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30/11/2015 10:26 EST | Actualisé 30/11/2016 05:12 EST

Vivre dignement et mourir dignement

Ils sont nombreux ces vieux qui se suicident en catimini. Parce que la souffrance n'a de cesse sans pourtant être en fin de vie. Mourir dans la dignité quand on ne peut plus vivre dans la dignité!

La loi sur les «soins de fin de vie et l'aide médicale à mourir» sera en fonction au Québec le 10 décembre 2015, à moins d'une injonction. Mourir dignement clame-t-on.

À la lecture de cette loi, on décèle vite que les «soins palliatifs» soulagent la souffrance de la personne durant une fin de vie à court ou moyen terme. Les soins sont faciles d'accès si les établissements privés et les hôpitaux s'organisent pour offrir cet heureux service d'accompagnement.

Tandis que «l'aide médicale à mourir» est tatillonne et complexe. Elle ne s'adresse qu'aux personnes très souffrantes en fin de vie, qui ont la capacité de remplir un formulaire et de le signer. Formulaire qui passera entre les mains de plusieurs experts avant d'être accepté, puis de trouver un médecin qui acceptera de donner les trois injections létales. Et ce médecin audacieux entrera à son tour dans les dédales de la bureaucratie, comme le Collège des médecins, afin que la supervision soit complète. Aucune aide à mourir n'est disponible si le patient ne peut remplir et signer le document et si la souffrance affecte son jugement.

Sue Fernandez n'aurait pas été admissible. Elle est allée mourir dignement en Suisse. Le cas de la fillette de Robert Latimer, très handicapée et souffrante, qui n'était pas en fin de vie, n'aurait pas pu satisfaire la bureaucratie à moins que le père d'une mineure ne soit accepté comme mandataire. Aurait-il pu éviter la prison pour meurtre ?

À la télévision, trois reportages, trois adultes dans la force de l'âge et atteints de la sclérose en plaques, une maladie dégénérative, ont choisi de passer à l'acte avant qu'ils ne puissent plus le faire. Le premier s'est suicidé à l'aide d'un revolver. La deuxième, une madame Sauvé, a choisi de joindre «Dignitas» en Suisse pour y mourir en douceur. Elle a pris l'avion en fauteuil roulant dans la plus grande joie avec la perspective de ne plus souffrir. Et la troisième rêve de faire comme la précédente, mais n'en a pas les moyens financiers. 25 000$. Elle supporte mal la douleur et voit son corps dégénérer. Les petits gestes quotidiens deviennent une montagne à gravir.

Ils sont nombreux dans cette situation qui ne répondent pas aux critères de la nouvelle loi. Ils sont nombreux ces vieux qui se suicident en catimini. Parce que la souffrance n'a de cesse sans pourtant être en fin de vie. Mourir dans la dignité quand on ne peut plus vivre dans la dignité !

Dignitas en Suisse n'injecte pas la potion létale. Ils ne font qu'assister. Le patient doit boire lui-même le liquide ou se donner l'injection si nécessaire.

Trois à cinq minutes, et le patient s'endort doucement et la mort s'ensuit. Il semble qu'ils soient nombreux à se rendre en Suisse. L'accompagnement y est élaboré. Pas d'euthanasie mais le suicide assisté sous des conditions strictes.

Je me suis souvenu de l'introduction de l'avortement. La bureaucratie avait conçu un système d'admission aussi complexe que celui dont il est question ci-haut. De plus, les médecins étant majoritairement catholiques, ils refusaient de procéder à l'avortement pour des questions religieuses ou même médicales. Laissant les femmes à elles-mêmes! Continuant à se faire avorter en catimini! Il a fallu un mouvement féministe militant et le Dr Morgentaler pour ouvrir des cliniques, même dans le tollé, pour changer la donne.

Un grand pan de l'aide médicale est escamoté dans la loi. Je vois ici déjà les compromis que les progressistes de la commission ont du faire pour réunir un tant soit peu de supports. Il faudra ouvrir à nouveau cette loi pour y inclure la souffrance humaine et tous les suicides en catimini qui s'en suivent. Le suicide nécessite toujours un accompagnement, car il est lui-même une fin de vie. Elle ne change pas grand-chose, la loi.

Une personne autonome peut se suicider sans demander la permission et sans aide. La personne handicapée et à la douleur intense doit souffrir, elle. Pourquoi punir cette dernière?

Je me souviens, il y a dix-huit mois, à 73 ans, j'ai souffert le martyre au bras pendant trois mois. On ne savait pas l'origine de ce mal. Et je me souviens de m'être dit : «si on ne trouve pas de médicaments appropriés et que je doive souffrir comme cela jusqu'à la fin de mes jours, je me suiciderai bien avant.» La longévité en ces temps peut être longue. Heureusement, on a trouvé le bobo et je n'ai plus de souffrance grâce à la médication. Mais je comprends ceux qui souffrent et qui veulent mettre un terme à la douleur intense qui n'en finit jamais, malgré le fait que leur handicap les empêche de mettre fin à leurs jours. Pourquoi les punir après une vie productive? Quand on ne peut plus vivre dignement pourquoi ne pas mourir dignement?

J'aimerais applaudir cette loi comme tant d'autres. Encore faut-il la lire et en comprendre ses limites. Les juges de différentes Cour au Canada peuvent en décider autrement et plus restrictivement. Les lois se préoccupent si peu de la souffrance humaine. Incroyable qu'il faille encore s'exiler pour mourir dignement.

Vous êtes en difficulté, contactez le Centre de prévention du suicide au 1 866 277 3553

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