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04/05/2017 09:47 EDT | Actualisé 04/05/2017 12:02 EDT

Les vieux, un sujet toujours tabou!

Jouer à l'autruche ne règle aucun problème sinon le fait perdurer. Comment nier que dans quelques années à peine les vieux vont composer la majorité de la population.

Il y a dix ans, oui, j'ai bien écrit dix ans, Nathalie Collard, avait publié un article dans La Presse qui abordait déjà ce sujet sous le titre Les has-been. Par hasard, en feuilletant mes archives dix ans plus tard, je fus surpris encore de son actualité et sa pertinence. En cette époque où tout change chaque jour, il est incongru de lire un texte qui nous démontre en fait que rien n'a changé en ce qui concerne les ainés et la vieillesse durant cette décennie. On perçoit les vieux comme on les percevait en 2007.

«L'indifférence médiatique, écrivait-elle, sur les conditions de vie des ainés n'a rien de bien étonnant. La vieillesse et ses symptômes n'ont jamais été un sujet sexy... La plupart du temps, quand une personne âgée s'exprime, on détourne le regard, on fuit. La vieillesse est le plus persistant des tabous.» Et ça persiste encore.

Jouer à l'autruche ne règle aucun problème sinon le fait perdurer. Comment nier que dans quelques années à peine les vieux vont composer la majorité de la population.

J'ai l'impression qu'on se cache la tête dans le sable pour ne pas voir ce problème. Ce qui n'est pas de bon augure pour nos gouvernants et pour la société en entier. Jouer à l'autruche ne règle aucun problème sinon le fait perdurer. Comment nier que dans quelques années à peine les vieux vont composer la majorité de la population.

Je partage le point de vue d'un éditorialiste allemand Frank Shirrmaker, dans un livre titré Le Mathusalem, qui affirmait que si nous continuons à nier cette réalité et à valoriser la jeunesse, cela n'augure rien de bon. Il y a dix ans, il mentionnait l'expression «gérontophobes», pour qualifier une attitude qui nous mène à une guerre des générations qui n'annonce rien de bon pour l'avenir de nos sociétés.

Pour s'en convaincre, il suffit encore aujourd'hui de regarder autour de nous. Les vieux doivent être beaux, riches et en santé pour être acceptés. Comme les beaux messieurs qui jouent au golf.

Et que dire des belles dames à l'abondante chevelure blanche dans les magazines féminins qui n'ont pas grand-chose à voir avec la perte d'autonomie, de mémoire ou de dents.

En consultant les archives des journaux de l'époque, déjà les médias révélaient à maintes reprises les mauvaises conditions de vie des personnes âgées en centre d'accueil: nombre de bains insuffisants, repas inconsistant, contention physique, violence psychologique et maltraitance. C'était sans compter les «aidants naturels» à bout de souffle et les personnes âgées qui souhaiteraient finir leurs jours chez eux, si seulement on pouvait leur prodiguer des soins à domiciles. On en parlait déjà il y a une décennie. Tout est toujours pareil.

Il y a douze ans, en 2005, le ministre de la Santé de l'époque, Philippe Couillard présentait un plan d'action destiné aux personnes âgées. Deux ans plus tard, il n'y avait pas encore eu de révolution. Que dire de ce plan, douze ans plus tard, alors qu'il est premier ministre. Le ministre actuel affirme qu'il faudrait un rattrapage de 30 millions aujourd'hui. Pour atteindre seulement la qualité ontarienne! Et puis après! Une petite gêne serait de mise alors qu'il saupoudre les millions à droite et à gauche à la vue des élections.

Madame Collard soulignait ce qui suit dans son billet de 2007: «La vérité c'est que le problème des ainés (ce mot qu'on emploie pour ne pas dire vieux) a moins à voir avec le nombre de couches et de bains distribués dans un CHSLD qu'avec le respect qu'on leur témoigne. C'est le peu de valeur que nous accordons à cette vie en grande partie vécue, comme si la détérioration de l'état physique d'un individu anéantissait la richesse de son expérience. Hors du marché du travail, de la productivité, point de salut.» Encore actuel!

Une consultation publique menée par la ministre d'alors Marguerite Blais soulevait des questions plus profondes auxquels on devrait répondre, mais sans le faire: «Comment intégrer l'expérience de vie dans nos sociétés? Comment favoriser la cohabitation des générations? Comment se débarrasser de cette fausse certitude qui veut que l'on ait de la valeur seulement quand on occupe un emploi rémunéré?» Quoi de neuf sous le soleil? Où en est cette cohabitation des générations? Où en est cette valeur quand on occupe seulement un emploi rémunéré?

Relisons dans nos archives «Si nos sociétés éprouvent tant de difficulté à parler de la vieillesse, c'est qu'elles la perçoivent toujours d'un point de vue de jeune comme s'il s'agissait d'une anomalie. Il serait grand temps d'en parler autrement.» L'opinion des vieux est encore rarement pertinente et elle est surtout qualifiée de folklorique. Elle est même un handicap. On est même gêné de demander une assistance de peur de les déranger. Nous ne faisons pas partie de leur inclusion.

Ces propos, qui datent de dix ans, auraient pu être écrits ce matin. Il permet de constater que peu a été fait durant cette période. La perception de la vieillesse est toujours la même, faussée. 80% des vieux sont en forme et autonome. Loin de cette décrépitude dont on les affuble. Seulement 4% ne sont plus autonomes et nécessitent de grands soins. Cette minorité mériterait des soins plus respectueux. Dire que presque rien n'a été amélioré depuis dix ans.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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