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21/04/2018 08:00 EDT | Actualisé 21/04/2018 08:00 EDT

Une frappe en Syrie et puis?

La politique est l'art du compromis et la guerre est le dernier geste politique, quand la politique a échoué.

LOUAI BESHARA via Getty Images

Comme moi, vous avez dû regarder les infos sur cette frappe en Syrie, à la suite de l'attaque présumée de gaz mortels, par l'armée de Bashar el Assad. Les É.-U., la France et la Grande-Bretagne, ont pris la décision de frapper les sites et usines de production de gaz. Beau geste, mais tardif, même trop tardif.

Depuis plus de trois ans maintenant, les rebelles tentent de renverser un pouvoir tyrannique qui, installé depuis des décennies, contrôle ce pays en assassinant les opposants. Plus de .... morts, plus d'une vingtaine de lancers de gaz mortels, plus d'une dizaine de rencontres d'urgence tout à fait inutiles à l'O.N.U.. Puis coup de théâtre, un président américain pris dans une pléthore de scandales intérieurs lance une attaque limitée entraînant avec lui deux autres pays. Un risque de conflit mondial, un test de crédibilité ou... Une réplique aux renvois de diplomates qui se déroulent depuis quelque temps? À qui profite tout ça? Sans être trop cynique, disons que pour le président Trump, l'affaire arrive au bon moment. Le livre de son ancien directeur du F.B.I. les nombreuses accusations de couchages un peu partout et les rencontres avec les Russes, deviennent terriblement embarrassantes. Pour Macron, il devient impérieux de marquer son mandat palissant. Dans le cas de la Grande-Bretagne, faire oublier le malheureux Brexit et envoyer un message clair à Vladimir Poutine: cesse de régler tes comptes sur mon terrain.

Sans un premier temps, je ne crois pas que la Russie, la Chine ou l'Iran décident d'ouvrir les hostilités. Ils n'ont rien à gagner. Par contre, nous avons ici un formidable terrain pour tester nos missiles et les contre-mesures tant vantées par Vladimir 1er. Pour le reste, la valse des diplomates finira bien par se calmer, déjà que les deux empoisonnés se portent mieux.

Il y a aussi le fait que les rebelles ne sont pas homogènes. Il y a les Syriens écœurés des exactions du dictateur, les Syriens musulmans radicaux, les membres restants de Daech et les Kurdes demandant un pays. Alors, qui de Trump, Macron ou May, prendrait le risque d'une déstabilisation comme celles de l'Afghanistan, de l'Irak, du Yémen et de la Libye. Et si, les pressions faites par la coalition ne seraient que pour faire plier le dictateur, un peu comme pour Saddam en Irak et Kadhafi en Libye dans les années 80. Il est possible et même probable que le message soit : Tentes de régler tes problèmes, bonhomme. N'oublions pas que les amis israéliens sont tout juste voisins et qu'ils ont une influence non négligeable dans ce coin du Moyen-Orient. Israël ne resterait pas les bras croisés s'il fallait que tout s'enflamme. Comme si ce n'était pas assez, n'oubliez pas que le président de la Turquie a appelé le monde musulman à la destruction d'Israël, il y a à peine trois semaines.

Comme si ce n'était pas assez, n'oubliez pas que le président de la Turquie a appelé le monde musulman à la destruction d'Israël, il y a à peine trois semaines.

Pour le moment, nous aurons droit à quelques enquêtes, si les enquêteurs parviennent aux sites et malheureusement ces pauvres enquêteurs reviendront totalement bredouilles. Souvenez-vous, Vladimir et Bashar répètent sans se lasser que ce sont les rebelles qui tuent leurs familles avec ces gaz. Croyez-vous vraiment que les enquêteurs pourront retracer des restes de gaz ou quelques vestiges ? Le mensonge étant l'apanage des tyrans, ils mentiront, même assis sur un bidon de gaz. Et ici, je ne veux surtout pas faire passer le président des É.-U. pour un saint. L'homme a tout ce qu'il faut pour devenir un dictateur.

Les frappes auraient donc un objectif multiple. Envoyer un message fort à Vladimir et Bashar pour calmer le jeu, rassurer l'allié voisin et tester l'armement et la coordination des troupes.

La politique est l'art du compromis et la guerre est le dernier geste politique, quand la politique a échoué. Je mise sur le fait que tous ces beaux pays ne veulent pas s'exterminer, en fait... nous exterminer.

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