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01/12/2018 06:00 EST | Actualisé 01/12/2018 06:00 EST

Comment ne pas se faire justice soi-même

En forçant la note, trois hommes ayant tué un voleur en tentant de le maîtriser ont probablement franchi la limite entre une arrestation citoyenne et une vindicte dictée par la colère.

Nous sommes maintenant dans une autre époque et les arrestations se font sous les yeux d'autres gens et les caméras.
CribbVisuals via Getty Images
Nous sommes maintenant dans une autre époque et les arrestations se font sous les yeux d'autres gens et les caméras.

Selon un article publié par TVA Nouvelles, trois hommes poursuivant un voleur lui auraient malheureusement, et probablement accidentellement, enlevé la vie en tentant de le maitriser. Les trois hommes, dont le propriétaire d'un dépanneur et son fils, pourront possiblement faire face à des accusations d'homicide involontaire.

Notre code criminel, avec l'article 34, permet à un citoyen de procéder à une arrestation lors de la commission d'un crime. Mais, car il y a un mais, nous devons y mettre la force nécessaire et raisonnable. Tout comme dans le cas d'un agent de la paix, le citoyen ne peut dépasser les limites d'une arrestation légale.

J'ai vu des cas dans les années 70 où, pour échapper à la vindicte des victimes, le pauvre voleur était plus qu'heureux de voir arriver les policiers.

Il est malheureusement probable qu'une victime de vol, en poursuivant son voleur, devienne un peu émotive. Cette émotion pourrait être traduite par une force plus que raisonnable. C'est souvent le cas, et, dans les années 60/70, nous disions: «Il a couru après son malheur.»

J'ai vu des cas dans les années 70 où, pour échapper à la vindicte des victimes, le pauvre voleur était plus qu'heureux de voir arriver les policiers. Il n'était pas rare de voir des commerçants armés de batte de baseball, ou même plus. Les voleurs n'avaient pas toujours la vie facile. C'était le même article de loi, mais interprété autrement. De jeunes hommes ont déjà payé de leur vie des vols de dépanneurs.

Je me souviens d'un cas où un gérant d'hôtel, après avoir poursuivi le voleur sur deux pâtés de maisons, avait tiré celui-ci directement dans la tête. Oui, c'était un peu exagéré. Mais à l'époque, la population s'était moins choquée. Nous étions en pleine guerre de motards et les meurtres étaient assez nombreux, au point où les gens se disaient ouvertement d'accord avec l'idée du «Tu ne reviendras pas me voler mon gars». Ouais, il n'avait probablement pas l'intention de l'arrêter physiquement, mais après six vols en quelques mois, ce gérant avait commis un geste dur et rempli d'amertume.

Nous sommes maintenant dans une autre époque et les arrestations se font sous les yeux d'autres gens et les caméras.

Dans un autre cas, les policiers avaient laissé un père frapper violemment un voisin ayant abusé de son enfant, le juge ne s'était pas outré plus qu'il ne fallait. Et que dire d'un propriétaire de dépanneur frappant avec un bâton de baseball le jeune voleur armé d'un couteau? Encore une fois, dans les années 70 et début 80, c'était admissible et dissuasif.

Nous sommes maintenant dans une autre époque et les arrestations se font sous les yeux d'autres gens et les caméras. Dans le cas de ce vol du 29 novembre 2018, un témoin déclare que quelqu'un tenait la victime par la gorge. Maintenant, les trois hommes deviennent de possibles accusés.

En forçant la note, ils ont probablement franchi la limite entre une arrestation citoyenne et une vindicte dictée par la colère. Ils ne sont pas les seuls, mais, aujourd'hui, les législations sont lues et appliquées de façon plus rigoureuse. À l'heure où l'on interdit aux policiers les poursuites en voitures, il ne faut surtout pas s'imaginer que des citoyens se font justice. Dommage pour ces citoyens qui... auraient peut-être dû laisser courir le malfaiteur et laisser les policiers s'en occuper. Je ne voudrais surtout pas être à leur place dans les mois et les années qui suivent.

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