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27/02/2016 09:13 EST | Actualisé 27/02/2017 05:12 EST

Je me souviens surtout de religieux inspirants

Ce fut là, dans un coin sombre, qu'il se pressa contre moi pour tenter de m'embrasser et me répéter qu'il m'aimait. J'étais aux abois. Quel souvenir sordide ! Je ne me souviens que de sa barbe piquante qui me sablait la peau du visage.

On entend tous les jours des diatribes désobligeantes à l'égard des religieux. Il y eut des dictateurs, des pervers, des pédophiles. Il y eut aussi moult religieux inspirants, de grands mentors, des héros. Que savons-nous du chanoine Groulx, celui qui, au début du siècle, a commencé à écrire et enseigner notre histoire vieille de 300 ans ? Alors qu'il n'existait aucun livre. Il fut sans conteste le pionnier de nos historiens ! Peu importe ses prises de position, il fut un grand, un héros. Ce n'est pas pour rien qu'on lui a dédié une station de métro et un cégep.

Que savons-nous du frère Marie-Victorin, qui a fait connaître et aimer notre flore ? Le plus grand botaniste entre tous. Que savons-nous du dominicain père Georges-Henri Lévesque ? Lui fut le pionnier des études en sciences sociales à l'Université Laval. Le mouton noir aux yeux de Duplessis et des autorités religieuses, car ses élèves développaient un œil trop critique sur la société. De la graine à changement. Que savons-nous du père Legault ? Cet homme inspirant qui fut le fondateur des Compagnons de Saint-Laurent, la pépinière de nos grands comédiens de théâtre.

La liste est longue de religieux précurseurs qui, par leur passion, ont fait éclore tant de talents chez nous. Dans les classes et ailleurs. C'était avant 1960. Curieusement, ces êtres inspirants que je viens de nommer sont tous des religieux. Et je survole les noms de nombreuses religieuses comme Jeanne Mance. Sont-ils et seront-ils voués à l'oubli ? Sans eux, serions-nous ce que nous sommes ? Je suis fier d'appartenir à la même nation qu'eux. Je suis de la génération de Pater Noster et de Credo, comme l'a écrit Claude Gauthier.

J'ai entendu tellement de beaux témoignages de personnalités d'aujourd'hui envers ces religieux et ces prêtres. Ils proclament que sans ces mentors qui leur ont fait découvrir tout un échantillon de leurs talents en leur transmettant la passion qui les animait, ils n'auraient jamais atteint une telle carrière. Je me souviens de ce jésuite, Richard Arès, qui, pour sa communauté jésuite à la maison Bellarmin, s'occupait des servants de messe dont j'étais.

Pour nous attirer, il y avait une bibliothèque arborant tous les livres de Tintin, mais aussi des livres d'aventure et d'autres plus sérieux. J'allais y lire même l'après-midi. Il m'a transmis ce goût de la lecture. Je fus un boulimique de la lecture toute ma tendre enfance, grâce à lui. Lui, était un grand philosophe. Je l'ignorais à l'époque. Il a été un des premiers à écrire plusieurs livres sur le nationalisme québécois. Directeur de l'importante revue Relations. Il existe aujourd'hui un prix littéraire portant son nom pour les œuvres qui éclairent sur les grands enjeux de la société. Lui aussi a joué un rôle dans ma vie. C'était pourtant un religieux. L'un des mes héros.

Au Québec, il y avait 50 000 religieux à cette période faste de l'Église. Toute une armada, pour ne pas dire une armée. C'était beaucoup de monde pour une population qui oscillait entre 4 et 5 millions d'habitants. Dire qu'il reste moins de 5 000 religieux. Je me souviens dans mon enfance comment tous les parents souhaitaient offrir un prêtre, un religieux ou une religieuse à Dieu. On vouait à ces pasteurs un respect et même une admiration. Ces fils ou filles étaient les vedettes de la famille, de la paroisse. Les représentants bénis des desseins de Dieu sur terre. Leurs diktats ne pouvaient être que paroles d'Évangile et leurs avis que sagesse divine. Leurs vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté les ont grandi aux yeux des fidèles.

La majorité d'entre eux a probablement respecté avec ferveur ces vœux exigeants, mais un certain nombre a succombé à la tentation et a caché de nombreux vices, dont la pédophilie. Ces élus «délinquants» se sont introduits dans cette vie de prière pour d'obscures et fragiles raisons. Les «choisis de Dieu», ceux à la vraie vocation mystique, côtoyaient ceux qui ont choisi de seulement faire plaisir à leurs parents. Les peines d'amour ont élu plusieurs vicaires et nonnes. Tout comme le pouvoir et la notoriété qui ont éveillé tant de pseudo vocations. Plusieurs évêques, curés et religieux ont eu une descendance.

C'était aussi une façon élégante de quitter un foyer familial trop oppressant ou pour enfouir des problèmes de personnalité. Des motivations troubles se terraient incognito au fond d'eux, nourrissant dès le début une vocation plutôt mince ou obscure. Ils furent par la suite les acteurs de plusieurs dérapages déshonorants dont l'écho a retenti jusqu'à ces dernières années. Et encore aujourd'hui ! Dont la pédophilie. Ils étaient relativement peu nombreux en regard du nombre imposant de 50 000 religieux à cette époque, il y avait la loi du nombre.

Ma tendre enfance en était une promise à une vocation religieuse qui s'est évaporée avec l'apparition de ma libido et mon attirance pour la compagnie féminine vers l'âge de douze ou treize ans. Je me souviens que ma mère me rappelait que son âme serait sauvée si je devenais prêtre. Quel beau cadeau à lui offrir, mais ce n'était pas là ma motivation profonde. Il y a une vingtaine d'années à peine, elle m'apprit que j'avais choisi cette orientation à la suite des homélies du dimanche d'un certain religieux. Il faisait toujours référence à ses nombreux voyages. Fasciné par ses récits, j'en avais déduit que le sacerdoce me mènerait tout autour de la planète. Dois-je comprendre qu'à un si jeune âge, mes prédispositions aux voyages et aux contacts des cultures puisaient déjà dans mes gènes cette vocation laïque de globe-trotter et de marin de plaisance ?

Un frère franciscain ou dominicain, informé de ma vocation naissante, proposa à mes parents de devenir mon directeur spirituel et de faire grandir ma précieuse vocation. Tous les samedis matins, je me retrouvais au parloir de la maison des Franciscains ou Dominicains, boulevard Dorchester, si ma mémoire m'est fidèle. Et là, il m'expliquait verbalement dans tous les détails l'art de la masturbation. Afin que je sache, pour mieux m'en éloigner, disait-il. Quelle pédagogie ! Il était très éloquent.

Un jour, il m'invita à une visite de la crypte du père Frédéric, à Trois-Rivières. Ce fut là, dans un coin sombre, qu'il se pressa contre moi pour tenter de m'embrasser et me répéter qu'il m'aimait. J'étais aux abois. Quel souvenir sordide ! Je ne me souviens que de sa barbe piquante qui me sablait la peau du visage. D'autres visiteurs s'approchant, il mit fin à ses élans. Jamais revu. Je me suis souvent demandé quelle sorte de prêtre je serais devenu, façonné par ce mentor pervers et vicieux ! Ce pauvre frère Adrien, a-t-il fait des victimes ? Ouf ! Moi, je l'ai échappé belle !

Outre cette ordure d'Adrien, je me souviens surtout de tous les autres religieux si inspirants pour ma vie et pour celle de tant d'autres.

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