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19/08/2016 10:25 EDT | Actualisé 19/08/2016 10:25 EDT

Faut pas se fier

Le bellâtre finit par s'asseoir au côté d'une splendide jeune femme blonde, galbée à souhait, dans une robe moulante d'un bleu éclatant. Me plantant devant lui tout sourire, je lui pointai le plus discrètement possible mon arme.

Cette semaine, je renoue exceptionnellement avec mes premiers amours, Flic et confidences. Ces petites anecdotes sont totalement véridiques.

J'étais «enquêteur relève» au poste 25, ce qui revient à dire que toutes les enquêtes apportées par une vingtaine de policiers me revenaient. Au centre-ville, les cellules ne dérougissent pas beaucoup.

Cette nuit-là, un policier en civil fort excité vint me retrouver, il avait une affaire en or. Un indic lui avait annoncé qu'un tueur des Hells serait dans un club très connu de la rue Crescent. L'homme, semble-t-il, cherchait une cible et serait armé. Ce policier me raconte avec assurance tout ce qu'il a pris comme notes et ses projets futurs.

- Tu connais ta source, tu lui fais confiance?

- Oui, oui, il a donné de bonnes informations.

Rencontre rapide avec la source, quelques mots, le temps presse et une décision s'impose. Je me rends donc à ce bar connu de la rue Crescent. Le policier, son partenaire et leur source y sont aussi : il faut bien que je sache qui est mon tueur. Nous sommes un vendredi, il y a foule, la piste de danse est pleine à craquer, les lumières sont tamisées. Tout pour rassurer.

Je cherche un gars dans les 1m90, mince, cheveux longs, visage fermé. Tout à coup, une tête de malfrat se détache du groupe de danseurs. L'homme aux cheveux longs et au teint basané ne peut avoir un visage plus fermé. La brute semble scruter la piste d'un air sombre. Au loin, l'indic fait signe aux deux policiers que c'est notre homme.

Il ne me restait qu'à intervenir dans une salle bondée. C'est finalement lui qui m'en donnera l'occasion. Le bellâtre finit par s'asseoir au côté d'une splendide jeune femme blonde, galbée à souhait, dans une robe moulante d'un bleu éclatant. J'imagine qu'elle pouvait être une future conquête. Alors, me plantant devant lui tout sourire, je lui pointai le plus discrètement possible mon arme dans le ventre. Même discret, un revolver crée toujours un petit effet.

- Faut se causer tous les deux.

L'homme devenant tout blême, et ne quittant pas des yeux le vilain canon de mon arme, me fait un petit signe affirmatif de la tête. Je le laisse se lever, fouille sommairement ses poches et nous quittons cette partie du bar pour un endroit plus tranquille. Après quelques minutes d'angoisse, le pauvre homme peut respirer. C'est juste un comédien tentant de parfaire son rôle de mauvais garçon. Il aura aussi appris comment se font les arrestations. Plates excuses et rires nerveux, il aura des trucs à raconter. Je lui lance à la blague: «Tu pourras ajouter ça à ton CV.»

Je me lance vers la cuisine du resto où attendent l'indic et mes deux policiers. Je fulmine. Et là, j'apprends que la source n'est pas une vraie source. Ce brillant officier de police n'a rien vérifié, il a pris pour argent comptant les dires de son pseudo indic. Je coince l'informateur contre un mur, j'ai juste envie de l'étrangler et l'autre cloche en même temps.

- Je prends des pilules pour ma dépression, je voulais qu'on s'occupe de moi.

Il en aura pour son argent: je l'arrête finalement pour entrave. Je ne vous parlerai pas du savon donné au policier. J'aurais pu, ou dû, le faire suspendre, mais...

Ce flic en fera quelques autres. Des années plus tard, je lui confierai une enquête toute faite, juste à cueillir. Mais, piètre enquêteur, il ne la travaillera pas. Quand c'est trop compliqué, vaut mieux laisser tomber.

Il aura fait partie des incompétents sympathiques. Il finira sa carrière aux enquêtes. Faut croire qu'être fort en gueule et se tenir avec des officiers supérieurs, ça aide un peu.

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