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23/01/2016 11:52 EST | Actualisé 23/01/2017 05:12 EST

Un système de santé terriblement déficient

Chaque semaine apporte son lot de bavures mortelles. On va continuer à mourir par manque de volonté administrative et par manque d'empathie ou de courage des médecins.

Cette semaine, un homme est décédé à l'hôpital St. Mary. Le pauvre homme se plaignait de douleurs à l'estomac. L'urgence est en émoi, il souffre d'une rupture d'anévrisme à l'aorte. Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est, c'est comme un gros ballon qui se forme sur une artère vitale. Je sais, mon père en est mort en moins de trente secondes.

Mais bon Dieu de merdouille, quand tu as les deux pieds dans la salle des urgences, tu te dis: «je suis en sécurité, ça va aller mieux». Mais non. L'hôpital ayant décidé de couper certains privilèges au médecin cardiologue, il ne peut opérer. De son côté, le médecin cardiologue, n'aurait pas eu les couilles pour passer outre. Et devinez quoi? Le patient est transféré à l'hôpital d'à côté et meurt en route.

Selon le serment d'Hippocrate, ce médecin aurait dû passer outre les directives.

Pourquoi le faire? Notre société idéale demande de ne pas penser, ne pas sortir la tête du lot, de ne pas faire de vagues, de ne pas s'impliquer. Alors tu deviens médecin, avocat, policier, politicien, fonctionnaire, sans avoir à prendre de décision.

Un de mes vieux amis est mort de la même façon. Lui aussi était à l'hôpital, et lui aussi a été négligé. Je ne blâme pas les infirmières, elles se démènent comme des diables dans l'eau bénite. Non, je blâme les fonctionnaires qui dirigent maintenant les opérations des hôpitaux. Des gens sans cœur, des comptables, ayant remplacé l'empathie par des statistiques, des colonnes de chiffres et des «ce n'est pas à moi d'en juger».

Je blâme aussi l'attitude du médecin. Aurait-il laissé un membre de sa famille sans soins urgents parce que l'hôpital ne lui permettait pas d'opérer? Laissez-moi en douter.

Dans cette même semaine, on a laissé un jeune homme en pleine crise psychotique sortir de l'hôpital. Il est tout simplement retourné tuer sa colocataire. Maintenant, on n'a pas le choix, il sera surement soigné.

Maître Ménard, qui défend les droits des patients, doit avoir un bureau immense. Il ne doit pas suffire à la tâche. Chaque semaine apporte son lot de bavures mortelles. Notre système de santé dégringole, il se désagrège de plus en plus rapidement. On aura beau construire des «super-méga-hôpitaux», investir dans le béton et dans la déco, on va continuer à mourir par manque de volonté administrative et par manque d'empathie ou de courage des médecins.

Chers citoyens, chers payeurs de taxes, chers numéros, chère bande de cons, désolé, nous sommes en période d'austérité, alors il n'est pas permis d'être malade.

Ne comprenez-vous pas que vous avez payé un maximum pour récolter un minimum. Faire plus avec moins, surtout ne pas s'impliquer, et faire semblant. Un système a deux vitesses, bien sûr. Payons au privé, et payons des taxes pour ceux qui ne peuvent payer au privé.

Nous qui prions pour ne pas tomber malade, nous qui savons que les services s'amenuisent, nous les citoyens qui avons toujours payés notre dû, ne comprenons qu'avec peine pourquoi nous en sommes là. Savez-vous, chers fonctionnaires, médecins et spécialistes, combien nous sommes exaspérés par ces comportements puérils, insouciants, égoïstes et dangereux?

Nous avons changé cette société qui croyait que le groupe avait priorité sur l'individu, pour «Je suis l'être le plus important». Au diable la compassion et l'empathie. Pas le temps.

La seule justice sera que vous aussi aurez besoin de ces services. Comme le dit si bien l'adage: mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade.

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