelle, pour ne pas répondre clairement aux questions des interrogateurs. La Commission était donc piégée dès lors qu'on ne prenait pas en compte la réalité sociolinguistique de la communauté sicilienne de Montréal pour le choix des commissaires et des procureurs.

Mais il y a encore plus. La commission se livre-t-elle à des contre-interrogatoires de complaisance, car rarement les procureurs élèvent le ton ou cherchent à câbler un témoin dans ses derniers retranchements? Les interrogatoires serrés sont-ils chose du passé? Il y a des limites aux bonnes manières lorsqu'on interroge des individus identifiés par plusieurs témoins comme des membres du crime organisé. Porter des gants blancs peut devenir très salissant! Serait-ce par peur, négligence ou incompétence qu'on évite de lever le ton ou d'insister pour des précisions ou encore, de demander pourquoi on n'a pas porté plainte à la police contre le parrain Surprenant et ses acolytes délateurs, passés du côté de la justice? Les témoignages cousus de fil blanc sont devenus le textile de la commission.

Toutes les explications semblent acceptées. On évite donc la provocation avec ces témoins-clés, dans le but inavoué peut-être, de leur faire perdre la face du témoin devant des millions de téléspectateurs. On reste poli. Pourtant, la provocation est souvent la seule façon d'obtenir la vérité de ces individus : « doucereux » d'abord, l'interrogateur élève graduellement ou soudainement le ton pour les traiter, de filous, de menteurs ou de crapules, l'objectif étant de leur faire perdre patience. Il ne faut pas perdre de vue que ces individus, qui ont illégalement détourné des fonds publics pendant des décennies, n'ont rien de sympathique et disposent d'un agenda qui est une menace en soi. Il faudrait donc changer d'approche et travailler les émotions. Par exemple : « Si Surprenant est le grand patron, donc vous, vous êtes son serviteur, son porteur de valise. En somme, rien! Pourquoi ne pas l'avoir dénoncé aux forces de l'ordre? Pourquoi vous accuse-t-il publiquement? Donc vous êtes son complice, en plus de nous mentir en plein visage, devant tout le Québec!» Provocation? Certes! Mais c'est aussi une démonstration par l'absurde, fort prisée en math.!

Sinon, sombrons-nous allégrement dans l'absurde du « political correctness » même avec ceux qui n'en ont rien à foutre de la loi?

Pour tout dire, je n'ai vu aucun contre-interrogatoire serré depuis le début des audiences publiques de la commission. Ses jeunes procureurs font même preuve d'une complaisance indécente envers des filous d'une grande expérience. Les interrogatoires serrés et les démonstrations par l'absurde, comme je viens d'en donner un exemple, avec un tant soit peu de provocation et d'injures dosés à volume surélevé, sont-ils désormais incompatibles avec le « political correctness judiciaire » donc chose du passé?

Ces témoins auraient dû craindre les interrogatoires serrés de procureurs d'expérience devant des millions de téléspectateurs. Cela aurait pu les inciter à se mettre à table.

Des contre-interrogatoires plus agressifs et mieux ciblés auraient pu provoquer des réactions émotives même chez les plus récalcitrants, question de fierté! C'est ainsi qu'on brise la glace, disons le silence, disons l'omerta. « Psychologie élémentaire, Watson ». Le témoin transfert sur son interrogateur la tension et la peur suscitées par des tiers qui sont pour lui, une menace réelle et bien connue. L'émotion fait le travail de recherche de la vérité. Madame la Présidente, pas besoin de s'appeler Freud ou Jung.

La vérité éclate souvent de l'émotion, en français comme en anglais.

Finalement, ces témoins-clés exploitent magistralement les trous de mémoire. Est-ce une conséquence normale d'avoir trop entendu avant de la déclencher cette commission? Se poser la question, c'est y répondre. Âgés et parfois malade, sous tension et sous serment, le témoin peut donc légitimement ne plus se souvenir ou « à sa connaissance », « au meilleur de son souvenir », puis plus rien. Tout ce matériel est tellement vieux et suranné, périmé, pourraient-ils alléguer raisonnablement. C'est donc dire que le temps tue la preuve, au même titre que les déchiqueteuses.

Mais alors à qui la faute d'avoir trop attendu, au point où la mission semble compromise? Où étaient les forces de l'ordre et du renseignement pendant toutes ces années? Un crime de col blanc reste un crime, n'est-ce pas?

Soyons positifs et essayons d'envisager l'avenir sereinement. La solution pour lutter contre le fléau de l'abus des biens sociaux, comme l'expriment si bien nos cousins français, n'est-il pas rendre permanente cette commission ou un organisme analogue, ou encore d'importer au Québec l'instruction judiciaire à l'européenne? L'avenir le dira. Mais à tous égards, il faut réagir rapidement et colmater l'immense vide juridique de l'abus des biens sociaux qui semble avoir contaminé nos institutions.

EN IMAGES:

La commission Charbonneau en bref