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29/06/2018 07:45 EDT | Actualisé 03/07/2018 13:11 EDT

«SLĀV»: l'intolérance, une mode de bon ton

Il semblerait que ce n'est pas aux Blancs esclavagistes à bénéficier de ses chants.

Cette semaine, Robert Lepage sortait la pièce musicale Slāv ou d'anciens chants tirés de l'esclavage de tout temps, sont brillamment interprétés.

Surprise, un groupe antiracisme est venu manifester. Oui... une manifestation devant le Théâtre du Nouveau Monde. Il semblerait que ce n'est pas aux Blancs esclavagistes à bénéficier de ses chants.

Avec cette pièce, Robert Lepage ne fait pas ici l'éloge de l'esclavagisme, bien au contraire. Il fait connaître des chants et des complaintes d'une grande sensibilité, tombés dans l'oubli. Il dénonce l'esclavage tout azimut. Manifester contre cette pièce, c'est faire preuve d'obscurantisme aigu, de méconnaissance de l'histoire et surtout d'une totale fermeture d'esprit. Faudrait-il interdire les films ou les pièces sur la Shoah en Allemagne, de peur que ça profite à des Allemands?

Je ne sais pas pourquoi, depuis quelques années, pour cette nouvelle génération tout est devenu matière à critique. C'est comme si les précédentes sortaient directement du Cro-Magnon et qu'il faille tout corriger, réinventer, renommer. L'«hommo Modernus» critique tout, rien n'est bon dans le système ancien qui les a vu naître. En fait l'histoire commence avec eux.

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Que feront-ils quand l'opéra Aïda reviendra à la Place des Arts. Car cette pièce parle bien d'esclavagisme. Un Italien écrivant un opéra mentionnant les peuples juif et babylonien. De quel droit? À moins que cet esclavagisme soit de meilleur ton. Faut-il aussi bannir tout ce qui rappelle ces périodes de l'humanité. Je veux bien réinventer le monde, mais je crois que ces chantres de la critique commencent à ressembler à Robespierre, à force de viser la société parfaite, ils revendiqueront l'intolérance. Cette façon de faire portera le serpent à mordre sa propre queue.

Galerie photo«SLĀV» Voyez les images

Drôle de voir des gens qui ne savent pas qu'il y a cinquante ans, il y a eu une sanglante émeute au Québec. Des gens qui confondent le 24 juin pour la crise d'octobre, que des dizaines de bombes ont sautées entre 70 et 72. Des gens qui ne peuvent nommer correctement nos politiciens, qui ne savent pas qui est Champlain, critiquer l'histoire ou l'ignorer tout simplement. Parler d'esclavagisme n'est pas s'approprier la vie de ces esclaves, c'est au contraire conscientiser les gens.

En participant à cette manifestation devant le Théâtre du Nouveau Monde, ce groupe mal inspiré démontre une parfaite ignorance de l'histoire et une intolérance digne des grands courants révisionnistes.

Faut-il s'en préoccuper? Oui, une partie de ces jeunes gens deviendront des cadres, des travailleurs, peut-être même des politiciens. Que Dieu nous préserve de ces intolérants de la rectitude. La grande tolérance mène immanquablement à la grande intolérance. Le vivre et laissez vivre semble s'estomper peu à peu, notre avalanche de droits fait que même les idées idiotes ou biaisées trouvent une oreille attentive.

La seule chose qui me console un peu, est que comme nous, ces jeunes vieilliront et les plus jeunes leur diront qu'ils ont tort.

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