LES BLOGUES
22/06/2013 11:16 EDT | Actualisé 22/08/2013 05:12 EDT

Des hommes sans honneur

Que se passe-t-il avec certains services de police? Comment se fait-il que nous allions de mauvaises surprises en mauvaises surprises? Aurions-nous laissé des carriéristes prendre le pouvoir, au détriment de «Servir et protéger»? Serait-il parce que des politiciens sans honneur, décident de choisir des flics sans honneur, à la morale élastique et vénale, aux vues politiques accommodantes. Il serait angélique de croire que la direction de la police n'est pas politique. Qui va choisir le patron de la police, sinon les élus. Comme le disait un commandant de quartier: On ne mord pas la main qui nous nourrit.

Dans un service de police comme partout ailleurs, il y aura toujours des gens qui feront exception à la règle d'honnêteté. Qu'un policier vole ou vende des stupéfiants, c'est scandaleux, mais pas mortel. Mais quand le crime se passe tout en haut, que tout le monde en est au fait, ce n'est plus banal, c'est pourri.

Relisons un peu l'histoire de ces dernières années.

Police de Montréal - 2006/2013

  • Un commandant de la discipline, celui qui doit montrer l'exemple et ayant comme mission d'arrêter les ripoux. Ce même commandant utilise la carte de crédit du département pour sa propre voiture. Souvenons-nous, il est le gardien de la morale, l'homme en charge des enquêtes sur des policiers fautifs. Finalement, il prendra une retraite hâtive et sera sentencié par la cour.
  • Le directeur de la police, ami du présumé fraudeur Luigi Coretti (B.C.I.A.), prend une retraite pour le moins prématurée et s'enfuit courageusement par une porte arrière de l'hôtel de ville. Deux subalternes directs sont aussi mentionnés lors de l'enquête, ainsi qu'un lieutenant détective. Tout ce beau monde profitait des largesses de Coretti. L'épouse de l'un des officiers supérieurs était la secrétaire de Coretti. Rien de criminel en soi, mais le poste de secrétaire du patron demeure une jolie courroie de transmission. On se souviendra que B.C.I.A. aura eu quelques traitements de faveur de la part de ses amis policiers et élus municipaux et provinciaux*. Ce même directeur est soupçonné d'avoir mis de côté, un rapport accablant de la GRC et de ses propres enquêteurs, sur ses mêmes subalternes. Ça devient rapidement effrayant.
  • Durant la même période, un commandant en charge de Profits de la criminalité, travaillant directement avec un des hauts gradés impliqués dans l'affaire B.C.I.A., se fait prendre par les douanes. Il tentait de se soustraire des droits et taxes pour ses véhicules récréatifs. Ce n'est pas rien, cet homme représente la loi et courre après des bandits qui cachent de l'argent ou qui en blanchissent.
  • Dans un autre registre. Un commandant de section spécialisée décide de ne pas honorer sa parole et sa signature lors d'un contrat avec un délateur. Ce n'est pas un vol, c'est une malhonnêteté intellectuelle et ça dénote le peu de cas de la parole donnée. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, même avec un voleur, quand tu donnes ta parole ou signes un contrat, c'est ton nom qui est en cause. Le même homme devenu membre de la haute direction devient promoteur immobilier sur la rive Sud. Encore une fois, rien d'illégal, mais le ministre de l'époque lui fera remarquer qu'il nage en plein conflit d'intérêts. L'officier finira par démissionner.
  • Des commandants soupçonnés de saper l'autorité du directeur actuel démis de leurs fonctions. Un directeur général de Montréal tentant de remettre en selle un ex-candidat à la direction. Ce candidat étant un ami de l'ex-directeur en disgrâce.
  • Un policier d'expérience, raflant des milliers de noms d'informateurs, sans que ses patrons ne remarquent quelque chose. Mieux, ces mêmes patrons tardent à accuser l'homme. Il faudra une indiscrétion des médias pour que le scandale éclate.

Ailleurs au Québec

  • Un ex-lieutenant détective de Montréal, devenu directeur de Deux-Montagnes, se retrouve coupable de vol et autres infractions.
  • Un ex-commandant de la police de Montréal, devenu directeur de Mont-Tremblant, est accusé d'écoute électronique illégale, auprès de ses hommes.

À la S.Q.

  • Je ne reviendrai pas sur l'affaire Matticks. Le procès avait bien démontré que, la haute direction n'avait pas paru très forte lors de cette enquête.
  • Il y a présentement une enquête faite sur un groupe d'officiers supérieurs risquant d'éclabousser encore plus ce service de police. La caisse des sources et de la protection des témoins serait devenue un pot de bonbons. Nous parlons de millions de dollars.
  • Une nouvelle enquête, sur des contrats accordés à un groupe de sécurité ou un ex-officier supérieur de la S.Q. venait d'y être engagé. Un manque d'éthique?

À la G.R.C.

  • Des patrons qui couvrent des agressions sexuelles, commises par leurs membres. Mieux encore, par d'autres hauts gradés. Des fraudes, des vols. Des démissions, mais pas d'enquêtes.

Il y a d'autres cas, mais faut-il tout mentionner? N'en avons-nous pas assez? Un seul de ces cas serait justifiable de nausée.

Nous avons peut-être laissé les arrivistes et carriéristes prendre le pouvoir, c'est notre faute. Cette maladie n'est pas rependue seulement dans la police, mais partout où nous sentons un petit pouvoir. Le visage caché de tout cela, est simplement celui de l'orgueil, de l'envie, de la paresse morale, de la rancœur, de la mesquinerie et de l'appât du gain. Quand des hommes de bien deviennent des hommes de gains, leur vision se brouille. Servir et protéger devient alors, me servir et me protéger. C'est ainsi que l'on devient des hommes sans honneur.

* Deux des membres de la haute direction impliqués dans l'affaire Coretti viennent d'être suspendus sans solde. Un sergent détective le serait également. Un commandant de Profits de la criminalité, un troisième, est déplacé pour le moment.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Manifestation contre la brutalité policière