Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.
Les blogues

Le Bloc face à l'enjeu des élections canadiennes au Québec

Je lui ai exposé que tel était le projet des Patriotes et lui ai dit que Papineau, son promoteur, fut furieux d'apprendre que Durham banalise son caractère politique en en faisant une affaire de luttes «raciales». Il me répliqua que les Français agirent de la même façon envers les musulmans jusqu'au jour où De Gaule reconnut qu'ils étaient des citoyens français égaux aux Français en Algérie, ce qui a conduit à l'indépendance.

Cinq points aident à décoder cet enjeu. Les deux premiers : les démissions de Thomas Mulcair (2006) et de Philippe Couillard (2008) du Parti libéral du Québec suivies de leur élection comme chef du NPD (2012) et du PLQ (2014). Le troisième, une majorité de députés du NPD élus en 2011 au Québec avec un programme analogue à celui du Bloc québécois. Le quatrième, l'appui en 2015 de l'électorat au NPD et de la FTQ aux candidats pouvant battre ceux du PC. Le cinquième, l'affirmation du premier ministre Couillard qu'il est le protecteur attitré du Québec.

Les deux ex-ministres émergent du gouvernement Charest, en mission pour ramener les Québécois au bercail canadien. L'un fait maintenant la promotion de programmes sociaux québécois au Canada, l'autre s'active au Québec comme son prédécesseur. Avec eux, la présence du Bloc à Ottawa serait disqualifiée. S'il prend le pouvoir ou est minoritaire, le NPD peut réaliser des choses, pas le Bloc. Quant au rôle de gardien de ce dernier, le chef du PLQ entend s'y substituer.

Ces points sont en arrière-scène pour assurer le déploiement de la stratégie d'experts canadiens, aguerris en gestion politique, avec pour visée de rendre le Canada socialement attrayant aux électeurs québécois invités qu'ils sont à poursuivre leur train-train quotidien en toute quiétude et à trouver aucunement pertinent le projet d'indépendance, d'autant qu'il est présenté par ces experts portés par des gens coupés des vraies affaires.

Par cette stratégie sont ciblés les membres de la nation québécoise infranationale (les descendants des Canadiens français et des assimilés) reconnue en 2006 par la Chambre des communes, mais tout autant les autres québécois qui en sont exclus pour qu'ils trouvent leur rattachement canadien plus intéressant que leur ancrage québécois.

La semaine dernière, échangeant avec un ami des années 60-70, j'en vis les effets. S'affichant neutre après avoir milité au Parti québécois de 1976 à 1980 et voté OUI en 1995, il m'explique que ses enfants, comme la majorité des jeunes, ne veulent rien savoir de la question nationale. Quant à lui, me dit-il, il est convaincu que l'indépendance n'apportera rien, sauf des risques, et trouve une bonne chose que des programmes canadiens s'harmonisent à ceux du Québec et que des pipelines, des trains et des bateaux sillonnent le Québec pour que pétrole de l'ouest concurrence celui des pays dirigés par des dictateurs.

Le lendemain, discutant avec un Québécois d'origine algérienne, j'apprends qu'il est en faveur de l'indépendance, aussi ses enfants, et qu'ils s'investiraient tous d'avantage si le projet de pays du Québec n'était pas défini celui des Québécois d'origine canadienne-française, mais plutôt celui des citoyens et des citoyennes du Québec. Ça m'a ravi d'entendre ça, car c'est précisément ce que j'écris depuis vingt ans.

Je lui ai expliqué mon point de vue. Il m'a alors confié que plusieurs immigrants maghrébins pensent comme lui. Très vite, nous fûmes d'accord pour que le Bloc québécois se serve de cette élection pour confirmer que le projet d'indépendance du Québec en est un de citoyens et de citoyennes du Québec désireux de maîtriser leur avenir. Aussi qu'il précise que les projets de souveraineté, promus par des nations infranationales, visent surtout l'obtention d'une plus grande autonomie, ce qui n'a rien de comparable avec la création d'un pays.

Je lui ai exposé que tel était le projet des Patriotes et lui ai dit que Papineau, son promoteur, fut furieux d'apprendre que Durham banalise son caractère politique en en faisant une affaire de luttes «raciales». Il me répliqua que les Français agirent de la même façon envers les musulmans jusqu'au jour où De Gaule reconnut qu'ils étaient des citoyens français égaux aux Français en Algérie, ce qui a conduit à l'indépendance. Ça nous a encore plus rapprochés.

Peu après, nous nous sommes dit que le Bloc doit préciser que les promoteurs de l'indépendance entendent instaurer un «vivre ensemble» à l'image du peuple québécois, instituer un régime politique dans lequel les citoyens exercent un contrôle sur les lois votées, défendre leur territoire, développer une économie créatrice de valeurs tirant avantage de la position géographique du Québec, protéger l'environnement et, surtout, renforcer les liens sociaux entre les Québécois et les Québécoises. En somme définir démocratiquement un «vivre ensemble» et en préciser les contours.

De retour chez moi, j'étais persuadé qu'en procédant ainsi, le Bloc révèlerait aux Québécois, aussi aux Canadiens, les écarts entre ce qu'est le Canada et ce que deviendra le Québec après son indépendance, ce que font précisément les députés du Scottish National Party à Londres.

J'en suis même arrivé à la conclusion que là se trouve la raison première de sa présence dans l'élection actuelle, à laquelle s'en rattachent d'autres : rapprocher les partis indépendantistes pour qu'ils présentent une plateforme commune en 2018, expliquer aux Canadiens l'importance pour le peuple québécois de maîtriser son avenir, signaler aussi que les partis fédéralistes cherchent, depuis 1960, mais encore plus depuis 1995, à bloquer les projets venant du Québec et jouer le rôle de gardien auxiliaire lorsque le chef du PLQ faillit à la tâche.

En soirée, j'ai rejoint un ami de Québec. Après lui avoir raconté mes rencontres, je lui ai fait part qu'en agissant ainsi le Bloc rejoindra les indépendantistes qui, à plus de 40 %, veulent créer un pays original où priment la démocratie, le bien commun, la création et la redistribution de la richesse, une langue commune et le respect des droits.

Il m'a demandé l'âge du Québécois venu d'Algérie. «Le même que la fille de mon ami des années 60-70, 40 ans», lui ai-je dit. Il m'a répliqué préférer construire un pays avec lui plutôt qu'avec une fille qui est ici sans y être et un père qui s'affiche neutre sans l'être puisqu'il défend les intérêts des pétrolières en prétendant promouvoir ceux des Canadiens.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Élections fédérales 2015: candidats vedettes au Québec

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.