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13/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 13/03/2018 12:13 EDT

Dorimène et Alphonse Desjardins doivent se retourner dans leurs tombes

Voilà que la direction de Desjardins souhaite maintenant fermer ces guichets automatiques pour des raisons de rentabilité.

Getty Images/iStockphoto

Après avoir fermé de nombreuses succursales dans les régions du Québec, les Caisses populaires Desjardins les ont remplacées par des guichets automatiques pour offrir un minimum de services. Mais voilà que la direction de Desjardins souhaite maintenant fermer ces guichets automatiques pour des raisons de rentabilité. La population des villages éloignés sera dorénavant privée de tous les services bancaires. Pas moyen de déposer ni de retirer des dollars ou autres transactions à moins de parcourir de grandes distances parfois plus d'une centaine de kilomètres. Les protestations ont commencé à s'élever.

Ce sont Dorimène et Alphonse Desjardins qui doivent se retourner dans leurs tombes. Eux qui ont fondé la première Caisse Populaire à Lévis en 1900 en présence de 130 personnes. Les banques, toutes anglophones, refusaient de prêter de l'argent aux Canadiens français à moins d'un taux usuraire. Et encore moins dans les régions éloignées.

Les premières transactions de dépôts et de retraits débutèrent dans la cuisine de Dorimène, la bénévole douée pour la comptabilité. Pendant que son Alphonse apportait sa participation en travaillant comme sténographe francophone au Parlement d'Ottawa pendant les sessions parlementaires.

Pendent ses temps libres, il signait les documents officiels et sillonnait les paroisses pour ouvrir d'autres succursales, bien souvent dans les sous-sols d'églises. Il y préconisait la mise en œuvre des caisses d'épargne scolaire en lançant l'épargne à un sou. Je m'en souviens.

Il étudia le mouvement coopératif effervescent en Angleterre et en Allemagne. Il s'en inspira pour créer ce qui deviendra le plus grand mouvement coopératif au monde. Stratégiquement et géographiquement, il voulait développer son mouvement par la proximité des Caisses populaires sur le territoire des paroisses et des quartiers.

Les prêtres, les journalistes et les gens influents donnèrent un élan et une crédibilité à ces coopératives.

Chaque caisse avait un conseil d'administration de gens qui connaissaient bien le milieu et les gens. Ce qui facilitait les prêts. En somme, il entreprit à faire ce que les banques ne faisaient pas. À tout le moins autrement. Les prêtres, les journalistes et les gens influents donnèrent un élan et une crédibilité à ces coopératives.

Il voyait grand pour les Caisses populaires. Il établit une Centrale à Lévis. Quand il décéda, il avait ouvert 136 Caisses au Québec, 19 en Ontario et 6 aux États-Unis. Son œuvre se poursuivit et les Caisses populaires devinrent de grands établissements dans les régions et les quartiers. Et surtout des moteurs économiques dans leurs multiples territoires. Les Caisses populaires furent longtemps snobées par le milieu financier et bancaire. Sous plusieurs présidents, le Mouvement Desjardins prit son envol en respectant toujours ce schéma dessiné par le fondateur.

Monsieur Claude Béland qui fut président pendant 23 ans jusqu'en l'an 2000 fut le premier à critiquer la présidente qui l'a suivi, prétextant qu'elle s'occupait de la performance au détriment du service aux membres et aux régions. Elle oubliait l'objectif du mouvement coopératif qui préconise l'économie sociale. Il soulignait que son salaire était de 20 fois le plus petit salaire de ses salariés en comparaison du 4 millions $ de Mme Leroux. À l'image des salaires des hauts dirigeants des banques.

Celui qui a succédé à Mme Monique Leroux soit Guy Cormier, avec un salaire de 2 millions $, annonçait, lors de son investiture, qu'il voulait revenir à la base et à l'essence du Mouvement Desjardins soit à une plus grande proximité avec les régions.

Pourtant, c'est sous le mandat de celui-ci que la fermeture des succursales et la disparition des guichets automatiques surviennent. Il faut 6000 transactions pour justifier un guichet alors que la moyenne est de 3000 transactions, dit-on. Malgré que les citoyens des régions lèvent les boucliers en offrant de payer le guichet, évalué à 75 000 $, et de fournir gratuitement le local. Un compromis rejeté.

Les dirigeants de la Coop Desjardins proclament maintenant que le service local et le guichet automatique sont en voie de disparition faisant place au service en ligne. Une initiative fort loin du concept de la proximité de Alphonse Desjardins. Dorénavant, les services se donneront au bout de son clavier, tactile en surplus. Toutes les banques emboiteront le pas dans l'ère du numérique comme le Mouvement Desjardins. Ce dernier centralisera ses opérations dans le sillon de toutes les banques, et ses clients seront aussi près de Desjardins que de la RBC, la CIBC et la BN. Etc.

Au village la Petite Nation, on a fermé le guichet automatique trois jours avant la tenue du Marché de Noël. Là où toutes les transactions avec les producteurs et artisans locaux venus vendre leurs produits s'accomplissaient en argent comptant. Alphonse doit frétiller dans sa tombe.

À l'exemple, Ham-nord, Kamouraska, Saint-André, St-Denis-de-la-bouteillerie, Sainte Louise, St-Roch-des-Aulnaies, Rivière Ouelle, Notre-Dame de la Salette sont aussi quelques villages et petites villes privés de leurs services financiers coopératifs.

Un maire a déclaré : «si notre dépanneur ferme en plus, nous sommes morts». Dorimène doit s'agiter dans sa tombe.

Je me suis souvenu de la nationalisation de l'électricité. Les compagnies privées d'électricité ne voulaient pas couvrir les régions et les fermes, car non rentables. Une fois ces compagnies devenues propriété de l'État, sous la gouverne d'Hydro-Québec, fermes et villes éloignées, furent électrifiées. Sans appauvrir notre société d'État.

Il suffit parfois de faire les choses différemment. Différent du modus vivendi des banques. Alphonse avait trouvé la façon idéale de le faire. Desjardins a grandi et est devenu un grand avec l'approche sociale. Mais ses successeurs ont trouvé plus facile de faire un « copier-coller » du système bancaire. Pourtant, on peut grandir en faisant différent. En respectant la vision du grand visionnaire.

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