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14/12/2013 10:25 EST | Actualisé 13/02/2014 05:12 EST

Le port de l'arme de service en questions

Je ne sais pas pourquoi, un jour, un ministre pas très réveillé a décidé qu'un policier ne l'était plus que durant 8 heures de la journée. S'il voit quelque chose avant ou après, il n'a pas les moyens nécessaires pour intervenir, autre qu'un appel au 911.

Depuis le début du siècle dernier, presque tous les policiers ont porté leur arme de service presque 24 heures sur 24. À mon époque, on nous expliquait en entrant que nous étions flics à temps plein. Notre devoir de protection et d'intervention était souligné par tout le département. Pour bien le démontrer, lors d'une intervention hors service, nous étions payés en temps supplémentaire et l'affaire était presque glorifiée. Par contre, si d'aventure nous n'intervenions pas et que quelqu'un s'en plaignait, nous étions blâmés. En fait, c'était de la police de quartier à plein temps et les citoyens en étaient ravis.

Dans ma carrière j'ai eu à intervenir en congé, vacances, hors de mon quart régulier, plus d'une quinzaine de fois. Des trucs allant du vol simple au vol avec violence, en passant par des voies de fait avec blessure. Dans le métro, l'autobus, des restaurants, sur la rue. Je ne suis pas le seul, plusieurs de mes confrères l'ont fait. L'arme de service était le partenaire silencieux, celui qui te disait, pas de problème, je suis là!

Avec les années 2000, l'arme est soudain devenue tabou. En un trait de plume, des hommes transportant leur arme sont devenus des idiots, incapables de pensée cohérente. Maintenant, le pistolet reste dans le casier. Si l'arme doit être transportée, elle est verrouillée et mise bien à l'abri dans un coffre à la maison. La dangerosité? En 32 ans, je n'ai pas connu un flic hors service qui ait tué sa conjointe, ses enfants, des voisins ou même des bandits.

Il est arrivé, bien sûr, que des policiers hors service tirent sur des criminels, mais c'est au demeurant moins de .01%. La pire chose qui puisse survenir serait le suicide par arme à feu. Des policiers l'ont malheureusement fait au bureau.

La démotivation

«Pourquoi aller se mêler de choses qui ne nous regardent pas? Mon quart est terminé depuis une heure... Je n'ai pas d'arme et je n'aurai pas d'aide avant vingt minutes *... Je n'ai pas envie de me faire casser la gueule... Il y a des cellulaires qui me prennent en photo... Ce n'est pas mon secteur... Ils ne savent pas quel est mon métier... Mes patrons vont me passer un savon...» C'est ce que j'entends régulièrement. Quand on leur demande ce qu'ils font comme travail, des flics disent qu'ils sont fonctionnaires. Belle image de fierté.

Peut-être étions-nous trop habités par ce travail, cette vocation. Mais de ces deux genres de police, par laquelle auriez-vous préféré être défendue?

* Lors d'une intervention hors service, où trois individus dans la trentaine battaient un jeune de 14 ans, je suis intervenu. La vue de mon arme a fait réfléchir les trois hommes qui me menaçaient. Le 911!!! 28 min d'attente pour la première voiture sur les lieux.

Résultat: un jeune à l'hôpital le nez fracturé, des suspects tentant de s'en prendre à moi. J'ai finalement fait l'enquête moi même et ils furent arrêtés et trouvés coupables. Sans mon arme de service, j'aurais eu à me battre et leur faire très mal ou... devoir regarder ailleurs.

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