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20/02/2016 09:06 EST | Actualisé 20/02/2017 05:12 EST

Combattre le crime, vous voulez rire?

Le SPVM devient lentement une très bonne imitation des horribles hommes gris des stationnements.

Quelqu'un a été surpris, par l'article du Journal de Montréal qui parle de bonis au rendement au SPVM ? Moi pas. Le pire, c'est que notre bon maire «Bedaine premier» défend avec beaucoup de jovialisme cet état de fait.

Sans avoir de bonis au rendement, déjà dans les années 1980, nos officiers supérieurs exigeaient plus de constats d'infraction de la part des policiers. Cela faisait partie des statistiques. Je me souviens de mon lieutenant, demandant des efforts supplémentaire à son personnel : si les statistiques sont bonnes, l'évaluation le sera ; mon officier incompétent finira officier supérieur.

J'imagine que, depuis le temps, nos leaders ayant fréquenté l'université en administration ont compris ce qu'était «l'incitation positive». Il n'a rien comme une carotte pour faire avancer un âne. La prime au rendement, quelle belle invention. Donnez des billets à tout le monde, augmentez les réserves du coffre au trésor de la ville, et vous serez récompensés.

Notez bien que ce ne sont pas les policiers qui ramassent le pactole, mais ceux qui les mènent.

Souvenons-nous, il y a quelques mois, des cibles à atteindre - bel euphémisme pour parler de quotas.

Souvenons nous d'officiers supérieurs défendant le système à la télé, à la radio et dans les journaux : «Non, pas des quotas, mais des cibles visées par notre corps de police, dans le but de diminuer les accidents.»

Voilà que pendant les moyens de pression, la ville de Montréal se plaint d'un manque à gagner, dû au manque de zèle de ses policiers. Un «manque à gagner» : nous sommes devenus des vaches à lait.

Le département de police du SPVM devient lentement une très bonne imitation des horribles hommes gris des stationnements. Le pire dans cette affaire, c'est que nos jeunes policiers croient en ce système. Il faut les comprendre : les vieux flics sont partis, ou sont à la veille de le faire. Ceux qui courraient après les voleurs, connaissant tout le monde et sachant comment leur parler, se bercent maintenant à la maison. N'oubliez pas que les plus vieux sont entrés quelques années seulement avant l'anéantissement d'une police efficace.

Alors, à force de croire qu'ils sont utiles, sinon indispensables, en donnant des billets, nos jeunes policiers n'ont plus à courir après les voleurs.

Quand des policiers se croient dans l'obligation de donner des contraventions de 240 $ pour un débarcadère de métro complètement désert en pleine noirceur, passé minuit, ou pas un seul autobus ne s'y stationne, c'est qu'ils n'ont pas compris le sens de «rapprochement avec le citoyen». Juste l'ordre donné par le commandant.

Encore une fois, ce n'est pas eux que je blâme, mais ceux qui ont pris la décision de changer la vocation de ce corps de police.

Vous savez, ceux qui n'ont pas travaillé comme flics. Ceux qui ont décidé de gérer en pensant à leur carrière. Désolé le monde, les officiers supérieurs ont compris qu'il valait mieux pour leur avancement de faire des courbettes et des ronds de jambes. Maintenant, les eunuques ont des bonis au rendement.

Aurions-nous ces mêmes bonis pour des arrestations ? Non, faire des arrestations ne rapporte pas. Je l'ai moi-même vécu. Combien de fois me suis-je fait dire que je coûtais cher au département ? Pire, de me faire traiter de «téteux» de temps supplémentaire. Pourtant, je remplissais les cellules de voleurs et je récupérais des dizaines de milliers de dollars en marchandise. Mes patrons n'avaient pas de bonis au rendement pour les crimes résolus. Une fois par mois, lors des rencontres «café et sandwichs», ils se pétaient quand même les bretelles avec les statistiques.

À force de parler budget et bonis, les officiers supérieurs de la police du SPVM oublient la mission première de la police : servir et protéger.

En fait, ils ne l'oublient pas, ils l'ignorent tout simplement.

Petit aparté: vous aurez sûrement vu le branle-bas de combat pour contrer les fugues dans les centres d'accueil. De nouvelles ressources, un nouveau budget, du personnel et des moyens. Encore une fois, des structures et toujours des structures. Nos dirigeants utilisent la loi de Parkinson à merveille : ce que nous faisions à trois ou quatre sera fait maintenant par tout un groupe et, croyez-moi, ça va changer le monde.

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